Accueil > Culture | Par Guillaume Chérel | 1er juin 2000

Des p’tits noirs bien serrés

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Autant annoncer la couleur... c’est du roman noir et, une fois n’est pas coutume, il s’agit d’un spécial copinage, mais sincère. En effet, il se trouve que dans Cash Back, le polar de Gilles Vidal, le signataire de ces lignes est enrôlé (à son insu... mais avec fierté) dans une équipe de football, composée d’autres joueurs familiers du susdit auteur (imaginez que vous vous retrouviez dans un livre sans le savoir... c’est une drôle de surprise !) Laquelle formation du Sporting joue une importante rencontre internationale contre Porto... Bref, nous voilà piégé car le livre est bon. Résumé du match : les éditions la Bartavelle viennent de publier trois petits polars bien serrés, dans sa nouvelle collection Noire, sous la direction de Gilles Vidal, auteur d’une vingtaine de livres (romans et nouvelles) très inspirés par la littérature américaine (Brautigan, Bukowski, Carver...). Premier constat, les livres, format de poche, sont de beaux objets, aux couvertures très réussies (d’un certain Elio), et pas chers (50 F pour 140 pages en moyenne). Au premier coup d’oeil, on pense un peu au Poulpe, mais il n’est pas question ici d’un héros récurrent. Cash back raconte l’enquête d’Antoine Fouget, détective privé bien d’chez nous, sur la mort mystérieuse (basée sur des faits-divers réels) d’un footballeur mort... par combustion instantanée. Vous avez bien lu : certaines victimes ont fondu comme des bougies (pour de vrai !). Quant au cash back, c’était une escroquerie faisant miroiter la fortune à des gogos de passage. Vidal a une plume assurée et son polar alerte est un hommage non déguisé au maître Chandler. Autre style, le Mâle incarné, de Stéphane Kúchlin, deuxième opus de la collection, nous entraîne dans un univers très différent (une multinationale de fabrication de jouets). Il commence comme un roman de Cormac Mac Carthy (c’est dire la qualité de l’écriture) : un "Negro" est lynché par le Ku Klux Klan, au fin fond d’une forêt sombre et inquiétante du Mississipi : et se termine en cauchemar climatisé frisant le roman fantastique. Beverly Minon étouffe dans un univers à la Houellebecq (type Extension du domaine de la lutte et Particules élémentaires... avec frustration sexuelle à la clef), au point de se sentir menacée de mort. Quel rapport entre les deux ? C’est tout le sujet de ce livre entre le roman noir et la romance rose. Kúchlin a une plume mais il pourrait se lâcher davantage dans sa folie langagière...Troisième et dernier volume, la Résurrection des poulets rôtis (le ton du livre est annoncé...), de Daniel Pasquereau, lui aussi très influencé par la littérature américaine et bourré d’humour. Sous couvert d’écrire un polar, l’auteur se livre à une attaque en règle d’une certaine catégorie d’artistes contemporains, élitistes et imbus d’eux-mêmes pour qui un étron peut devenir une oeuvre d’art... puisque, pour paraphraser Toulouse-Lautrec, "L’art c’est comme la merde, on la sent mais ça ne s’explique pas"... Deux autres volumes, d’Hervé Mestron (Opus Mortem) et de Georges Londeix (Indo Crime) nous emmènent dans des univers très différents. Le premier aborde le monde de la musique, un domaine qu’il connaît bien puisqu’il est altiste professionnel. Le second tente de percer les secrets de l’Asie. Longue vie à Bartavelle Noire qui entend continuer à publier de bons petits noirs sans prétention, mais bien serrés. n G.C.

Gilles Vidal,

Cash back, Bartavelle noire, 154 p, 50 F

Dans la même collection :

Stéphane Koechlin,

le Mâle incarné,

137 p, 50 F ;

Daniel Pasquereau,

la Résurrection des poulets rôtis,

124 p, 50 F ;

Hervé Mestron,

Opus Mortem,

140 p, 50 F ;

Georges Londeix,

Indo Crime,

205 p, 59 F.

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