Accueil > Résistances | Par Mathieu Dejean | 22 juin 2011

Brassens, indicateur de l’espace de liberté disponible

Il ne fait pas bon crier « mort aux vaches ! ». Un jeune homme a été condamné fin mai pour avoir entonné Hécatombe de Georges Brassens, alors que trois policiers passaient sous sa fenêtre. La Fédération Anarchiste (FA) appelait à un rassemblement samedi 18 juin.

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17h, le 18 juin, devant la préfecture de police de Paris. Ils sont une cinquantaine, drapeau noir de la FA déployé, à estimer que « ça devient grave si on commence à enfermer des gens parce qu’ils chantent », selon une jeune femme. Le 27 mai dernier, un homme a été condamné à 40h de travaux d’intérêt général et à verser 100 euros à deux policiers pour avoir entonné Hécatombe de Georges Brassens, où des « mégères gendarmicides » font crier à un maréchal « mort aux vaches, mort aux lois, vive l’anarchie ! ». Les policiers ne goûtent pas l’humour acerbe de Brassens. Qu’ils ne tolèrent pas qu’on puisse le partager, « c’est idiot pour eux » selon Lionel. D’autant plus que « Brassens est enseigné dans les écoles », affirme Flora.

La chorale de fortune ne fait pas long feu. A 17h20, les manifestants sont encerclés par les policiers qui les repoussent jusque dans les escaliers du métro. Un militant de la FA y est arrêté. Les voix de ses camarades clamant « police partout, justice nulle part ! » se sont tues. Lionel, qui a réussi à s’extirper de la mêlée, en sort renforcé dans ses convictions antimilitaristes : « Ils ne réfléchissent pas. Si demain y’a Le Pen, il feront ce qu’il leur dit de faire. Sous l’occupation, la rafle du Vel’ d’Hiv’, c’est la police française qui l’a perpétré ».

Le "polisson de la chanson" magnait la métaphore et la poésie comme autant de lames pointées vers les institutions. Les quelques manifestants restés samedi devant la préfecture avaient eux aussi plus d’une corde – vocale – à leur arc : La mauvaise réputation de Brassens, Le triomphe de l’anarchie de Charles d’Avray, et Les anarchistes de Léo Ferré se sont succédés aux oreilles sensibles des policiers.

Un répertoire un peu suranné ? « Ceux qui reprennent le flambeau sont des gens qu’on n’entend pas dans les médias », estime Lionel. Cette marginalisation pourrait être à craindre. Brassens est tantôt censuré de fait, tantôt relégué au musée (la Cité de la Musique). C’est peut-être risquer d’archiver ses aspirations : « Le seul paradis que je préconise, moi, c’est le paradis de l’individu qui a sa liberté », disait-il.

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