Accueil > Société | Par Rémi Douat | 13 avril 2011

Areva, au théâtre ce soir

Le leader mondial du réacteur nucléaire se serait bien passé
de la catastrophe de Fukushima. Brève anatomie
d’une communication de crise réussie avec Anne Lauvergeon.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Il va falloir récupérer l’expérience du Japon
pour regarder s’il n’y a pas de leçon
à apprendre (…) Il faut rester ouvert.
 » [1]
Mais qui parle comme ça de l’atome ?
Greenpeace ? Sortir du nucléaire ? Un militant
du Larzac ? Presque. C’est Anne Lauvergeon,
présidente d’Areva, premier fabricant de réacteurs
nucléaires au monde. «  Il faut débattre
de tout, sans tabou
 », a-t-elle renchérit le lendemain
 [2]. Alors que se passe-t-il ? Il se passe
qu’Anne Lauvergeon doit faire de toutes petites
nuits. Son job, et accessoirement l’image du nucléaire
français, sont un peu liés aux quelques
mots qu’elle a prononcé ou prononcera dans les
prochains jours. Son CDD prendra fin en juin et
la concurrence se met en ordre de bataille alors
qu’elle voudrait bien refaire un tour de manège
à la tête d’Areva.

Comment comprendre cet axe de communication
tout en modestie, appelant au débat et à la
réflexion, elle qui est issue du très opaque et si
peu démocratique corps des Mines,
qui règne avec l’autorité de ceux qui savent sur
le nucléaire français depuis cinquante ans ?

Tout le monde te regarde

Pour un chef d’entreprise de ce niveau, la com’
de crise, c’est un peu Fort Boyard. Tu sautes
dans le vide pendu à un élastique en faisant
risette à la caméra, tu mets ta main dans un
nid de serpents, tu réponds comme il faut
aux questions du Père Fouras et en plus tout
le monde te regarde. Le moindre faux-pas et
tu dégages.

Prenons cet épisode que les patrons se racontent
en boucle, comme on se dit l’histoire
du croque-mitaine pour se foutre les chocottes.
C’était en 1999, écrivent Aurore Gorius
et Michael Moreau (Les gourous de la com’).
Le 12 décembre, l’Erika sombre au large du
Finistère transformant la côte et les jolis oiseaux
immaculés en tableau de Soulages. Deux
semaines plus tard, une tempête mémorable
ravage le pays, faisant des morts, dévastant le patrimoine forestier et privant les Français
d’électricité en pleine dinde au marron. Et on ne
plaisante pas avec la dinde au marron.

C’est pas ma faute à moi

Thierry Desmarest, PDG de Total et François
Roussely, à la tête d’EDF, sont sur la sellette.
Le premier fera une com’ calamiteuse et sera
laminé offrant depuis à Total une place de choix
dans le classement des entreprises détestées
des Français. Desmarest fuit les médias, ne fait
preuve d’aucune compassion pour les petits
oiseaux et les habitants d’un littoral dévasté.
Quand il parle, c’est pour dégager Total de toute
responsabilité.

De son côté, François Roussely fera un petit
miracle qui fait encore école. Monsieur EDF se
précipite au 20 heures de PPDA et improvise la
transparence. L’électricité sera-t-elle rétablie pour
le Réveillon ? «  Je ne sais pas », répond-il en substance,
«  nous sommes tributaires des éléments
naturels
 ». Des images d’agents EDF affrontant
courageusement les éléments pour « rebrancher »
les Français inondent les écrans.

Intuitivement, il a rassemblé les trois éléments
clé d’une communication de crise réussie : réactivité,
transparence, émotion. Ingrédients repris
aujourd’hui par Lauvergeon, conseillée par sa
copine Anne Méaux, patronne d’Image 7, qui
se partage le CAC 40 et les stars de la politique
avec Stéphane Fouks et Michel Calzaroni.
«  Comprendre l’émotion  », « développer le dialogue », « reconstruire la confiance »… Une Anne
Lauvergeon transfigurée. Alors que le nuage
radioactif parcourt le monde (sans aucun danger,
promis juré, tout comme les centaines d’incidents
annuels sur le territoire français) la nouvelle
tombe. Eric Besson, ministre de l’Industrie,
envisage un troisième mandat pour Anne Lauvergeon.
Image 7 a bien travaillé.

À lire

Les gourous de la com’ ,
d’Aurore Gorius
et Michaël Moreau,
éd. La Découverte,
312 p., 19 €.

Notes

[1Anne Lauvergeon au journal de France 2, le 14 mars.

[2Anne Lauvergeon dans Le Parisien du 15 mars.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?