Accueil > Société | Par Rémi Douat | 7 décembre 2011

« Comme toutes les putes »

Pris en flagrant délit de sexisme sur TF1, Nicolas Bedos se retranche
derrière l’humour et traite ses détracteurs de « pisse-froid ».

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Nous sommes sur le plateau de
Michel Field, sur TF1. Nicolas
Bedos, auteur, chroniqueur,
pilier des plateaux télé passé à
l’hebdomadaire Marianne, est là,
qui vend son livre Chronique d’un mythomane.
Le principe de l’émission : le public peut intervenir
et poser des questions. Une jeune femme
l’interpelle, trouve l’ouvrage un peu faiblard et
le dit. Nicolas Bedos, piqué au vif, lui répond :
« Qu’est-ce tu veux que j’te dise ma grande ?
T’as une belle gueule mais t’es une connasse !
Alors maintenant tu vas pas me faire chier avec
tes questions de merde ! Tu vas prendre ton
micro puis
tu vas te l’foutre
dans l’cul
et puis tu
fous l’camp !
 » Avant de conclure
« T’as envie de faire de la télé
comme toutes les putes !
 »

C’est une banalité de le dire.
On peut rire de tout. Qui ne l’accepte pas se
condamne au ridicule, parce qu’il y a eu des Coluche
ou des Desproges pour nous faire bidonner
des pires choses. Il faut bien sûr beaucoup
de talent, mais l’objet ici n’est pas de statuer
sur celui de Nicolas Bedos. Sa plume est alerte,
sans aucun doute, le garçon très sympathique,
émouvant même dans sa mise en scène régulière
du pauvre petit « fils de » à l’ego surdimensionné,
anéanti à l’idée qu’on ne reconnaisse
pas son immense talent à sa juste valeur.

L’épisode a fait le « buzz ». Insultant ? Oui, « mais
c’est pour rire
 », répond le chroniqueur, il faut être
un « pisse-froid » pour ne pas le voir. Macho ?
Il évacue l’affaire d’un revers de manche, avec
une drôle de phrase derrière laquelle Dominique
Strauss- Kahn s’est aussi réfugié : « J’ai été élevé
par des femmes.
 » Avant d’ajouter
une justification tout aussi lunaire :
« Ça se voit dans mes yeux que je
la trouve mignonne.
 » Et donc ? De
son côté, la jeune femme a estimé, un
peu plus tard sur France 5 qu’elle ne
s’était pas sentie blessée, qu’elle n’était en aucun
cas victime. Fermez le ban. Sauf que cette
histoire raconte quelque chose. On peut rire de
tout, mais bizarrement, on ne rit pas de tout, et
pas n’importe comment. Rejouons la scène : un
Noir pose une question à Nicolas Bedos. « Alors
toi Bamboula, tu remontes jouer du tam-tam
dans ton arbre, toi qui as le sens du rythme.
 »
Pas sûr que l’effet comique soit intense. Il s’agit
pourtant du même ressort : essentialisation du
sujet et utilisation d’un stéréotype éculé.

Le plus étrange n’est pas que Bedos soit vulgaire et rate un peu son effet, cela arrive aux
meilleurs. Ce qui retient l’attention, c’est l’énergie
qu’il met, tout comme sa « victime » d’un
soir, ainsi que Laurent Ruquier – qui lui donnera
l’absolution cathodique –, à refuser que soit interrogé
cet épisode télévisuel. Celui qui le fait
est « convenu », « pisse-froid », « consensuel » .
Pourtant, c’est bien le propos de Nicolas Bedos
qui est archi convenu : les femmes sont toutes
un peu putes, surtout si elles sont jolies. Elles
montrent leur bobine à la télé parce que les paillettes
les font tellement rêver, ces connes. Mais
où est le punk de l’humour, celui qui fait exploser
les codes de l’impertinence ? Archi convenu
aussi, la vielle méthode de drague qu’il met
en scène : la séduction, la vraie, pas celle des
tapettes, se fait à grand coup de menton volontaire.
Le rapport de séduction, évident dans la
passe d’armes entre la jeune femme et lui, est
basé sur l’humiliation. Tu me plais parce que je
peux te traiter de sale pute. Un procédé piégeur
pour la jeune femme. Si elle répond sur un autre
registre, elle n’est pas à la hauteur de sa condition
de femme telle qu’elle est définie par des
codes d’un autre âge. Elle est ringarde, premier
degré. Un peu comme nous, téléspectateurs de
ne pas rire d’un « sale pute » lancé à la face.

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