Accueil > Société | Par Alain Bascoulergue | 1er octobre 1998

Brigades internationales

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L’Espagne des années trente 1936. Guerre d’Espagne. Les volontaires des Brigades internationales viennent soutenir la République. Parmi eux des Français. Rémi Skoutelsky retrace leur aventure et verse de nouveaux éléments au dossier.

L’historien de 32 ans qui propose cet ouvrage à partir de sa thèse nous dit d’entrée de jeu qu’il aurait choisi Stalingrad en 1943, et Madrid en 1936. Pour comprendre ce qui motive l’engagement de ces volontaires français, l’auteur se livre à un long travail de collecte de témoignages de ceux qui vivent encore. Il les recoupe et les confronte avec les résultats de ses investigations dans les fonds d’archives les plus divers : préfecture de police de la Seine, ministère des Affaires étrangères, les archives de nombreux départements français, celles de Salamanque et de Madrid, celles de la Société des Nations à Genève et enfin, celles de l’Union soviétique. Au terme de ce travail, il signe : "l’espoir guidait leurs pas". L’espoir pour ceux qui s’engagèrent dans la foulée enthousiaste du Front populaire à la rescousse du Frente popular agressé par le fascisme montant en Europe, était peut-être d’élargir l’espace de la sociale. L’espoir pour des communistes, des anarchistes, des syndicalistes, était aussi de faire vivre le second souffle des révolutions, l’espoir enfin pour les mêmes et beaucoup d’autres de mettre un terme aux victoires du fascisme, déjà installé en Italie et en Allemagne. Ceux-là virent clair avant le jour. Il y eut aussi, parfois chez les mêmes, l’espoir d’échapper à une vie précaire, médiocre pour un combat clair, une nouvelle vie. Parmi les 32 000 étrangers qui vinrent défendre l’Espagne républicaine, il y eut 9 000 Français. Qui sont ils ? L’étude porte sur un échantillon de 3 910 noms . Ils ont en moyenne, à leur arrivée en Espagne, presque 30 ans, plus de 50% ont entre 24 et 36 ans, le plus jeune a 15 ans, le plus âgé en a 57.64,9% sont ouvriers, 16,8% sont manoeuvres et assimilés, 7% employés. Le plus grand nombre, 24,4%, vient du secteur du bâtiment, puis de la métallurgie (21,4%), les chauffeurs représentent 8,6%, mais on compte très peu de salariés sous statut (10 cheminots, 2 instituteurs). L’auteur souligne la probable présence élevée de chômeurs parmi ces volontaires, mais, faute de figurer dans les informations mentionnée sur leurs fiches individuelles, cette hypothèse n’est pas établie statistiquement.

Qui sont les volontaires français ?

Leur situation de famille est-elle aussi difficile à cerner précisément car certains des volontaires craignent qu’au moment d’enregistrer leur engagement, on ne refuse les hommes mariés. Selon les situations enregistrées, 58,5% sont célibataires, séparés, divorcés ou en instance de divorce. Ils viennent des grandes agglomérations ouvrières de la région parisienne, du Nord-Pas-de-Calais. Ils sont en majorité communistes, syndiqués à la CGT ou sympathisants de ces deux organisations. On compte aussi des socialistes, des anarchistes, des trotskistes. Tous ou presque, c’était une condition d’engagement, ont une expérience militaire. Qui décide la création des brigades internationales ? Entre le 18 juillet et la mi-septembre 1936, ils ont été des centaines à franchir le pas pyrénéen. Des réfugiés des pays dominés par le fascisme, Italie, Allemagne, juifs réfugiés d’Europe centrale. Certains d’entre eux étaient déjà présents depuis des mois dans cette Espagne effervescente. Avec eux, des sportifs venus participer aux "olympiades des travailleurs", réplique insolente aux honteux jeux de Berlin. Un certain nombre de ces athlètes resteront et participeront aux combats. Malraux, auréolé de la gloire de son prix Goncourt, accourt dès le 20 juillet... De retour en France, il rassemble en quelques jours hommes et avions. Il forme, dès le tout début août, la légendaire escadrille España, engagée victorieusement dès le 16 à Medellin. Dans la même période, des étrangers antifascistes volontaires sont recrutés en France par le Parti communiste français. Des Français franchissent la frontière le 5, puis le 9 août. D’autres, de leur propre chef, vont suivre. Ainsi, la philosophe Simone Weill.17 Français dont 7 Algériens sont au combat sur les barricades de Huesca dès le 15 août dans la colonne internationale Lénine formée par le POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste). Y figure l’écrivain Georges Orwell. Début septembre, est formée au sein de la colonne Gastone-Sozzi, la centurie Commune de Paris. Les premiers convois d’Interbrigadistes parviennent par Irun ou par Alicante à Albacete, le 13 octobre. André Marty, l’un des chefs les plus prestigieux de l’Internationale communiste dans les années 30, y est le 20. Les premiers éléments des Brigades Internationales sont engagés dans la bataille de Madrid, le 1er novembre. Le nombre de brigadistes augmente donc très fortement courant septembre. Qui en a décidé ? Staline ? Le gouvernement de la République espagnole ? André Marty ? Maurice Thorez ? Rémi Skoutelsky verse un certains nombre d’éléments au dossier.

Qui décide de procéder au recrutement ?

Le 18 septembre 1936, se tient, à Moscou, une réunion du secrétariat de l’exécutif de l’Internationale communiste qui décide, le compte rendu en fait foi, " de procéder au recrutement, parmi les ouvriers de tous les pays, de volontaires ayant une expérience militaire, en vue de leur envoi en Espagne ". Maurice Thorez n’était pas membre de cette instance, mais il ne pouvait qu’accueillir avec satisfaction cette décision prise au plus haut niveau (l’URSS vient de décider l’envoi d’armes et de conseillers militaires), puisque, dès le mois d’août, il avait donné, en France, le feu vert à l’établissement de listes de volontaires. Ces questions éclaircies, on trouve dans l’ouvrage de Rémi Skoutelsky bien d’autres intérêts à commencer par les témoignages qu’il a recueillis. Sur les motivations de l’engagement ; sur la vie quotidienne des Interbrigadistes si difficile le plus souvent ; sur l’âpreté des combats ; sur les ressentiments nourris à l’égard d’un état-major espagnol qui semble, les premiers mois de la guerre, sacrifier les combattants des brigades, sur les souffrances endurées, les déchirements provoqués par la répression stalinienne qui s’abat dès le printemps 1937 sur les miliciens du POUM et les formations anarchistes. La guerre qui dure, les revers subis puis la décision négociée ailleurs, sans eux, du retrait avant la défaite. Le retour au pays, l’internement des camarades avec lesquels on a affronté le pire, l’indifférence d’un monde d’où s’est enfui l’enthousiasme du Front populaire, avec, pour seul destin, le face à face avec les difficultés quotidiennes et la non moins difficile réintégration au travail. Quand la guerre enflamme l’Europe et le monde, la plupart d’entre eux s’engagent dans la résistance armée, avant de vivre l’entreprise de discrédit stalinienne qui fut, pour certains d’entres eux, en France, marquée par l’oubli, cependant que leurs frères d’armes d’Europe de l’Est subissaient les procès truqués préludant le plus souvent à la déportation ou au peloton d’exécution. Le mérite de Rémi Skoutelsky est celui d’éclairer les mécanismes politiques et psychologiques de cette terrible entreprise. Je retiens également l’éclairage porté sur André Marty et la réfutation argumentée de ce qualificatif infamant qui lui fut accolé de " boucher d’Albacete ". Pour toutes ces raisons, et d’autres encore que le lecteur découvrira, l’Espoir guidait leur pas fait désormais partie des livres nécessaires de ce siècle.n A. B.

Rémi Skoutelsky, L’Espoir guidait leurs pas. Les volontaires français dans les Brigades internationales, 1936-1939, Grasset, 1998, 410 p., 157 F

L’Espagne des années trente

1931 Succès de la coalition républicaine aux élections municipales. Abdication du roi Alphonse XIII. Proclamation de la République le 14 avril. Coalition de centre-gauche au pouvoir.1933 Dissolution des Cortes et législatives. Majorité à droite. L’oligarchie foncière demeure. L’Eglise et l’armée restent toutes puissantes. L’une soutient la Confédération espagnole des droites autonomes (CEDA). L’autre arbitre la lutte pour le pouvoir. En face, le mouvement ouvrier est dominé par l’anarcho-syndicalisme.1934 Grève générale des socialistes contre l’arrivée de la CEDA au gouvernement. Echec, sauf aux Asturies, où le PCE et la CNT ont rejoint l’Alliance ouvrière. Répression sanglante menée par la Légion étrangère commandée par le général Franco. La guerre civile est en germe.1935 Pacte de Front populaire signé par l’Union républicaine, la Gauche républicaine, l’Esquerra catalane, le PSOE, l’UGT, le PCE, le POUM et d’autres formations.1936 Le Front populaire obtient en février 56% des sièges des Cortes. Grèves dans toute l’Espagne. La Phalange, organisation au programme fasciste, sème la terreur dans les quartiers ouvriers. En juillet, les phalangistes passent à la lutte armée contre les grévistes du bâtiment menés par la CNT. Le 17 juillet, soulèvement militaire. Franco déclare l’état de guerre.

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Vos réactions

  • Bonjour,

    j’aurais souhaité me procurer les numéros de "regard" des 30 juillet 1936 et 10 décembre 1936 (ou des copies) pensez vous que cela soit possible ?
    merci de votre lecture
    salutation
    Michelle Fy

    Michelle Le 27 octobre 2013 à 18:03
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  • je recherche des traces d un cousin issu germain ROLAND LEMAIRE natif de REMINGHEM dans le pas de calais

    merville Le 2 juin 2015 à 19:35
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