Accueil > Monde | Par Emmanuel Riondé | 23 septembre 2010

Brésil (2) - International, un retour en force

Le 3 octobre, les électeurs brésiliens voteront et diront au revoir à Lula. En huit ans à la tête du Brésil, cet ex-métallo syndicaliste a mis en place de vastes programmes sociaux et lancé son pays sur les rails d’une croissance soutenue. Le pays a acquis une véritable stature internationale, faisant entendre sa voix d’ « Etat émergent » majeur. Mais ceux qui avaient cru à l’avènement d’un autre Brésil, plus socialiste, en sont pour leurs frais : le bilan politique du barbu pragmatique restera celui du « libéralisme social

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

 ».

En huit ans, le Brésil a pris une place grandissante sur la scène internationale. Rendue possible par une situation économique et sociale consolidée qui lui a valu l’écoute des puissants, la renaissance de la diplomatie brésilienne s’est opérée sur trois axes .

Aspirer au rang de puissance . Après sa prise de fonction le 1er janvier 2003, le premier voyage de Lula le mène en France et en Allemagne. Deux pays siégeant au Conseil de sécurité (CS) de l’ONU, dont l’un de façon permanente, et qu’il vient soutenir dans leur décision de s’opposer à l’intervention en Irak. «  Il a accompli cela de manière ostentatoire et souhaité que l’on fasse de la publicité à ce geste , rappelle Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Cela a été une façon de se positionner très rapidement sur la scène internationale . »

Une volonté de faire entendre la voix du Brésil sur les « dossiers chauds » des relations internationales qui ne se démentira plus : le 17 mai, Lula et le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan prenaient une initiative diplomatique conjointe sur le dossier nucléaire iranien. Cela deux mois après un voyage du président brésilien au Proche-Orient qui avait surpris mais sur lequel Lula s’est expliqué. En substance : certes, le Brésil n’a pas d’histoire dans cette partie du monde, mais ceux censés avoir la légitimité pour y intervenir : l’Europe et les Etats-Unis : n’ont guère obtenu de résultats dans la région en cinquante ans. Le temps est donc peut-être venu d’ouvrir la porte à d’autres médiateurs...

Entre temps, Lula a multiplié les accords avec des pays émergents : le groupe Ibas (Inde, Brésil, Afrique du Sud) créé en mai 2003 avait pour objectif de coaliser des pays des trois continents pour, en septembre suivant au sommet de l’OMC à Cancun, contrer les initiatives de l’Europe et des Etats-Unis. Ce fut un succès qui a, notamment, permis l’élargissement du G8 au G20.

Puissances nucléaires et membres permanents du CS de l’ONU, la Russie et la Chine constituent, avec le Brésil et l’Inde, le groupe dit des Bric. Mais, servies en terme de positionnement géostratégique, elle se montrent peu pressées de voir émerger... les émergents. Sans se couper de Moscou ni de Pékin, le Brésil, qui aspire au statut de membre permanent au Conseil de sécurité, a donc fait parler son pragmatisme : en formant un groupe de pression, le G4, où lui, l’Inde, le Japon et l’Allemagne se consultent pour pousser leurs pions sur la question de la réforme de l’ONU.

La coopération Sud-Sud . Parallèlement, «  le Brésil a mis en place une stratégie de relation Sud-Sud qui a bénéficié de la montée en puissance de l’économie chinoise , souligne Jean-Jacques Kourliandsky. A l’arrivée au pouvoir de Lula, les Etats-Unis étaient le premier partenaire du Brésil, c’est aujourd’hui la Chine. Lula n’a pas cherché à rompre avec le système de libre-échange tel qu’il fonctionne mais a oeuvré pour créer des rapports de force favorables aux pays du Sud . » Soucieux de multipolarité, il crée en 2005 une structure de dialogue Ligue arabe / Amérique du Sud. Mais il s’intéresse surtout à l’Afrique : en juillet, Lula a effectué son dixième et dernier voyage, en huit ans, sur ce continent avec lequel les échanges du Brésil ont presque triplé dans la même période. En 2006, il avait rappelé que le Brésil était le deuxième pays noir au monde après le Nigeria. «  Il tient à ce que le Brésil soit présent en Afrique pour des raisons économiques mais aussi pour des questions culturelles et identitaires , précise le chercheur de l’Iris. Il a fait adopter dans son pays une loi qui introduit des éléments d’histoire de l’Afrique dans l’histoire brésilienne . »

La scène continentale . Enfin, en Amérique du Sud, le pays s’est montré très actif, en relançant notamment la dynamique des organisations régionales : le Mercosur (marché commun réunissant le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay et depuis 2006, le Venezuela) va vers l’élargissement progressif et multiplie les accords bilatéraux. Et en mai 2008, à Brasilia, a été créée la nouvelle Union des nations sudaméricaines (Unasur) qui regroupe les douze pays d’Amérique du Sud. C’est le grand projet « bolivarien » de Lula qui souhaite limiter le plus possible les interventions extérieures dans la gestion des affaires du continent. Pourtant, entouré du Venezuela de Chavez ou de la Bolivie de Morales, le Brésil de Lula y apparaît, plus qu’ailleurs, sous son double visage : à la fois acteur dynamique faisant entendre la voix des pays du Sud et élève appliqué (et bien plus docile que ses voisins) à l’école du libéralisme.

«  Sur la scène continentale, le Brésil apparaît comme un rassembleur et essaie avant tout d’éteindre les conflits bilatéraux , résume Jean- Jacques Kourliandsky. Le dernier exemple en date est celui de la tension régnant entre la Colombie et le Venezuela : Lula a fait une déclaration assez anodine mais qui lui a valu d’être accusé d’agression par Uribe. Sans se démonter, il a répondu que le Brésil entendait donner son avis même si cet avis n’était pas forcément celui d’Uribe avec qui, a-t-il insisté, il entretient d’excellents rapports personnels . » Comme avec Chavez... Jusqu’au bout, le président brésilien aura été l’homme des grands écarts.

E.R.

Brésil - Repères

5e pays le plus peuplé du monde avec environ 195 millions d’habitants

un salaire minimum de 510 réals (environ 220 ?)

plus de 2 % de croissance salariale entre 2007 et 2008, l’une des meilleures du G20

les 1 % les plus riches concentrent autant de revenus que les 50 % les plus pauvres

la croissance moyenne du PIB est de 3,91 % depuis 2002

le niveau de pauvreté (moins de la moitié du salaire minimum) a baissé de 33 % à 22,7 % entre 2001 et 2007 ; le niveau d’indigence (moins du quart du salaire minimum) de 14 % à 7,9 %.

52 % de la population appartiendrait à la classe moyenne (revenu mensuel de 1 065 et 4 591 réals par famille, soit 470 à 2 020 ?)

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?