Accueil > Société | Chronique par Nicolas Kssis | 22 juin 2012

Bref, j’ai une série générationnelle

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Le succès d’une série est souvent fondé
sur une intuition qui s’incarne dans un
format (prenons par exemple le cas de
Friends, 25 minutes l’épisode, qui s’emparait
du syndrome « colocation » pour cause de
flambée des loyers à NYC, série aujourd’hui
prolongée par How I met your mother)
.

Avec Bref, diffusée en clair sur Canal,
c’est le carton plein. La chaîne des années
Mitterrand, à défaut de garder son foot,
conserve son talent pour sentir l’air du temps,
et une certaine capacité à cristalliser un
sentiment générationnel.

Peu importe qu’on parle ici seulement des
classes moyennes urbaines et de leurs doutes
existentiels, le propos est suffisamment ample
sur le décryptage de la vie quotidienne, pour
que tout le monde puisse s’y retrouver, ou du
moins y décoder avec un certain plaisir complice
quelques éléments de sa propre existence.
En gros, la madeleine de Proust à l’heure
des Transformers et des jeux vidéo.

Car à l’heure de Facebook et de Twitter, le
format rapide, court et partageable convient
parfaitement à cette jeunesse éternellement
adolescente qui désormais regarde autant
la télé sur son ordi que sur son smartphone,
à savoir les trentenaires qui vivent dans des
apparts trop petits pour habiter en ville plutôt
qu’en banlieue et compensent en agrandissant
leur horizon virtuel (plutôt un ipad
qu’un jardin de pavillon).

Bref, c’est l’histoire d’un gars (son auteur ,
Kyan Khojandi), qui vient d’avoir trente ans, se
met en couple et a vraiment beaucoup du mal
avec le monde du travail. L’un des moments
symptomatiques de ce rapport détaché, résigné,
à son univers professionnel – où il ne
fait que gagner sa vie en multipliant les CDD
– réside dans la séquence « Je suis Éric Dampierre
 » et sa cruelle présentation du télémarketing
et de son slogan « de travailler plus pour
gagner pareil ».

Le plus instructif dans cette série reste ce
qu’elle n’aborde quasiment pas : peu de politique
et de social – plutôt des questions de
société axées sur les sentiments et la sexualité
(une mention spéciale au « plan cul régulier »
incarnée par Bérengère Krief) – et rarement de
sujets qui fâchent vraiment (comme tous ses
semblables, il ne comprend pas le racisme
quand il le croise en soirée).

Pourtant, malgré ce nombrilisme assumé et ce
côté psychanalyse collective empreint de nostalgie
humoristique précoce, Bref est devenue
une marque de fabrique. Peut-être la plus imitée
ou dupliquée sur Youtube où chaque étudiant
en com, chaque blogeur en manque de
viralité y est allé de son hommage.

La campagne électorale a ainsi vu le Lipdub
remplacé par des parodies de ce programme
phare du « Grand Journal », qui offraient l’opportunité
à chaque militant, chaque section locale,
surtout à gauche, de démontrer à quel point il
s’avère dorénavant facile de diffuser de la propagande
de manière « moderne et fun ».

Pour le fond, reste à vérifier. Car le grand principe
de base de ces clins d’œil générationnels,
demeure qu’il suppose une parfaite maîtrise
des codes et des repères culturels.

Or en politique, cela fait longtemps que ce sont
les fondamentaux qui pèchent.

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