Accueil > Monde | Analyse par Marie-Agnès Combesque | 23 octobre 2012

Deux faucons face à face

Derrière les échanges Romney-Obama, on cherchera en vain une vision novatrice des relations internationales.

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La politique étrangère ne fait pas gagner une élection présidentielle, aux Etats-Unis comme en France, mais comment ne pas en parler dans une campagne ? Le sortant cherche à mettre en avant son bilan et les compétences acquises durant son premier mandat, le challenger cherche à réussir un grand oral portant sur sa connaissance du monde à une époque ou les économies et les politiques militaires interventionnistes sont totalement imbriquées. Le dernier débat Romney-Obama n’a pas dérogé aux règles du genre.

Obama est certainement un faucon plus à l’aise avec son temps. En face, Romney avait un peu l’air de sortir de la Situation Room, la salle de crise de la Maison-Blanche, au temps de Bush fils-Cheney-Rumsfeld lorsque ces trois là et quelques autres rebâtissaient le monde et les nations, du grand Moyen Orient à l’Europe efféminée dont les dirigeants arrivaient tout droit de Vénus quand à Washington, on venait de Mars et on se revendiquait du dieu de la guerre. Mais, d’Europe il ne fut question dans ce dernier débat télévisé ce qui devrait un peu chagriner nos commentateurs nationaux et les pousser à préférer la victoire d’Obama car, au moins, ce 44ème président organise, comme ses prédécesseurs démocrates, les interventions militaires des Etats-Unis en lien avec ses alliés européens naturels.

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Pour Mitt Romney, la Défense est le cœur et le moteur de la politique américaine qu’il faut encore développée et renforcée. Le candidat républicain, s’il est élu, augmentera l’effectif de l’armée de 100 000 hommes et portera le budget du Pentagone à 4 % du PIB contre moins de 3 % aujourd’hui. Il est vrai qu’à ses yeux, les ennemis de l’Amérique sont encore plus nombreux depuis qu’Obama est président : il y a toujours les ennemis héréditaires que sont la Fédération de Russie, la République populaire de Chine et, plus que jamais, l’Iran, la Syrie, l’Afghanistan et même le nord Mali. Face à l’allié israélien soutenu avec constance (car bras avancé du néo conservatisme dans cette région du monde) et soi-disant menacé par la bombe atomique iranienne tenue pour une réalité [1] – à la manière d’un Bush déclarant que l’Irak possédait des armes de destruction massive- Romney fait sienne cette menace d’une république islamique en guerre avec le monde occidental à travers Israël et se réfère sans la nommer à la théorie du choc des civilisations. Obama, sur ce dossier, est plus circonspect comme sur nombre de sujets de politique étrangère. Cette circonspection ne l’empêche pas pour autant de pratiquer une politique présentant peu de différences avec celle de ses prédécesseurs et par-dessus le marché, vidée des promesses de sa première campagne électorale en 2007-2008.

Du Caire et des drones

Comme toujours chez Obama, dans tous les domaines de sa présidence, il y a la communication avec un art consommé du discours, ce que l’on pourrait appeler le paraître et puis, la réalité de la politique pratiquée, l’être en somme. Entre les deux, le grand écart. Dans le domaine économique, Obama s’est présenté à l’été 2008 comme un futur président pouvant chausser les bottes de Franklin Roosevelt et remettre une économie à flot après l’écroulement des mastodontes de Wall Street. Une fois élu, il a renfloué les banques sans contre partie, leur laissant tout loisir de poursuivre leurs cupides agissements. Il devait accomplir une grande réforme de la santé aux Etats-Unis ; son plan sera finalement une réforme de l’assurance santé à mettre en place en 2014, s’il est réélu ! Le développement des énergies renouvelables devait constituer un axe fort de son mandat, il sera passé par pertes et profits. Quant à la politique étrangère, chacun voulait voir midi à sa porte à commencer par l’académie Nobel qui, sur ses bonnes paroles concernant la guerre en Irak et le retrait des troupes américaines, lui accordait un surprenant Nobel de la paix le remerciant ainsi d’avoir battu Bush fils.

Le 4 juin 2009, après plusieurs semaines de retard, Obama prononçait à l’université du Caire un discours qui fit le tour du monde et dans lequel il requalifiait les relations entre les Etats-Unis et le monde musulman laissant entendre un changement notable de politique même si le conflit israélo-palestinien n’était pas nommé dans ce discours d’espérance, sans doute l’un de ses meilleurs pour reprendre l’opinion de Ron Suskind auteur d’un remarquable Obama la vérité [2]. Mais, toujours selon Suskind, « comme aux Etats-Unis, ce discours marquant ne fut pas suivi de réels changements politiques. » Un avis qui diffère peu de celui de Chomsky qui, quelques jours après le discours du Caire constatait que la méthode Obama consistait à « ne pas dire grand-chose sur le fond mais en le faisant d’une manière si séduisante qu’elle permet à ceux qui l’écoutent de lire sur la page ce qu’ils veulent entendre. » [3]

Et rien n’a changé au Moyen Orient. Le gouvernement Netanyahou et les colons impriment leurs marques sur la situation des Palestiniens, l’Irak est un champ de ruines après neuf années de guerre et d’occupation, les Talibans se rendent maîtres de pans entiers du territoire afghan, Kalid Sheikh Mohammed, le cerveau présumé des attentats du 11 septembre 2001 n’est toujours pas jugé et pourri avec plusieurs dizaines d’autres dans un no man’s land qui s’appelle Guantanamo, etc. etc.

Obama peut capitaliser sur la traque de ben Laden et son assassinat. En revanche, sa politique d’interventions ciblées au Pakistan et, plus discrètement au Yemen ou en Somalie, suscite une gêne de plus en plus grande. La guerre par d’autres moyens que l’attaque terrestre, en l’occurrence le recours aux drones de combat, des aéronefs téléguidés qui larguent une charge sur une cible et reviennent au bercail ensuite est la guerre privilégiée par Obama. Plusieurs centaines de drones ont ainsi été utilisés et leurs bombes n’ont pas seulement tué quelques leaders régionaux d’Al Qaïda mais également des civils par centaines.

Au lieu de chausser les bottes de Roosevelt, Obama s’est glissé dans les rangers de Bush. Pouvait-il en être autrement ? Ron Suskind dont le livre est surtout consacré à la gestion par Obama et son équipe de la crise financière de 2008 fournit quelque idée sur la personnalité de ce président pour qui, finalement, le ton prime sur le contenu.

Notes

[1L’Iran selon les avis scientifiques n’est pas actuellement en capacité de se doter d’une bombe atomique ; cela ne signifie pas que le gouvernement d’Ahmadinejad ne tente pas de le faire.

[2Obama la vérité Dans les coulisses de la Maison-Blanche, de Ron Suskind, Saint-Simon, 2012.

[3Obama, discours du Caire : Wikipedia.org.

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