Accueil > Culture | Entretien par Bernard Hasquenoph | 18 octobre 2012

Bobines & parchemins

Un cinéma parisien accueille du 24 au 28 octobre le premier festival du film médiéval, organisé par des passionnés d’histoire, pour la plupart étudiants. Ils veulent la « faire sortir des universités ». Parmi eux, William Blanc, doctorant en histoire médiévale, à l’origine de la fronde estivale contre le best-seller de l’acteur Lorànt Deustch, Métronome, aux relents réactionnaires.

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Si vous possédez une armure dans votre penderie, c’est le moment de la sortir. L’entrée à certaines séances sera gratuite « pour toute personne venant en costume médiéval ». Le but du festival Bobines & parchemins : réconcilier le Moyen Âge du grand public et celui des historiens, questionner la place de l’histoire dans notre société. Au programme, des projections de films, du plus kitsch au plus sobre, sur le thème de la chevalerie, suivies de débats avec des historiens. Le festival se clôturera par une soirée « Moyen Âge’s not dead » au cocktail détonant : rock instrumental, contes médiévaux et repas d’époque !


William Blanc proposera également une balade-découverte du Paris médiéval, comme il le fait régulièrement au sein de l’association d’éducation populaire Goliard[s] qu’il préside. En juillet dernier, il s’est retrouvé au coeur d’une violente polémique pour avoir critiqué le succès de librairie de Métronome. L’histoire de France au rythme du métro parisien de l’acteur Lorànt Deustch. Outre des erreurs factuelles et l’absence de sources, il pointa « sa vision très archaïque, pour ne pas dire conservatrice de l’histoire ». C’est sur ses analyses que se fonda le groupe PCF-Parti de Gauche de la Ville de Paris pour demander à la mairie d’en cesser toute promotion. Le voeu rejeté aura néanmoins permis de mettre à jour une entreprise de vulgarisation historique douteuse autant que dangereuse.

Regards.fr. Quelle vision de l’histoire défendez-vous dans ce premier festival du film médiéval ?

William Blanc. On cherchait à la base à créer une rencontre entre les historiens et le reste de la population. Le meilleur média pour cela reste le cinéma, qui est sans doute l’art populaire par excellence. Le collectif d’organisation du festival mêle des historiens mais aussi des gens issus du milieu de la musique et du cinéma. Grâce à cette rencontre, l’événement a pu prendre une tournure qu’il n’aurait jamais eue si nous étions restés entre nous, coincés entre les murs de la fac. Il y a eu aussi une rencontre au sein de l’université. Lorsque nous avons proposé le projet aux professeurs de notre labo, je pensais franchement avoir des retours négatifs. Nous n’avons eu que des réponses enthousiastes.

De quelle nature seront les débats après les projections de films ?

Il ne s’agit pas d’imposer un point de vue, mais de partager des expériences. Aucun de nos intervenants ne s’amusera, je pense, à pointer les anachronismes des films présentés. Il est plus intéressant d’expliquer leur raison d’être. Même chose pour la soirée de clôture « Moyen Âge’s not dead ». Derrière le clin d’oeil punk, c’est une manière de rappeler que cette période est très importante dans l’imaginaire de pas mal de gens et qu’il est utile d’en retracer l’histoire.

Ce festival est une réponse au Métronome de Lorànt Deutsch ?

Non, l’idée nous est venue bien avant l’affaire Deutsch. Des sept membres du collectif d’organisation, j’ai été le seul à m’être impliqué dans cette polémique. Maintenant, le festival est pour moi aussi une manière de dire qu’il ne faut pas opposer l’histoire et le "fun". Oui, on peut faire de l’histoire scientifique, sérieuse, sans se prendre au sérieux, simplement, et de manière accessible à toutes et à tous.

Pour avoir mis en lumière les incohérences du livre de Lorànt Deutsch, vous avez été violemment attaqué, notamment sur Internet dans la blogosphère d’extrême-droite. Quelques mois plus tard, quelles leçons en tirez-vous ?

Personnaliser le débat et calomnier n’est qu’une manière pour ces blogs de ne pas répondre sur le fond. Je pense qu’il y a deux courants de pensée. Soit on considère que l’histoire est une sorte "d’école du patriotisme" et qu’elle ne sert qu’à provoquer un réflexe identitaire, un "amour de la patrie" à travers ce que nous appelons le "roman national", soit elle est un outil d’émancipation, qui aide à comprendre les complexités, les différences. Entre ces deux courants, l’extrême-droite soutenant Lorànt Deutsch a choisi la première.

Bobines & parchemins
Du 24 au 28 octobre 2012
Cinéma Le Desperado,
23, rue des Ecoles
Paris Ve
www.bobinesetparchemins.fr

Bobines & parchemins
Du 24 au 28 octobre 2012
Cinéma Le Desperado,
23, rue des Ecoles
Paris Ve
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