Accueil > Culture | Par Julia Moldoveanu | 7 avril 2008

dans l’ombre d’une note/ Zéno Bianu, Chet Baker

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

//« cause I was born to the blues . C’est dire « de la musique avant toute chose au vingtième siècle, quand on est poète et jazzman, génial et crépusculaire. Zéno Bianu est le maître de cérémonie dans cette rencontre avec Chet Baker, faite autour d’un je ambigu, une substitution au jazzman qui frôle le dédoublement de personnalilé. Le temps des poèmes s’arrête au moment de la chute de Chet, une chute réelle, qui provoqua sa mort, de la fenêtre d’un hôtel d’Amsterdam. Assez symbolique pour envahir obsessionnellement lexique et cadences des poèmes : « Je passe de ruine en ruine/ je tombe dans ma voix/ tout au fond de ma voix/ je tombe du dedans/ je tombe par dedans . Et, ailleurs : « je tombe/ parmi des pétales de nerfs »//.

Assez pour nous rappeler la chute d’un ange qui distille « le doux-amer » , « j’ouvre des espaces entre les notes/ des trous noirs pour m’y glisser/ dans une éternité de langueur » .

La parole suit volutes et improvisations, monte et descend, s’allume et se calme dans un duo éperdument bleu : « Qui suis-je/ que voulez-vous dire/ quand vous dites je/ Body and soul/ corps et âme » . Corps et âme, le double je, double jeu, s’arrête sur le mot, en fin d’un poème, pour le reprendre et rebondir au début du suivant, égrène assonances délicates et prend des tonalités orphiques : « avez-vous déjà glissé/ dans l’ombre d’une note/ d’une seule note/ les choses se perdent/ les êtres se perdent/ c’est un secret » .

Et ce que Zéno Bianu dit le mieux, en écoutant Chet, c’est loin d’être une déploration, comme il l’annonce.
« je peux livrer/ le suc d’un automne à New York/ la substance d’un avril/ dont je me souviendrai sans fin/ alors/ je peux restituer le voyage tremblé de la lumière/ Travelin’light »  : c’est, simplement, l’émerveillement.

Julia Moldoveanu

Zéno Bianu , Chet Baker (Déploration) , Le Castor Astral, 13 e

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?