Accueil > Economie | Par Rémi Douat | 1er mars 2006

« Avoir son atelier, c’est une entreprise périlleuse et difficile »

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« On ne peut pas faire ce métier sans passion. Quand je me suis lancée dans la lutherie après trois ans d’études en musicologie, j’aurais tout donné pour trouver un maître d’apprentissage. Alors j’ai harcelé un luthier. Je campais presque devant son atelier ! Au bout d’un an, il m’a proposé de bosser avec lui, comme apprentie. C’était la récompense de ma patience. Et puis ma pugnacité a commencé à circuler dans le tout petit milieu de la lutherie et j’ai été contactée par Wolfgang, avec qui je travaille aujourd’hui. C’était inespéré. Pendant cinq années, j’ai réparé et restauré des luths. Puis j’ai enfin pu faire mes propres instruments.

Je suis employée à mi-temps au SMIC, je vis donc avec à peine plus du RMI. Si je n’étais pas avec quelqu’un qui gagne sa vie, je ne pourrais tout simplement pas rester à Paris et je serais obligée de cumuler avec un autre boulot. Malgré ça, c’est un métier de luxe, dans lequel je me fais constamment plaisir. Quand je suis en vacances, l’atelier me manque et, après dix ans, je suis toujours heureuse d’aller travailler. J’aime le rapport au bois, des arbres fruitiers et des essences exotiques, selon les instruments, mais aussi du métal, de l’os, de la corne... Paradoxalement, nous gagnons des tout petits salaires mais nous avons une clientèle internationale et deux ans et demi d’attente pour une commande d’instrument. Avec la possibilité d’accéder pour trois fois rien à des biens de consommation très sophistiqués, on a perdu la valeur du travail manuel. La Chine s’est d’ailleurs attaquée à ce marché et les luthiers du quatuor (violon, violoncelle, contrebasse) sont condamnés à court terme à devenir de simples revendeurs d’instruments chinois, d’ailleurs de très bonne qualité. Ils sont venus se former en France et sont d’excellents copistes. Du côté du luth, je pense que le marché est trop petit pour que la Chine s’y intéresse. On mise sur l’étroite relation qui s’instaure avec le musicien.

Je vais bientôt partir de l’atelier, pour fonder le mien. C’est une entreprise économique périlleuse et difficile. Une banque devra suivre et ce n’est pas acquis. Je pense qu’une partie de mes actuels clients me suivront mais on ne sait jamais. Je voudrais aussi avoir la possibilité de transmettre mon métier à un élève, mais si je ne suis pas en mesure de le payer dignement, je ne le ferai pas. »

/Encadré/

/Il y a cinq lutheries, au sens strict du terme (atelier de fabrication de luths) en France. Plus généralement, les effectifs des artisans sont en baisse constante depuis vingt ans (- 33 %). 43 % sont des femmes./

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