Accueil > Monde | Par Karine Gantin | 1er septembre 2006

Allemagne. Espace antilibéral en composition

Comment créer un nouveau parti de gauche antilibéral ? Les alliances électorales locales sont-elles suffisantes pour réunir les formations à gauche de la gauche allemande sous le signe d’un programme unique ? Retour sur une union qui cherche encore ses marques.

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La gauche antilibérale allemande a vu ces dernières années un nouvel espace se libérer sur l’échiquier politique fédéral avec le glissement à partir de 2000 des sociaux-démocrates (SPD) et des Verts vers le social-libéralisme. Or, cet espace libéré fait l’objet d’une conquête par un nouveau parti qui officiellement doit voir le jour courant 2007, et rassemble déjà sous forme d’alliance le Parti du socialisme démocratique (PDS) et le parti Travail et justice sociale-L’alternative électorale (WASG), autour de l’ancien ministre SPD Oskar Lafontaine et du ténor du PDS Gregor Gysi.

Le Linkspartei-PDS (Parti de gauche : PDS) est l’héritier de l’ancienne SED communiste est-allemande et la première force politique dans l’Est du pays. Il y regroupe déçus et laissés-pour-compte de l’unification des deux Allemagne après la chute du Mur de Berlin, militants alternatifs, féministes et radicaux divers, électeurs de gauche en recherche d’un marqueur identitaire régional en propre... Les débats entre les tendances « dure » ou « réformiste », tournée vers les nouveaux mouvements de société et l’altermondialisme, rythment l’histoire de ce parti qui remporte régulièrement de fortes majorités locales.

Alliances...

Le parti WASG a été fondé en 2005. Il regroupe initialement des militants du SPD, la plupart syndicalistes, en désaccord avec l’inflexion libérale de leur parti, et qui se sont présentés pour cette raison ces dernières années à diverses élections locales et régionales sur la base de listes autonomes dans les lands de l’Ouest. L’ensemble du syndicalisme allemand a dû en effet se confronter à des choix stratégiques sous la période sociale-libérale du chancelier SPD Gerhard Schröder, à savoir soit se recentrer sur le seul engagement dans le champ de l’entreprise (dans un contexte de fort affaiblissement de l’échelon conventionnel de branche, qui permettait jusqu’alors des négociations fédérales), soit élargir au contraire sa réflexion du côté politique. Les enjeux : intégrer les exclus et les précaires, travailler à inventer une nouvelle politique productive de croissance, élargir la réflexion aux questions de société autres que le travail, sur la base du constat de l’importance croissante de ces dernières.

Le PDS et le WASG contractent d’ores et déjà des alliances électorales, comme lors des élections fédérales de septembre 2005, où ils ont obtenu ensemble 8,7 % des voix, créant de ce fait un groupe parlementaire commun au Bundestag, désigné comme « Linkspartei ». Les sondages d’opinion actuels les créditent de scores similaires dans les intentions de vote. En septembre dernier, Verts, sociaux-démocrates et Linkspartei possédaient ensemble la majorité absolue et auraient pu composer un gouvernement. Mais cette alliance a été refusée des deux côtés.

... et désaccords

Mais les points de crise sont multiples. Les structures WASG de Berlin et du land est-allemand de Mecklembourg-Poméranie antérieure ont ainsi refusé l’alliance avec le PDS, au cours de réunions locales particulièment houleuses. Le WASG de Berlin a décidé qu’il irait seul aux élections régionales de septembre 2006, malgré les rappels à l’ordre de sa direction fédérale. Le motif : le PDS, impliqué dans le gouvernement régional berlinois en alliance avec les sociaux-démocrates, y poursuit une politique socio-économique de continuité néolibérale en dépit du contrat de gouvernement initial.

Autre point de désaccord majeur : le revenu minimum de 750 euros pour tous, une revendication qui doit être portée par le nouveau parti. Une partie des militants, principalement ceux issus des milieux syndicaux, arguent que celui-ci remet en cause l’objectif fondamental du plein-emploi, est un contresens sur l’alliance entre salariés et exclus et se base sur une analyse économique bâclée. La direction du WASG rappelle à l’ordre les récalcitrants et menace de sanctions disciplinaires. Les principaux concernés contre-argumentent durement : atteinte à la diversité interne des militants qui doivent encore apprendre à se connaître et travailler ensemble, expliquent-ils, voire autoritarisme nuisible à la future culture politique commune. Sur tous les fronts, dans un contexte où même le programme est à inventer, le futur nouveau parti cherche encore ses marques.

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