Accueil > Economie | Par Paul Chemetov | 12 août 2011

A vendre !

L’architecte Paul Chemetov dénonce la pression exercée
sur l’Autriche ou la Grèce qui, pour faire face à leur dettes,
pourraient être contraints de liquider leur patrimoine naturel.

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Cette pancarte,
habituellement
apposée sur la
clôture de pavillons
de banlieue
en quête d’acquéreurs ou
sur la vitre arrière d’une voiture
mal-aimée, les libéraux autrichiens
voulaient en planter une
réplique sur deux montagnes
de leur pays : le Rosskopf et le
Grand Kinigat.

Un pavillon vendu peut se reconstruire,
une automobile vendue
se remplace, mais une montagne
 ? Pourquoi ne pas mettre
en vente l’eau des océans, l’air
que nous respirons ?
« A vendre ! » résume le stade
ultime de la marchandisation de
tout et de tous.

Retour au féodalisme

Voilà, porté à son extrême visibilité,
le système de la prostitution
qui normalise le viol parce qu’il
serait payé, contractualisé en
quelque sorte. A vendre, deux
montagnes. Et dans la foulée,
pourquoi ne pas mettre aux
enchères, non pas la carcasse
rouillée d’un bateau mythique,
mais un pays tout entier ?
La France : ses montagnes, ses
villes et ses habitants. Retour
au féodalisme ou plus exactement
retour à l’esclavage.

L’air de la ville rend libre, disait
un dicton allemand du Moyen-
Age pour résumer le passage
des habitants des villes à la citoyenneté,
à la libre expression,
au temps politique, celui de la
promesse démocratique.

Fausse monnaie

La vente des montagnes autrichiennes,
celle proposée des
îles grecques, en contrepartie
du remboursement de prêts
toxiques, sont un gage matériel
en échange de fausse monnaie
puisque sa valeur n’existe que
dans la contrepartie de biens
matériels échangeables. Or, le
propre de l’économie financière
est d’être totalement déconnectée
de sa contrepartie réelle.

Faut-il, pour y échapper, prôner
le retour au troc ? Mais le
troc était et reste l’échange de
choses concrètes, utiles. La
monnaie aujourd’hui, au temps
du règne sans partage et sans
contrôle de l’électronique, peut
n’être qu’une chimère, l’intérêt
demandé en paiement de cet
argent virtuel n’est que fictif.

C’est pourtant au nom des
difficultés de remboursement
de ces prêts que le FMI, la
Banque centrale européenne
et les Etats les plus riches
de l’Europe espèrent sauver
leur mise en étranglant ceux
que l’on désigne avec mépris
sous le titre générique de pays
du Club-Med. Décors pour
vacances mais, bien qu’européens,
non admis au rang de
pays indépendants, égaux ou
partenaires. Où est la fiction
dans cette histoire, dans la tentative
de vente ou dans le marché
noir de l’économie financière
 ?

Paul Chemetov est
architecte et urbaniste,
fondateur de l’AUA Paul
Chemetov (Architectes
urbanistes associés).

Il est co-président du
comité scientifique du
Grand Paris. Son travail
porte sur le logement et
les équipements publics.

Portfolio

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