Accueil > Société | Tribune par François Le Ménahèze | 2 février 2012

Construire collectivement une éthique professionnelle pour l’école d’aujourd’hui

Ethique et formation. François Le Ménahèze, enseignant, directeur d’école, appelle ses collègues à «  retrouver toute l’autorité » sur leur métier.

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Il s’agissait en ce beau mercredi de janvier 2012 en Loire-Atlantique de se soumettre au bon vouloir de l’administration qui convoquait à nouveau les enseignants « récalcitrants » aux évaluations
nationales CE1 (18 enseignants concernés). Cette convocation collective faisait suite à une audience du même genre quelques mois auparavant et qui concernait les enseignants dits « récidivistes » de non remontée des évaluations nationales CM2. Après des menaces sérieuses auprès de ces
enseignants, le « non lieu » était déclaré pour tous. Nous ne doutons pas qu’il en sera de même dans le cas présent.

Quels enseignements tirer d’une telle audience ?

Un apport culturel de plus grâce au « powerpoint » de l’administration démontrant les bienfaits du nouveau pilotage de notre système éducatif par les évaluations nationales et le livret personnel de compétences ? Certainement pas !

Et pourtant, deux points-clés émergent, deux axes sur lesquels chaque enseignant devra bien un jour
se positionner.

1 - L’éthique professionnelle des enseignants

Étonnamment, il en a été largement question lors de cette audience !
En effet une question récurrente se pose depuis ces dernières années. Notre administration continue
de nous considérer comme de simples exécutants et d’exiger que nous nous conduisions comme tels,
obéissants et serviles, au nom d’une éthique professionnelle qui serait liée à notre statut de
fonctionnaires
. A ce titre, nombre d’enseignants aujourd’hui, malgré moult réticences et souffrances
d’ordre éthique, se dépêtrent tant bien que mal des réformes actuelles : application des programmes,
de l’aide personnalisée, des évaluations nationales, du fichage et de la traçabilité des élèves (puis
des citoyens)

Malgré tout, nombre d’autres enseignants continuent à exercer leur métier, au nom d’une éthique
professionnelle non plus liée à cette obéissance servile mais à une éthique responsable et lucide
appuyée sur les valeurs fondamentales de l’Ecole de la République. Evidemment, ce chemin est
semé de quelques embûches (pressions, menaces, sanctions financières, convocations, ...), mais il
est parallèlement empreint de cohérence et d’autorité retrouvée sur son métier.
Comment avons-nous pu nous laisser déposséder à ce point de l’autorité que nous n’aurions jamais
dû perdre sur notre métier d’enseignant ?

Notre administration, lors de cette même audience, nous affirme partager nos valeurs de l’école.
Non, nous ne partageons pas les mêmes valeurs ! Et nous l’avons réaffirmé... car nous ne travaillons
pas pour une école du chiffre, du pourcentage, de la comparaison, de la compétition larvée, de la
traçabilité...
mais bien pour une école appuyée sur des valeurs de liberté, d’égalité, de solidarité,
d’émancipation par le savoir et la culture.

Le second point-clé abordé, et dont il est largement question aujourd’hui grâce à la mise en oeuvre
des contre-animations, nous rappelle à quelques bons souvenirs :

2 - La formation des enseignants

Comment supporter aujourd’hui le démantèlement de la formation (et par voie de conséquence de
l’Ecole) ? Comment avons-nous pu perdre à ce point, nous enseignants, toute autorité sur notre
propre formation ? Les stages de formation continue sont réduits à la portion congrue et ne servent
qu’à faire de la place pour les quelques stages des étudiants masterisés qu’il faut bien caser quelque
part. Comment peut-on encore accepter cette pseudo formation au nom des valeurs éthiques d’une
formation enseignante ? Comment peut-on accepter l’organisation d’animations pédagogiques sans
que nous ayons un mot à dire, à part aux marges ?
Non, nous ne partageons pas les mêmes valeurs d’une formation construite autour d’un conformisme
à toute épreuve et du « formatage programmatique » abandonnant l’apprenant dans les méandres du savoir
 !

Il est donc temps là aussi de reprendre, de retrouver toute l’autorité sur notre métier et sur notre
formation qui en est un élément incontournable. Il est temps d’exiger ce que nous voulons de celle-ci,
d’exprimer nos besoins, de travailler ensemble les problématiques professionnelles qui nous
accaparent aujourd’hui.

C’est ce que certains enseignants ont décidé de mener : dans un premier temps impulsé par le
mouvement « Résistance pédagogique », deux contre animations autour de l’évaluation et du livret
de compétences ont été organisées. Il ne s’agissait pas d’apporter la bonne parole du ministère mais
bien, dans une dynamique de co-formation, de se reposer les questions fondamentales de notre
métier. Initiative reprise à son compte cette année par le mouvement Freinet grâce à la mise en œuvre de formations ciblées autour des problématiques professionnelles actuelles des enseignants :
difficulté scolaire et gestion de l’hétérogénéité, autorité et discipline, sens du travail et motivation. Il est possible aujourd’hui de travailler sur ses besoins de formation en s’autorisant simplement à se réapproprier sa propre formation.

Approprions-nous ce que nous affirment actuellement les résistants d’hier : « Résister c’est créer.
Créer c’est résister » Notre institution nous a dépossédés de notre formation, de l’éthique première
de notre métier. Aujourd’hui, plus que jamais, un choix éthique s’offre à nous. Sommes-nous de
simples exécutants ou voulons-nous devenir de véritables acteurs de l’Ecole ?

Nous devons exiger de participer à la définition des finalités, des objectifs et des programmes de
l’école. Il est temps, collègues enseignants, de nous autoriser à nouveau à exercer ce métier
empreint de valeurs et d’humanité de manière pleine et entière dans un seul but : permettre à notre
jeunesse de vivre pleinement le savoir, la culture, la citoyenneté et l’émancipation.
Je vous invite donc à contribuer à la construction coopérative de cette éthique professionnelle, celle
dont l’Ecole (et évidemment les jeunes) ont besoin pour le présent et l’avenir. Ce travail commun
sera envoyé à qui de droit.

Depuis septembre 2010, en Loire Atlantique, François Le Ménahèze est en conflit avec l’administration de l’éducation nationale qui lui reproche son refus de faire remonter des évaluations d’élèves. Son blog : http://resistance-lemenaheze.org

Toute contribution peut être envoyée à : lemenaheze@wanadoo.fr

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  • Bravo !

    (petite remarque à Regards.fr : refuser mon message parce qu’il ne contient que 5 caractères et "qu’il en
    faut 8" ... un peu normatif comme pratique !!! ça va, cette fois, assez de signes ?)

    Sylvie Polloni Le 5 février 2012 à 13:59
  •  
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