Accueil > N° 27 - Mars 2006 | Par Karine Gantin | 1er mars 2006

CGT. Trois points de polémique

Que reproche-t-on au projet de sécurité sociale professionnelle avancé par la CGT ?

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Les polémiques autour du concept de sécurité sociale professionnelle de la CGT s’agglutinent autour de trois observations. La première, c’est le risque de jouer le jeu des libéraux en entérinant de fait la précarisation des travailleurs au détriment notamment d’une bataille pour le maintien d’un emploi stable de type CDI. C’est un danger réel si cela se traduit par une déconnexion entre le principe d’individuation et les solidarités collectives. La CGT, sur ce point, est formelle. Maryse Dumas insiste : « Nous voulons renforcer les droits économiques des salariés et des syndicats, leur permettre de donner leur avis, de faire des propositions sur les plans de restructuration et d’y inclure alors les questions de la formation professionnelle, du reclassement. Les deux aspects doivent aller ensemble, sinon on laisse le patronat faire ce que bon lui semble et on se cantonne dans l’accompagnement du plan social. » Quant au CDI, s’il reste au cœur du projet, il ne faut pas méconnaître que la plupart des embauches se font aujourd’hui sous des formes d’emploi précaire, CDD ou autre. Evolutions qui doivent être prises en compte dans le débat.

Deuxième point, chaudement discuté lors du congrès de la CGT de mars 2003 : la sécurité sociale professionnelle signifie-t-elle l’abandon de l’exigence d’interdiction des licenciements ? Certains exigent la juxtaposition des deux objectifs. Maryse Dumas défendit alors l’idée que la sécurité sociale professionnelle implique de fait par elle-même le « maintien du contrat de travail jusqu’à ce qu’un emploi ait été retrouvé », et doit permettre intrinsèquement de lutter contre « toutes les formes d’entrée au chômage, comme les démissions forcées, les fermetures et les fins de contrats précaires ».

Une troisième question polémique, c’est l’opposition entre deux exigences parallèles du mouvement social, celle de sécurité sociale professionnelle d’une part, qui reconnaît une place centrale au travail, et celle de revenu d’existence, d’autre part, qui défait le lien entre revenu et travail. Le dirigeant CGT Jean-Christophe Le Duigou répond aux tenants de cette dernière position en arguant que « nous ne sommes pas dans des sociétés d’abondance où l’on pourrait concevoir que seule une minorité travaille et cotise alors qu’une majorité en serait dispensée. Plus grave est la vision du travail que véhicule cette approche. Le travail est bien sûr une contrainte. Mais la contrainte qu’il représente est aussi source d’intégration et de solidarité. (...) On ne peut accepter aujourd’hui d’être ramené à monnayer l’apport des travailleurs les plus qualifiés et à négocier quelque compensation vers la masse des moins protégés, entérinant ainsi l’éclatement du salariat. Nous ne voulons plus bâtir des systèmes de protection à dominante corporatiste couvrant prioritairement telle ou telle profession et laissant les autres catégories de salariés dans le besoin. (...)L’intégration dans un véritable emploi devient un objectif central et non plus second et subordonné... » (1) Néanmoins, suggère M. Le Duigou, interrogé sur ce point par Regards, « il existe des passerelles, voire des parentés entre les deux revendications dans la mesure où, dans les deux cas, la construction théorique cherche à s’appuyer d’abord sur l’idée de droits fondamentaux acquis à l’individu, ce qui est là une idée centrale aujourd’hui pour tout le mouvement social ».

/1. Jean-Christophe Le Duigou, « La sécurité sociale professionnelle : une utopie réaliste », in : CGT, Analyses et documents économiques, n°98, février 2005./

/Encadré/

/Les chiffres/

/Le CDI représente encore 8 contrats sur 10. Il y a en France, 950 000 CDD, 650 000 contrats d’interim, 800 000 contrats saisonniers, 3,5 millions de contrats à temps partiel./

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