Accueil > Culture | Par Julia Moldoveanu | 1er novembre 2004

Aux anges/ Tanikawa Shuntarô

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« Un ange passe », dit-on quand les mots, gênés, laissent la place au silence. Le livre de Tanikawa Shuntarô, le plus connu poète japonais contemporain, est né de ce silence entre les mots où se glissent les anges que Paul Klee a dessinés à la fin de sa vie. Cela crée une géométrie poétique conçue comme un jeu, exercice où le graphisme se continue dans la parole. Touchée par sa grâce, elle emprunte le rythme tranquille de sa respiration. Ainsi, un symbole que l’on pensait usé jusqu’à sa trame, l’ange, cette créature aérienne, éthérée, spirituelle, mais possédant un corps, hante ses illuminations et se pose comme être intermédiaire entre un artiste de génie et le poète japonais. Rilke, encore, convoquait cette divine créature, dans son passage du visible à l’invisible. Identifié, par beaucoup, à la beat generation, Tanikawa Shuntarô travaille l’idée de frontière et trouve dans la calligraphie de Klee une réponse à ses propres idéogrammes. « Les choses que j’aurais tant voulu écrire/sont celles que je n’ai jamais su mettre en mots. » Ici, l’humour et la tendresse du dessin débordent sur l’écriture dans un syllogisme implacablement drôle : « Ne sachant pas ce qu’est le mensonge/les anges ignorent ce qu’est la vérité » . L’exercice souriant de Klee répond graphiquement dans le contour incantatoire de l’Ange au grelot. Là, un Ange vigilant hante le désespoir post-moderne du poète : « Je croyais qu’il suffit d’un sourire pour se faire entendre/même quand on se tait/Le jour où j’ai su que c’était impossible/j’ai tapé/tapé comme un sourd/Dans l’ignorance du bien et du mal. » Le frisson passe, le poème n’illustre pas, comme le dessin de Klee ne narre pas : c’est un monde autre que nous révèlent ces artistes majeurs. Les 18 poèmes qui forment le recueil semblent toucher à ce domaine secret de la création qui rencontre les esprits au-delà des frontières. Ils subliment ce que l’homme a de désir insatisfait et impossible. Une édition bilingue qui, même si on ne connaît pas le japonais, donne une idée sur la rencontre heureuse des signes.

Julia Moldoveanu

Tanikawa Shuntarô , les Anges de Klee , traduit du japonais par Dominique Palmé, édition bilingue, Abstème et Bobance, 16,15 ?

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