Accueil > Monde | Par Catherine Tricot, Clémentine Autain | 1er juillet 2005

Après la victoire du Non. Un anti-libéralisme conséquent

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Le spectre du rassemblement des « non » de gauche s’est forgé dans le rejet du libéralisme économique. Au centre de la critique : le règne de l’argent, la logique de la rentabilité et la marchandisation sans cesse accrue de l’activité humaine. De toute part, la campagne fleurait le parfum retrouvé de la « lutte de classes ». Au fond, la dénonciation du pouvoir économique et de l’aliénation des individus qu’il engendre a cimenté les acteurs d’une gauche de gauche ainsi rassemblée sur ses fondamentaux. L’émancipation individuelle et collective passe par une autre répartition des richesses produites et une démocratisation de l’économie : voilà le cœur du cadre commun (re)constitué. Cette approche matérialiste s’est révélée suffisante pour réunir les forces de l’alternative dans la campagne référendaire. Le sera-t-elle pour la suite ? Pour s’atteler sérieusement à la construction d’une alternative, il faudra être conséquent et savoir articuler l’enjeu économique aux autres questions sociales et sociétales. La critique du rapport de domination économique doit notamment s’accompagner d’une vision claire des autres formes de domination. En effet, tous les enjeux politiques ne sont pas solubles dans la lutte des classes, comme l’ont formidablement révélé les mouvements sociaux notamment depuis 1968. Le féminisme invite par exemple à comprendre que les mécanismes de la domination masculine, s’ils s’ancrent dans le mode de production domestique, source d’aliénation pour les femmes, comportent aussi des dimensions symboliques fortes. Autrement dit, la déconstruction des identités sexuées ne se résume pas à changer les rapports économiques entre les genres. Les combats antiracistes portent également en germe une réflexion sur les comportements xénophobes qui ne sont pas les seuls fruits d’une suprématie économique, à un temps donné, d’une entité humaine sur une autre. La problématique écologique montre également que les enjeux environnementaux, s’ils ont beaucoup à voir avec les choix de développement économique, ne seront probablement pas résolus avec une seule approche en termes de rapports de classe. Enfin, la critique de la marchandisation du monde ne donne pas toutes les clefs pour penser une autre politique culturelle, de l’éducation ou encore du développement urbain. Pour autant, un antilibéralisme conséquent induit une mécanique intellectuelle qui doit permettre la remise en cause de tous les processus de domination et la construction, dans de nombreux domaines, de réponses alternatives. La tâche est immense. Pour y faire face, la prise en compte des différentes sensibilités politiques et de ce que l’on appelle souvent les « nouvelles problématiques » est indispensable. Il faut les articuler avec la question sociale pour faire ainsi advenir un projet alternatif capable de répondre à la complexité des enjeux contemporains. C.A. et C.T.

Paru dans Regards n°19, été 2005

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