Accueil > Monde | Par Roger Martelli | 1er juillet 2005

Après la victoire du Non. Le PS et la gauche

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Le 2 décembre dernier, après le vote des militants socialistes en faveur du « oui » à la Constitution européenne, Jean-Christophe Cambadélis célébrait la « victoire historique » par laquelle son parti avait fait « un pas décisif vers la culture du compromis et un pas de moins dans la culture de la délimitation radicale ». Quant à Dominique Strauss-Kahn, il affirmait le 13 mai que la victoire du « oui » serait « celle du réformisme contre la radicalité ».

Il y a un peu plus de vingt ans, en acceptant le choix mitterrandien de la « rigueur », le PS a entamé le long mouvement d’inflexion qui éloigne le socialisme européen des horizons de la social-démocratie traditionnelle. Celle-ci continuait peu ou prou de s’inscrire dans la perspective lointaine d’une société transformée. Le social-libéralisme, lui, ne se fixe plus pour objectif que de tempérer les excès de la mise en concurrence. Au mieux, l’économie sociale de marché ; au pire, l’ordre social et sécuritaire encadrant le marché.

En soutenant le projet constitutionnel, les dirigeants socialistes pensaient installer un peu plus solidement encore cette conviction, devenue une idée reçue, selon laquelle le capitalisme est désormais un horizon indépassable auquel il faut s’adapter. En s’engageant dans le camp du « non », les minoritaires ont au contraire affirmé que la social-démocratie n’avait pas d’avenir pensable dans le carcan de cette adaptation. Reste pour eux à définir un projet politique alternatif à celui du social-libéralisme. Voilà des années que les responsables socialistes jurent leurs grands dieux qu’ils n’ont rien à voir avec la démarche de Tony Blair. Mais la force des choses les a poussés de fait vers sa cohérence.

Y a-t-il place pour une social-démocratie qui garderait son sens du « réformisme » sans pour autant verser dans les renoncements sociaux-libéraux ? Le projet est théoriquement envisageable, du côté par exemple d’un néo-keynésianisme solidement affirmé. Mais sa concrétisation suppose que deux conditions au moins soient réunies. La première est interne : c’est l’exercice critique à l’égard des gestions gouvernementales socialistes, suivies en France et en Europe depuis le début des années 80. La seconde est externe au socialisme lui-même : c’est la constitution d’un véritable pôle d’alternative qui, dans la recherche assumée d’une dynamique majoritaire à gauche, exprime l’exigence d’une véritable radicalité transformatrice. Si ces deux conditions ne sont pas réunies, le réancrage à gauche du socialisme français risque d’être difficile à réaliser, ou impossible à consolider, notamment à l’épreuve du pouvoir. Rendez-vous au congrès de novembre, qui devra trancher sur le fond, au-delà des enjeux de personnes et de candidatures... R.M.

Paru dans Regards n°19, été 2005

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