Accueil > Monde | Par Charlotte Noblet | 19 juillet 2012

Die Linke, le temps de la reconquête

Temps de crise, prestations sociales
en danger et précarité croissante :
même le parti de gauche allemand
Die Linke, représenté depuis 2009 par
76 députés au Bundestag, n’insuffle
pas de véritable alternative au modèle
néolibéral dominant. Le parti de Gregor
Gysi et d’Oscar Lafontaine est tellement
préoccupé par des rivalités en interne
qu’il ne s’est pas emparé de la crise du
capitalisme pour imposer de véritables
changements. Les citoyens-électeurs ont
déjà manifesté leur désaccord à plusieurs
reprises. Die Linke sera-t-il capable d’un
nouveau départ ?

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« Protester sans contenu n’est que
charivari
 », déclarait le chef de parti Klaus
Ernst en avril dernier. Die Linke veut offrir
un visage serein face à la success story du Parti
des pirates. Les newcomers, vernis d’une image
rebelle et moderne, poussent une à une les
portes des parlements régionaux allemands, sans
même proposer de véritable projet de société :
Berlin en septembre dernier, puis la Sarre, le
Schleswig-Holstein et la Rhénanie-du-Nord-
Westphalie au printemps. Le Parti des pirates
séduirait les jeunes, les abstentionnistes, une
partie des Indignés et beaucoup de déçus. Selon
les sondages INSA, les Pirates continueraient
sur leur lancée et entreraient au Bundestag en
septembre 2013. Les mêmes sondages évoquent
une possible sortie des rangs parlementaires du
parti de gauche allemand. Die Linke vieillirait mal ?
Les déconvenues s’accumulent. Les élections
régionales de la Sarre, fief d’Oscar Lafontaine,
confirmaient en mars dernier la baisse de
popularité du parti de gauche. Deux mois plus
tard, les électeurs du Schleswig-Holstein et de
la Rhénanie-du-Nord-Westphalie ne remettaient
plus un seul siège de leurs hémicycles régionaux
aux membres de Die Linke. Le parti de gauche
n’inspire plus confiance.

La crise ne fait pas les choux gras de die Linke

Le modèle capitaliste flanche et la croyance
aveugle en un marché tout puissant a vécu. La
société serait plus que jamais prête pour une
alternative au modèle néolibéral. Pourtant, les
revendications de Die Linke n’ont pas le vent
en poupe. Des taxes sur les banques et sur les
transactions financières, un impôt sur les grandes
fortunes ou encore des obligations européennes :
les propositions du parti rassurent moins que
la politique d’épargne rigoureuse prônée par la
Chancelière Merkel. Les Allemands ont peur pour
leurs économies et freinent l’élan donné au parti
Die Linke lors de sa création en juin 2007.
L’avenir s’annonçait prometteur pour le parti issu
de la fusion du Linkspartei. PDS, parti bien ancré
à l’est de l’Allemagne, et de la WASG (Alternative
électorale pour le travail et la justice sociale), plus
présente à l’ouest de l’Allemagne et regroupant
avant tout des sociaux-démocrates opposés à
l’Agenda 2010 de Schröder. En deux ans, Die Linke était entré dans treize des seize parlements
régionaux allemands. Le parti remportait un
score historique lors des législatives de 2009,
recueillant 11,9 % des suffrages exprimés. Le
parti d’opposition a réussi à imposer plusieurs
de ses revendications sur l’agenda politique. La
demande d’un salaire minimum pour tous a été
reprise par le SPD et discutée par la coalition
gouvernementale, la lutte contre la pauvreté des
enfants fait des remous dans la politique de la
famille et le retrait des troupes d’Afghanistan est
régulièrement remis sur la table.
Cependant, Die Linke ne renouvelle pas son
répertoire : non au régime Hartz IV, réforme portant
sur l’indemnisation chômage, non à la retraite à 67
ans et non à l’envoi des troupes de la Bundeswehr
en Afghanistan. Le credo du parti paraît au-dessus
des préoccupations des citoyens allemands.
En mars 2011, la campagne dans le Bade-
Wurtemberg ignore ainsi les inquiétudes issues
de la catastrophe de Fukushima. Résultat, le parti
perd sa carte d’entrée au parlement de Stuttgart.
Il en est de même avec la crise : l’attitude « seul
contre tous » ne rassure pas et par conséquent
ne rassemble pas.

Peu d’autocritique et beaucoup de nombrilisme

Le decrescendo fut réellement amorcé fin 2009,
avec le départ d’Oscar Lafontaine pour des raisons
de santé. Depuis, le duo de remplacement à la
tête du parti ne fait que défrayer la chronique. Le
train de vie de l’ancien syndicaliste bavarois Klaus
Ernst dépasse le bon entendement de nombreux camarades. Les déclarations de la coprésidente
Gesine Lötzsch ne passent pas non plus toujours
inaperçues : « Nous pourrons seulement trouver
les chemins vers le communisme si nous nous
mettons en route pour les essayer, que ce soit
dans l’opposition ou au gouvernement
 », déclarait
en janvier 2011 l’ancienne membre du SED, le
parti unique d’ex-RDA. On reprochait au parti Die
Linke de surfer sur la vague d’« Ostalgie » dans les
nouveaux länder, de refouler les crimes commis
au nom du communisme. Un responsable du parti
conservateur bavarois de la CSU avait même
exigé que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe
étudie la possibilité d’interdire le parti de gauche.
« En proposant de réintroduire le communisme
en Allemagne, la direction du parti est une
menace pour la loi fondamentale
 », estimait le
conservateur Alexander Dobrindt.
Ces disputes en interne autour de la construction
du Mur de Berlin ou des souhaits à adresser ou
non à Fidel Castro pour son anniversaire ne font
qu’attiser une image déjà présente, notamment
à l’ouest de l’Allemagne : celle d’un parti
diaboliquement rouge.
Derrière ces nombreux bémols se cache une crise
existentielle du parti : la position de Die Linke visà-
vis des sociaux-démocrates n’est toujours pas
décidée. Les pragmatiques de l’Est accepteraient
une alliance, contrairement aux proches de
Lafontaine et fondamentalistes de l’Ouest. À
l’heure où le SPD s’affirme dans l’opposition au
gouvernement conservateur-libéral, Die Linke doit
adopter une ligne de conduite.

L’espoir d’un renouveau

Même le charismatique chef de groupe
parlementaire Gregor Gysi semble fatigué de la
recherche sans fin de compromis. Il demande à
ses camarades de consacrer moins de temps
aux affaires internes du parti et plus de temps à la
politique : « Si les citoyens ne remarquent pas que
nous sommes là pour eux, nous avons perdu
. » Et
d’ajouter peu de temps avant le congrès du parti,
début juin : « Soit c’est un nouveau départ, soit
ça finit en désastre avec une division possible
. »
La nouvelle coprésidente du parti, la jeune Katja
Kippping, laisse entendre le même son de cloche :
« Arrêtons avec cette foutue division entre Est
et Ouest
. » Son appel ne suffit toutefois pas à
couvrir les propos d’Oscar Lafontaine, qualifiant
Sigmar Gabriel, Frank-Walter Steinmeier et
Peer Steinbrück, trois personnalités de son
ancien parti, de « losers du SPD ». Rancoeur ou
conviction politique ?
Die Linke a quelques mois pour réussir là où il
a échoué ces derniers temps : se positionner
vis-à-vis des sociaux-démocrates et du régime
de RDA. Il semblerait qu’une réflexion sur le
rôle d’Oscar Lafontaine, un des piliers du parti,
soit à ce titre incontournable. « Nous ne devons
pas offrir à nos concurrents politiques le plaisir
de sortir Die Linke du Bundestag en 2013
 »,
déclare Klaus Lederer, le responsable du parti
à Berlin. L’observation est réaliste au vu des
derniers sondages : il faut passer la barre des
5 % pour siéger au Parlement fédéral. Le parti de
gauche Die Linke recueillerait difficilement 6 %
des suffrages exprimés.

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