Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 11 mai 2011

Affaire des quotas dans le foot : une opportunité politique ?

La pitoyable affaire des « quotas de Noirs et d’Arabes » dans le football français, révélée par Mediapart, semble toucher à sa fin. Le moment de tirer les premières conclusions de cette séquence qui a au moins eu le mérite de contraindre les uns et les autres à argumenter leur positions respectives.

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Le foot français n’en finit plus de tanguer. Et cette fois il ne s’agit nullement des piètres résultats des bleus ou de la énième crise d’égo d’une star du ballon. A moins de vivre reclus, vous avez forcément entendu parler de « l’affaire » des quotas, c’est à dire de cette idée effarante avancée par le DTN (cadre technique sensé assurer la mission de service public dans les fédérations sportives) François Blaquart, avec l’assentiment de Laurent Blanc, d’établir « sans le dire » des quotas de binationaux à l’entrée des centres de formation (dès 12-13 ans !). Depuis que Mediapart a révélé ces propos, le séisme n’a cessé de se répéter en réplique. Mardi 10 mai, pourtant, les deux commissions d’enquête, celle du ministère et celle de la Fédération française de football (confiée aux bons soins de Patrick Braouzec, président de la fondation du football), ont tenté de fermer la parenthèse. En ciblant des graves problèmes de « gouvernance » et « managériaux » et en reportant l’essentiel des fautes sur les épaules de Mr. Blaquart, suspendu depuis, qui de son coté se pose en victime de règlement compte interne.

Le sélectionneur national, après avoir fait acte de contrition, est passé au travers, sûrement au nom de l’intérêt supérieur de l’équipe de France. Existe-t-il néanmoins quelque chose de positif à retirer de ces quelques semaines de polémiques souvent nauséabondes et de lâchage sur les plateaux de télé, finalement tellement dans l’air du temps d’un pays où les forces de l’ordre sont dirigées par un homme condamné pour injures raciales et où le Président de la république lui même s’autorise à pointer du doigt « les français d’origine étrangère », établissant une distinction que le droit et la constitution ignorent ou interdisent ? La question peut sembler inopportune voire incongrue : peut-on contempler désormais le verre à moitié plein ?

Car finalement quelle était la question soustendue par ces soupçon allusifs portés sur les joueurs « de couleurs », les binationaux et autres « musulmans », si ce n’est de définir en creux ce que signifie être français (et pas seulement la démarche très subjective de se « sentir français » comme s’en justifia Laurent Blanc). On peut trouver accablant d’en passer par ce genre de « choc » pour y répondre, au moins cette fois-ci le débat n’a pas été monopolisé totalement par les Zemmour et Cie, dont les habituelles rhétoriques ont été submergées et leur avis quelque peu noyé dans la masse.

Cela faisait longtemps qu’un débat pouvant vaguement susciter l’intérêt du plus grand nombre et en partie de ce fameux électorat populaire - paraît-il si sensible aux sirènes lepénistes -, n’avait pas amené autant de prise de positions, de réactions, de rappel à l’ordre et parfois d’apports scientifiques. De Michel Wierworka interviewé dans Le Parisien à Stéphane Beaud convoqué sur le plateau des spécimens de Canal plus, sans oublier Pascal Blanchard en tribune dans Le Monde, il fut régulièrement souligné et détaillé l’apport de l’immigration en France. Les simple règles de la nationalité en République furent précisées, et bien mieux et plus souvent qu’au cours des nombreux pseudo débats politiques qui tournèrent en ronds démagogiques entre l’identité nationale et l’islam. En retour naturellement, les lieux communs et autres pièges de l’argumentaire « ethnique » furent balancés. Pour une fois des réponses qui replaçaient frontalement les enjeux sociaux face aux fausse problématiques « racialisante » se firent entendre au delà des habituels cercles de convaincus et des revues engagées. Il était temps.

Ensuite, jamais les médias ne s’étaient à ce point préoccupés de ce qui se passait dans les clubs amateur, ce fameux foot d’en bas, qui ne cesse de râler et de se cabrer devant les atteintes portées à son sport. D’un coup, les initiatives comme l’AFFA (Association Française du foot Amateur) ou le mouvement Tatane lancé par le footballeur Vikash Dhorasoo pour réinstaller le plaisir du jeu au cœur du foot, prenaient une nouvelle dimension. Le foot n’était plus simplement résumé à son élite pro.

Pour conclure, la preuve fut apportée, et ici malgré les critiques, par Mediapart que la presse servait encore à quelque chose et que les journalistes ont vaguement un rôle a jouer dans notre société et dans notre démocratie.

Vous pourrez facilement lire par ailleurs, et parfois sous ma plume, une description beaucoup plus déprimante de la situation. Il n’empêche, au moins, en l’occurrence, il se manifesta à cette occasion des formes de résistances argumentées contrecarrant un peu plus qu’à l’habitude la logique dominante actuelle.

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