Accueil > Politique | Par Simon Grysole | 26 juin 2007

Daniel Bensaïd : « Rétablir une ligne de front tranchée avec la droite et le centre »

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Daniel Bensaïd fustige les gouvernements de gauche qui ont accompagné la contre-réforme libérale en Europe, ce qui a provoqué l’érosion de leurs bases sociales. « A partir du moment où l’on détruit les solidarités, qu’on introduit de la concurrence au sein même du salariat avec l’individualisation des salaires, la flexibilité, etc », il n’est pas étonnant selon lui que Sarkozy empiète sur l’électorat salarié : « il exploite une segmentation du salariat qui a déjà eu lieu ». « Le logiciel libéral est entré dans les têtes », et c’est pour lui une défaite historique. Renvoyer celle-ci sur « une simple crispation autour d’un vieux mouvement ouvrier corporatiste est une chimère ». Si l’on veut reconstruire un mouvement social aujourd’hui en ruine, il estime qu’il faut un projet politique ferme, qui inverse le partage des richesses sans se limiter à un slogan, en touchant au droit de propriété. Or cela est aujourd’hui quasiment considéré comme « une énormité pornographique ». De même, face à la mystification du « travailler plus pour gagner plus », il faudrait avoir le courage de maintenir le thème du travailler moins, pour travailler tous et vivre mieux.

Un mouvement altermondialiste utopique ?

Ces dernières années, il pense qu’un projet social s’est exprimé au sein du mouvement altermondialiste, mais sous une forme « utopique ». Cette situation est d’après lui analogue à la floraison utopique des années 1830-1840 : « une période de gestation d’un nouveau mouvement social après la Restauration, où montent les protestations contre l’ordre existant et où l’on entrevoit les possibilités d’autre chose, mais où il n’éxiste pas les forces pour le porter ni pour le définir ». La résistance au libéralisme a produit un éventail d’utopies sans avoir une orientation politique. « Le budget participatif de Porto Allegre, le commerce équitable, le microcrédit, etc, sont des éléments utiles pour reconstruire un projet, mais qui, en soit, n’en sont pas un ou insuffisamment ».

Mais une partie de la gauche a effacé les repères, notamment au niveau du vocabulaire. Le FN s’est construit une rhétorique de combat pendant que la gauche l’abandonnait au profit de l’euphémisme et de la périphrase. Alors « qu’il faut dire qu’on veut changer la société, qu’on veut changer le monde » : c’est selon lui encore plus urgent qu’à l’époque du manifeste communiste.

La « débâcle » des intellectuels de gauche »

Sur l’aspect culturel, la gauche a longtemps été ancrée sur la culture de l’écrit, sur le monde universitaire, etc. Mais aujourd’hui elle se serait fait écrasée par la « vidéosphère ». Et d’une façon générale, la contre-cultrure de gauche s’est fortement affaiblie. Il pense que le rap et le hip hop par exemple pourraient représenter un nouveau potentiel dans une reconstruction de la gauche.

Il réaffirme également la nécessité de la présence des partis politiques, même si un effort de démocratie interne pourrait être réalisé. Par contre, « il faut faire attention à ne pas plonger dans l’informalité des réseaux, ce serait une régression démocratique majeure ». Il faut d’après lui promouvoir le collectif, avec des moyens de communication transversaux afin de limiter le monopole de l’information.

Le soutien à Ségolène Royal dès le premier tour, de la part d’intellectuels appartenant à l’aile gauche radicale ? C’est pour lui une véritable débâcle : Wacquant, Bouveresse ou Maspero étant parmi les icônes d’une gauche intransigeante. Il y avait auparavant des catalyseurs où les intellectuels et les chercheurs pouvaient s’articuler -et non pas se subsitituer- à une démarche politique, avec notamment le PCF. « Ces ressources ne sont plus aujourd’hui cristallisées nulle part ». selon lui, l’élément unificateur possible serait le marxisme critique, or il est aujourd’hui résiduel.

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