Accueil > Monde | Par Clémentine Autain | 3 juillet 2007

"Die Linke"

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La gauche d’alternative n’est partout aussi en berne que dans notre hexagone. Pas si loin de nous, d’autres ont réussi une union prometteuse... Les 15 et 16 juin derniers en Allemagne, la création d’un nouveau parti, « Die Linke », a réuni des héritiers de la tradition communiste, des syndicalistes, des altermondialistes, des écolos, des anciens du SPD et d’autres encore partisans d’une gauche anticapitaliste. Traduction formelle : la dissolution du PDS et de la WHASG pour se fondre en une seule organisation. Vendredi, les deux partis étaient chacun dans une salle, séparés par un mur. Samedi, le mur s’est levé. Une symbolique forte pour l’union entre une organisation implantée à l’Est et une autre ancrée à l’ouest. Devant 576 délégués, le dernier président du PDS, Gregor Gysi, a ouvert le Congrès. La veille en clôturant le PDS comme en inaugurant Die Linke, le leader communiste a largement évoqué le chemin parcouru : la quête de démocratie à l’Est, la capacité à maintenir une force critique face au libéralisme économique, la construction d’un PDS qui a permis de lutter contre l’implantation de l’extrême droite. "Le PDS a défendu les gens de l’Est. C’était important mais c’était transitoire. Je me disais : il faut qu’on sorte de chez nous !", a-t-il lancé. Et d’ajouter : "pour nous, tous les régimes dictatoriaux, ça ne doit plus se passer. Mais le capitalisme ne peut pas être la fin de l’histoire. Il faut un changement de système, un socialisme démocratique et écologique". Comme les orateurs suivants, Gysi a insisté sur le lien essentiel dans leur projet entre la liberté et la justice sociale. La référence historique qui semble s’imposer est Rosa Luxembourg, figure unificatrice.

Le désormais co-président avec Oskar Lafontaine de Die Linke, Lothar Bisky, a également rendu hommage à Rosa Luxembourg après avoir descendu la politique menée par la CDU et le SPD, ces « liquidateurs du pacte social ». Et de rappeler que les salaires à l’Est sont toujours inférieurs de 21% à ceux des salariés de l’Ouest... Die Linke exige l’égalité. Bisky a aussi expliqué que "la seule chance de la gauche allemande, c’est de s’inscrire dans le cadre d’une gauche européene". La prise en compte de la dimension européenne est forte, sans commune mesure avec nos habitudes françaises. Fausto Bertinotti et Francis Wurtz sont d’ailleurs invités à s’exprimer à la tribune.

Très attendue, l’intervention d’Oskar Lafontaine a démarré fort : "un socialiste ne doit pas être chrétien mais un chrétien doit être socialiste", formule à méditer chez nous où le socialisme à l’eau bénite fait mousse... "Nous sommes le mouvement du renouveau démocratique", a-t-il affirmé dans la foulée. Lafontaine est un véritable francophile : il n’hésite pas à citer la France pour son SMIC et ses grèves générales. Pour Jaurès aussi. L’ancien dirigeant du SPD fustige le capitalisme et le démantèlement de l’Etat social, dit le besoin de démontrer la crédibiité de notre alternative. "Le coeur du système libéral, c’est la pauvreté", explique-t-il. Discours très social mais aussi écolo : "on est le parti de la rénovation écologique". Leur credo, c’est que l’écologie doit produire de l’inclusion sociale et non de l’exclusion. Enfin, Lafontaine a plaidé pour une autre mondialisation et salué l’espoir latino-américain. Il cite Evo Morales plutôt que Chavez.

L’ambiance est à la fête, le Congrès a été minutieusement préparé pour éviter toute sortie de route, l’image du rassemblement est réussie. Pendant toute l’après-midi, les délégués ont voté pour élire leur direction. Oskar Lafontaine, ancien ministre des finances qui a bruyamment claqué la porte du SPD, et Lothar Bisky, qui vient du PDS, furent donc désignés co-présidents de Die Linke. Le compromis pour la création du nouveau parti a quelque chose d’étonnant : la fusion s’est faite en répartissant tous les postes de direction à 50-50 alors que le PDS compte plus de 60.000 adhérents et la WHASG, environ 11.000. Au PDS, on a estimé que c’était le prix à payer pour créer une force nouvelle, susciter une dynamique politique neuve. Chapeau ! La présentation de listes communes avaient déjà permis d’obtenir de nombreux élu-e-s au Bundestag. Leur poids électoral était jusqu’ici évalué autour de 8 à 10%. Avec la création de Die Linke, les sondages ont grimpé à 23% ! Evidemment, le gouvernement alliant CDU et SPD aide à donner de la voix à la gauche de gauche...

Tout n’est pas réglé mais une partie pas évidente et décisive vient d’être jouée en Allemagne. Dans un contexte pas simple au regard des cultures de l’Est et de l’Ouest... Ils ont recousu, composé, réinventé... Die Linke se veut un mouvement à la fois ancré dans l’Histoire et porteur de novations. C’est probablement sa force. L’unité est l’une des conditions sine qua non pour peser. Ils l’ont compris. Ce modèle n’est évidemment pas transposable in extinso en France parce que la situation politique n’est pas la même, les histoires et les composantes de la gauche de transformation non plus. Mais enfin, si ça pouvait nous donner quelques idées et inspirations ! Un grand parti de la gauche anticapitaliste, ça fait quand même rêver comparé à notre gauche de gauche bien pâlichonne...

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