Accueil > Monde | Par | 1er décembre 2004

Arafat et l’identité palestinienne

Yasser Arafat a réussi à donner corps à l’unité palestinienne. Retour sur la construction de l’ identité d’un peuple.

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La question de l’identité du peuple palestinien repose sur un fait majeur : la lutte pour protéger la terre puis pour recouvrir ses droits. Yasser Arafat, qui a fait de l’indépendance nationale le fil conducteur de sa vie, a été le symbole de ce mouvement de fond. En 1948, la majorité des Palestiniens sont contraints de quitter leur terre, de tout abandonner. Devenus des réfugiés dans les pays arabes voisins, ils décident d’entrer en résistance, animés par la conviction qu’ils reviendront chez eux. Les Palestiniens qui décident de rester deviendront la « minorité arabe d’Israël ». Du jour au lendemain, on considère que la Palestine n’existe pas. Le mot « Palestinien » disparaît du vocabulaire. Il est question d’« Arabes » ou de « réfugiés » même dans les résolutions de l’ONU. Il faudra le conflit de 1967, que Gaza et la Cisjordanie, qui étaient jusqu’alors respectivement sous la tutelle de l’Egypte et de la Jordanie, soient occupés par Israël, pour que les Palestiniens se retrouvent directement face à Israël. Fait paradoxal de l’occupation : le mot « Palestine » ressurgit.

Yasser Arafat et son équipe, très vite conscients comme l’ensemble des Palestiniens qu’ils avaient été trahis par la communauté internationale, notamment les pays arabes, n’attendent pas le conflit de 1967 pour décider de développer le mouvement national palestinien en créant le Fatah. L’organisation met l’accent sur la libération de la patrie et le rôle central que les Palestiniens ont à y jouer. De ce fait, les distances sont prises avec les pays arabes, faisant ressortir la capacité d’Arafat de ne pas avoir abandonné la cause palestinienne au nationalisme arabe. L’Israélien Amnon Kapéliouk écrit d’ailleurs : « Yasser Arafat et ses compagnons sont d’abord allés dans les camps de réfugiés, aussi bien dans ce qui restait de la Palestine (Gaza et la Cisjordanie) que dans les pays arabes voisins. Et petit à petit, ils ont réussi à imposer la volonté palestinienne de vivre libres. »

Cette volonté de vivre libres a amené Yasser Arafat et le peuple palestinien à croire très longtemps que la seule solution était la libération de toute la Palestine. Mais d’autres perspectives se sont ouvertes. Celle selon laquelle la liberté ne naît ni de l’expulsion ni de l’occupation ou de la colonisation, mais de la paix fondée sur le droit et le respect mutuel. Si le gouvernement Sharon a retenu prisonnier pendant plus de trois ans le président Arafat, élu démocratiquement, c’est bien parce qu’il représentait ce que craint le gouvernement israélien : l’unité nationale palestinienne que ni les chars israéliens, ni les bouclages, ni les destructions, ni le mur, ne parviennent à briser. Prisonnier dans la Muqata’a, il reste avec son peuple. « Si les Palestiniens l’aiment, lui, Yasser Arafat, confie l’historien Elias Sanbar, c’est avant tout parce qu’ils estiment que ce chef leur ressemble. La profonde spécificité de Yasser Arafat réside non pas dans son appréhension de la société palestinienne, mais dans le fait qu’il en est, qu’il est profondément palestinien. Le sceau de Yasser Arafat, c’est avant tout l’identité de ses réactions avec celles des Palestiniens. » Cette unité se reflète dans plusieurs secteurs qui symbolisent l’identité d’un peuple : la littérature palestinienne, celle de l’exil, l’une des plus riches du monde arabe ; celui de l’éducation : en dépit du contexte, des incursions de l’armée israélienne, 95 % des enfants suivent un enseignement primaire. L’éducation est la voie pacifique vers un avenir meilleur, qui permettra au futur Etat palestinien libre et indépendant de disposer des cadres dont un pays a besoin.

Des formes de lutte, comme la « révolte des pierres » de la première Intifada, symbolisent cette unité où rassemblements imposants, combats de rue se combinent à une organisation autogérée de la vie quotidienne, où les jeunes côtoient les anciens, les réfugiés de 1948 se mêlent aux natifs des territoires occupés, les couches sociales se mélangent. Ainsi, les Palestiniens possèdent, au-delà de l’endroit où ils vivent et de leurs différences, un sentiment commun d’appartenance à un même peuple, à une même culture. L’OLP, sous la présidence de Yasser Arafat, en a été l’initiatrice et le symbole. La création de l’Autorité palestinienne en 1994, dans la foulée des accords d’Oslo, a été d’une importance capitale : les Palestiniens disposaient, pour la première fois, d’une institution d’Etat sur une partie de leur territoire. Comme le dit Elias Sanbar, Arafat « a toujours voulu que cette terre, la sienne, devienne le lieu possible d’un partage et non pas d’une division » .

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