Accueil > Société | Chronique par Nicolas Kssis | 21 août 2012

Dessine-moi une télé gratuite !

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Pour la première fois la totalité
des matchs de l’euro n’était
pas disponible sur un réseau
« gratuit ». En effet, la nouvelle
chaîne qatarie Be In Sport, filiale
d’Al Jazeera avait acquis l’intégralité des droits
pour cette compétition. À moins de débourser
11 euros par mois, il fallait se contenter des
rencontres qu’avaient réussi à conserver TF1 et
M6. Cette situation inédite, et qui va sûrement
se généraliser, soulève une question que l’on
croit souvent résolue par la globalisation de
la TNT et de l’usage du web : quels sont les
contenus auxquels le citoyen lambda peut exiger
d’accéder, quel que soit son statut économique
ou son niveau d’appropriation des nouvelles
technologies ? On se souvient que lors des
discussions virulentes autour de la mise en
place d’Hadopi, d’aucuns avaient défendu que
pouvoir se connecter au net constituait un droit
inaliénable de la personne. Cela d’autant plus
que désormais beaucoup de foyers passent
en outre par des « triple offres » (télé – net –
téléphone) pour regarder les programmes de
la petite lucarne. Tous ces beaux principes se
heurtent à la réalité de la fracture numérique,
que des statistiques flatteuses (autour de
90 % de foyers équipés, etc.…) dissimulent
avantageusement. Le suivi par exemple des
campagnes électorales, notamment pour ce
qui concerne les infos brutes (retransmissions
des meetings, etc.…) ne s’est-il pas
progressivement déporté vers les chaînes dites
d’info continue, payantes ou non (car nombreux
sont ceux qui cotisent pour les avoir via Free ou
Bouygues). Peut-on légitimement se satisfaire
de savoir que l’ensemble de la population n’en
aura que l’écho via les JT des grandes filles
ainées du monde cathodique ?

Au moment où de nombreux observateurs
et politiciens s’émeuvent du désintérêt pour
la chose politique et la vie de la cité parmi
les jeunes et/ou les couches populaires,
cette réflexion reste étrangement absente
de la critique des médias. Il est certes plus
rentable électoralement de s’insurger contre la
confiscation des droits du foot par un opérateur
étranger, qui plus est par un émirat du Golfe,
que de défendre la potentialité de tout à
chacun de se forger, peut-être en s’ennuyant,
sa propre analyse de l’information en se
confrontant éventuellement à un spectre plus
vaste de l’actualité que les 30 minutes rituelles
du 20 heures ou de quelques débats convenus
avec des journalistes en « arbitre » du bon sens.
Le recul de la gratuité de la télévision ne
forme pas qu’une problématique subsidiaire
car cette logique valide l’idée du besoin
de divertissement, qu’il faut payer, et de la
dimension accessoire, bien que nécessaire,
de la chose publique, fut-elle politique.
Priver une part, aussi faible soit-elle, de la
population de cette liberté revient à convenir,
ce qui est en partie la réalité de notre
fonctionnement actuel, que notre démocratie
est réservée à ceux qui s’en donnent les
moyens, et que d’inclusive, elle se transforme
en sélective. Avec comme outil, parmi d’autres,
de ce processus de tri du « bon citoyen »,
le petit boîtier près de votre écran ou votre
maîtrise des subtilités du surf sur le web.

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