Accueil > Politique | Par Catherine Tricot | 1er janvier 2006

Congrès de la LCR. Des questions cornéliennes

La Ligue tiendra son congrès fin janvier. Lors de ce rendez-vous situé entre la victoire du « non » au référendum et le round électoral de 2007, les militants de « l’orga » de Krivine vont prendre des décisions attendues.

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Devant la difficulté à contrer les forces réactionnaires, à empêcher les reculs sociaux : malgré des mobilisations réussies comme lors du référendum : ce qui agite les militants de la Ligue porte essentiellement sur des questions d’alliances stratégiques. Comment apprécier l’évolution du PCF ? La situation est-elle mûre pour construire un grand parti anticapitaliste ? Y-a-t-il un ou deux gauches étanches ? Peut-on imaginer un processus de candidature commune notamment avec le PCF ? Quelles relations avec LO ? Si chacun repart avec son candidat, n’aura-t-on pas manqué une occasion historique de redonner du rouge à la gauche ? Pour autant, faut-il sacrifier la proie pour l’ombre et renoncer à développer « l’orga » au profit d’une alliance avec des communistes, frères ennemis de toujours, et incertains dans leurs choix ? Faute d’avoir réuni les conditions politiques d’une véritables alliance avec le PCF notamment, ne vaut-il pas mieux engranger des voix autour du populaire Besancenot ?

Voilà bien des questions cornéliennes. Et dire qu’en cette veille de congrès le climat est vif à la Ligue est un euphémisme et une banalité : la passion des débats est un marqueur de l’organisation.Cette fois, la perception partagée des enjeux et l’incertitude sur l’issue du congrès ajoutent une bonne dose de suspense et de tension. Car la Ligue a ceci de sympathique que le vote des militants n’est pas totalement légitimiste. Ce que la direction veut n’est pas toujours repris par la base. Donc on retient son souffle. Et on croise les doigts.

Pas encore mûrs

Quelles sont les réponses apportées par les courants de la Ligue ? Et d’abord celles de la direction, la plate-forme 1. Officiellement, elle est favorable à l’émergence d’une nouvelle force politique... mais ce ne serait pas mûr. Elle se dit d’accord avec des candidatures communes dans la dynamique du « non » de gauche mais ce ne serait, hélas !, pas possible. La direction se veut le point d’équilibre entre l’indépendance de la Ligue et une attitude ouverte. Ainsi, dans son texte, elle « défend l’unité la plus large dans l’action et la construction d’une alternative anticapitaliste. » Mais, précise immédiatement la direction, « il y a bien « deux gauches », incompatibles dans une perspective gouvernementale ». Le texte enchaîne : « Une rupture antilibérale et anticapitaliste ne peut se faire via un gouvernement avec les sociaux-libéraux du PS. Seul un gouvernement des travailleurs, appuyé par des forces politiques en accord avec un programme anticapitaliste, et soutenu par une mobilisation générale du monde du travail, peut la réaliser. Si un front social et politique se constituait sur ces bases, se poserait alors, mais seulement alors, la question des candidatures unitaires. C’est pourquoi la LCR doit se préparer à être présente lors des prochaines élections. » Le groupe dirigeant reconnaît qu’« une exigence forte et légitime existe pour que le « non », qui s’est regroupé dans le grand mouvement unitaire, trouve un prolongement pour les élections de 2007. (...) Pour notre part, nous considérons que la division de la gauche sur le référendum ne fait que confirmer l’analyse qu’il existe bien deux gauches : une gauche libérale, qui ne remet pas en cause le système capitaliste, et une gauche de rupture avec cette société. Ces deux gauches peuvent et doivent se rassembler dans l’action contre la droite, le fascisme ou les plans patronaux. Mais elles sont incompatibles pour aller ensemble à des élections, être dans un même parti ou un même gouvernement. De ce point de vue, le PCF est lui-même à la croisée des chemins et devra choisir entre faire bloc avec la gauche anticapitaliste ou passer un accord « majoritaire »avec le PS, sans d’ailleurs aller forcément cette fois-ci au gouvernement mais, par exemple, en le soutenant de l’extérieur. (...) Le combat antilibéral conséquent, l’alternative anticapitaliste et la lutte pour bâtir une nouvelle force qui les soutient doivent être présents en 2007. La LCR, qui a pris toute sa place dans la victoire du 29 mai, doit proposer à son congrès un-e candidat-e pour l’assurer avec force. » Au moins, c’est clair.

Avec LO, sans illusions

La plate-forme 2 reste fidèle, elle, à ce qui fut entre 1998 et 2004 l’axe stratégique de la LCR : l’alliance avec LO. « L’enjeu du congrès est de mettre l’organisation en mesure de jouer pleinement son rôle pour (...) : regrouper autour des exigences du plan d’urgence social et démocratique pour construire un parti des travailleurs ; construire un front social et politique pour les mobilisations. La politique de front unique vise à unir les forces pour la lutte tout en combattant démocratiquement l’influence des réformistes. Elle nécessite la clarté politique. C’est pourquoi nous sommes contre toute unité électorale avec des partis réformistes se situant dans une perspective gouvernementale dans le cadre des institutions bourgeoises. Notre présence dans les élections doit s’inscrire dans la perspective de la préparation d’un mouvement d’ensemble et de la défense du plan d’urgence. Le contenu définissant les alliances, c’est tout naturellement que nous proposons, sans illusion mais sans réserve, l’unité à Lutte ouvrière (LO), sans céder en rien sur notre politique et nos orientations propres. »

Candidatures unitaires ?

La plate-forme 3, historiquement opposée à tout rapprochement avec LO, affirme son intérêt politique pour la dynamique de convergence antilibérale amorcée avec le référendum. « Pouvons-nous nous appuyer sur la dynamique du 29 mai afin de modifier la donne politique à gauche ? (...) Le rassemblement inédit au sein des collectifs unitaires ; le fait que l’antilibéralisme soit apparu majoritaire au sein de la gauche ; les évolutions et débats au sein du PCF ; la crise politique : voilà des facteurs qui permettent de répondre positivement à la question. D’où nos responsabilités. Déterminée à ce que cette possibilité se concrétise, la LCR doit tout faire pour confirmer le 29 mai, donner au « non »un prolongement politique à la hauteur des possibilités et battre le social-libéralisme à gauche. (...) La LCR doit affirmer que, sur une telle base, il faudrait présenter des candidatures unitaires à toutes les élections. Et dire que, pour sa part, elle y est prête. (...) Par refus de cette perspective, le choix proposé au congrès risque d’être la seule préparation de la candidature Besancenot pour la présidentielle. Réduire ainsi nos ambitions serait gâcher les potentialités existantes et contraindre la LCR à adopter un profil étriqué. »

Pour un front antilibéral

Voilà pour les trois « tendances historiquement constituées ». Vient s’immiscer un nouveau groupe réuni autour de la plate-forme 4. Léonce Aguirre en est le principal animateur. Transfuge de la majorité, il était camarade du jeune Besancenot dans le courant Révolution, très attaché à l’identité révolutionnaire de la Ligue. Il est désormais fort critique à l’égard de l’alliance avec LO. Et s’efforce de faire émerger une nouvelle force politique. « A plusieurs reprises, depuis dix ans, l’inexistence d’une telle force nous a empêchés de peser véritablement sur les rapports de force sociaux. (...) Parallèlement, la LCR doit développer une orientation unitaire vis-à-vis des différentes composantes politiques, syndicales et associatives, parties prenantes du « non », en leur proposant la constitution d’un front antilibéral pour le développement des mobilisations contre la politique de Chirac-Villepin-Sarkozy, mais aussi lors des prochaines échéances électorales, sur la base d’un programme antilibéral conséquent remettant en question le noyau dur de la politique de l’UE et du gouvernement. Ces médiations seront la meilleure façon de peser sur l’ensemble des contradictions dans la gauche du « non »et le mouvement social, afin d’avancer vers une nouvelle force émancipatrice des exploités et des opprimés. »

La plate-forme 5, marginale dans la LCR, ne pèse guère sur ces questions mais apporte sa dose de critiques à la direction sortante. Celle-ci restera-t-elle majoritaire à l’issue de ce congrès ? Un enjeu évident pour la LCR et pour 2007.

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