Accueil > N° 27 - Mars 2006 | Par Karine Gantin | 1er mars 2006

CGT, une sécurité active

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la centrale de Montreuil part du constat de la fragilisation accélérée du contrat de travail, de la persistance d’un chômage massif structurel et de la montée des licenciements abusifs, qui produisent un sentiment croissant d’insécurité sociale collective. Face à cela, nous nous retrouvons dans une situation défensive dans laquelle enjeux sociaux et choix économiques sont devenus indûment dissociés, et le débat public se retrouve ainsi enfermé désormais dans « le mouchoir de poche du coût du travail », conduisant exclusivement et de manière toujours plus dégradée à la modération salariale, au partage du travail et à des aides publiques massives aux entreprises, à la limitation des allocations chômage. Enfin, « les mécanismes qui, depuis plus de cinquante ans, assuraient un lien dynamique entre travail, salaire et emploi ne fonctionnent plus. Le salaire est structurellement déconnecté de la productivité et ses ajustements se font au gré des rapports de force dans les entreprises. L’augmentation traditionnelle au Smic du 1er juillet est pour des millions de salariés la seule augmentation salariale de l’année. Les mutations technologiques ne sont intégrées ni dans les stratégies sociales, ni dans les négociations. La masse salariale a structurellement reculé dans la richesse nationale » (1). La CGT considère dès lors indispensable de revenir sur le plein-emploi d’après-guerre et sur le modèle salarial qui l’a accompagné : « Quels que soient ses acquis : et ils sont importants : on ne peut les sacraliser. Il ne s’agissait d’abord que d’un plein-emploi partiel : il laissait de côté des millions de femmes ; il ne concernait pas le monde rural pourtant si important ; il s’accommodait enfin de l’exploitation du tiers-monde et du sous-emploi de centaines de millions de personnes sur la planète. Il s’est ensuite montré très fragile dès que sont apparues les premières manifestations de la crise à la fin des années soixante : précarisation, marginalisation, stress, pressions morales, exclusion se sont amplifiés et ont abouti à une véritable mise en cause de l’intégrité physique et morale d’une partie importante du salariat » (2).

La centrale syndicale entend maintenir le contrat de travail au cœur de la construction sociale tout en l’enrichissant de dimensions nouvelles. Elle propose de conforter les normes collectives, de s’appuyer sur les ressorts humains et sur la dynamique du travail. C’est dans cet esprit que sont abordés les enjeux de qualification et de formation. La CGT cherche en outre à articuler de manière nouvelle marché du travail et protection sociale. Ainsi doivent être davantage prises en compte la révolution informationnelle et les aspirations des travailleurs de toutes catégories : développement de nouvelles activités, maîtrise nouvelle de leur cycle de vie, accroissement de leur responsabilité, de leur indépendance et de leurs capacités d’intervention dans le travail et la gestion, réduction systématique de la pénibilité du travail (ici, entre autres mesures, pour les emplois les plus pénibles, par la réduction du temps du travail). Il s’agit de reconnaître un droit à l’intégration dans l’emploi et de l’organiser avec l’objectif de développer l’emploi en qualité et quantité.

La CGT cherche à promouvoir de nouveaux droits : droits à la mobilité choisie, permanence de la rémunération, accès amélioré à la formation, à la couverture sociale, le tout indépendamment du contrat de travail grâce à une transférabilité nouvelle de ces droits. Elle souhaite travailler en outre à refonder le mode de contribution des entreprises au financement de la protection sociale et de la formation, instituer pour l’employeur une contrainte d’accompagner le licencié jusqu’à son nouvel emploi, sans pour autant que la rémunération de ce dernier soit à sa charge... Concernant la méthode : « Cette nouvelle sécurité sociale professionnelle ne peut se gagner par une uniformisation décrétée des règles. Par contre, l’ensemble de ces dispositifs respectifs pourrait constituer une sorte de socle spécifique commun à tous les salariés et articulant les différentes formes de droit (droit social, droit civil, droit commercial). Cette construction nouvelle permettrait de préserver les spécificités de chaque catégorie juridique dont le contrat à durée indéterminé, qui reste la référence, tout en entamant un dépassement de leurs limites face à l’exigence de la lutte pour l’emploi. Les principes des acquis antérieurs seraient garantis. Mais en même temps, on pourrait amorcer leur réorganisation et leur transformation. Il s’agit au final de passer « d’une protection passive contre le risque social à une sécurité active face à l’aléa économique »(1). »

/1. Jean-Christophe Le Duigou, « La sécurité sociale professionnelle : une utopie réaliste », in : CGT, Analyses et documents économiques, n°98, février 2005./

/2. Ibidem./

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