Accueil > Société | Par Pia de Quatrebarbes | 24 février 2012

« Des amis médecins m’avaient prévenu que l’hôpital n’était pas très bon en chirurgie gastrique. » Marc

Marc, 54 ans, deux cancers.
Quand la qualité de
la prise en charge est directement
liée au capital
culturel et financier.

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Cancers et pathologies
lourdes sont pris
en charge à 100 %
par l’assurance maladie. Pourtant,
les traitements, les lieux
de soins et l’information donnée
au patient ne se valent pas
toujours. Quand Marc, un cadre
supérieur breton de 54 ans,
apprend son cancer du colon
en 2005, il a conscience de ces
inégalités. Il sait qu’il peut faire
jouer ses relations, s’informer
pour avoir les soins les plus performants.
Il gagne plutôt bien sa
vie (5 000 euros € net mensuel),
a une bonne complémentaire et
est prêt à payer si nécessaire.
« Ma femme avait eu un cancer
de l’utérus 15 ans avant. À
Vannes, puis à Rennes, les médecins
étaient très pessimistes
sur ses chances de survie,
mais elle a pu bénéficier d’un
nouveau traitement à l’Institut
Gustave Roussy à Villejuif, le
premier centre de cancérologie
en France. Et il a marché. Pour
moi, il était déjà tard, j’avais des
polypes dans tout l’intestin.
 »
Une seule solution : l’ablation
du colon, pratiquée dans une
clinique mutualiste et non à
l’hôpital public. « Des amis médecins
m’avaient prévenu que
l’hôpital n’était pas très bon en
chirurgie gastrique.
 »

Second avis

Après l’opération, une chimiothérapie
est prévue. Son
oncologue refuse de la faire.
En cause : un manque de plaquettes.
« Il y a 10 ans, on ne
faisait pas de chimio dans ce
cas-là
 », justifiait le spécialiste.
Marc, inquiet de ce revirement
dans son traitement, ouvre son
carnet d’adresses bien fourni et
décroche son téléphone pour
obtenir un rendez-vous à l’Institut
Gustave Roussy. « Il s’agissait
d’avoir un second avis,
j’avais l’impression d’être baladé
sans avoir les bonnes informations.

 » C’est un des pontes
de la discipline qui le reçoit une
semaine plus tard. Marc mobilise
aussi ses revenus, la consultation
est certes remboursée,
mais le voyage jusqu’à Paris
et la chambre d’hôtel, non. À
Gustave Roussy, le verdict est
sans appel : « Il faut absolument
maintenir la chimio, quitte à
transfuser des plaquettes. Vous
direz à votre médecin qu’il y a
100 ans on n’opérait pas non
plus
 », lui lance le spécialiste.

Quatre ans après, un deuxième
cancer est diagnostiqué : aux
poumons cette fois. L’opération
est inenvisageable, toujours à
cause des plaquettes. Marc est
suivi régulièrement et retourne
à Gustave Roussy. En 2011 la
situation se dégrade, on commence
une radiothérapie. Son
état empire, les médecins ne
savent pas si les tumeurs ont
migré ailleurs. On lui prescrit
une IRM. Les délais sont longs
et la France sous équipée par
rapport aux autres pays européens.
Il faut attendre 35 jours.
Sa femme prend alors le relais.
« 35 jours pour savoir s’il avait
des tumeurs dans le cerveau,
paraissaient interminable, j’ai
appelé des amis médecins à
l’hôpital pour essayer de presser
les choses
 », raconte-t-elle.
Sa démarche paie : deux jours
après, son mari fait cette imagerie
médicale. Les métastases
ont déjà atteint le cerveau. Il est
trop tard. Marc meurt quelques
semaines plus tard.

A-t-on encore le droit d’être malade ?

Report de soins faute de moyens, dilution du
principe de solidarité, logique individualiste et
réformes néolibérales… Le fameux système à
la française prend l’eau et laisse de plus en plus
de patients au bord du chemin. La santé est
devenue l’une des priorités des Français et sera
au coeur de la campagne présidentielle.

Portfolio

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