Accueil > Société | Tribune par Damien Boisset | 16 janvier 2012

Educ nat, éduc pop, éduc nue ?

Les passerelles entre éducation nationale et éducation populaire souffrent elles aussi de la politique actuelle. Elles sont pourtant tellement nécessaires. Une tribune de Damien Boisset, acteurs associatif et militant d’éducation populaire.

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Ça va de plus en plus mal… Qui n’a pas dit, entendu, pensé ou ressenti ça récemment ? Dans l’école, autour de l’école, mais aussi - le lien est aussi important qu’oublié des revendications - dans l’accès aux loisirs, et un cran au-dessus dans l’action sociale, la santé, l’accès aux droits fondamentaux.
En gros, on s’enfonce, en pleine conscience, façon bourbier ou marécage. Les grandes grèves de l’automne 2011 - longues et vaines tant elles étaient clairsemées, sorte de ballades urbaines pour gens de gauche - sont bien loin... L’anesthésie est galopante, le travail de sape mené depuis une dizaine d’années fonctionne.

Alors « Avant, c’était mieux » ?

Oui, sans l’ombre d’un doute. Sauf que celui qui écrit cela n’est pas un instit-hussard de 80 ans, mais un acteur associatif de 40 balais. Et « avant », ce n’est pas forcément la fin du 19ème siècle ou le Petit Nicolas.
Il y a une douzaine d’années, travailler avec les personnels de l’Education nationale pour les gamins de ce pays, et plus particulièrement ceux des quartiers populaires, était possible, bienvenu, encouragé. Sans que tout soit rose, l’idée d’une co-éducation – parents, profs, acteurs associatifs sociaux et culturels… - était dans l’ordre des choses. Une vision et des pratiques pas forcément partagées par tous, mais réelles, et tout sauf inutiles ou stériles. Des actions magnifiques – visibles ou non – ont vu le jour, avec des résultats, un souffle, de la vie !
L’ordre des choses a changé, avec des relents qui n’augurent pas d’une formation de citoyens ouverts et critiques mais bien d’un marché de la prestation scolaire ; ce n’est pas tout à fait pareil.

Associations, Etablissements, même combat ?

Le monde associatif est historiquement un compagnon de l’école depuis 150 ans. De tout temps, il a été un vivier pour trouver des compétences et des idées, mais aussi des bulles de liberté pour l’expression d’engagements éducatifs forts.
Il se dessèche à grand renfort de coupes budgétaires et de carcans administratifs, miroir précaire du monde enseignant.

Rencontrer des profs ou des chefs d’établissement est devenu très très compliqué. Je ne parle pas là de les solliciter pour leur vendre quoi que ce soit – sur ce point d’ailleurs les groupes industriels et autres lobbies sont les bienvenus comme le montre certains partenariats nationaux. Avoir un temps d’échange et de travail sur des sujets bénins tels que la xénophobie, la culture, les relations aux familles et aux quartiers populaires, les discriminations ethniques, etc., relève du parcours d’obstacle, sans aucune garantie. Ce qui se fait l’est à la marge, et de plus en plus. Précieuses exceptions.

Il ne s’agit pas là de mauvaise volonté, d’appréhension, d’ingérence, non, simplement d’un isolement patiemment construit, qui empêche aussi la création de front de refus, de passerelles entre professionnels et citoyens convaincus de certaines urgences « oubliées » par les pouvoirs en place.

De part et d’autre le champ des possibles s’est réduit. Mais les idées et les savoir-faire sont encore là. Alors, on fait quoi ?

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  • Pas sûr de partager la même vision des choses, pas totalement en tout cas.

    Les passerelles ne sont pas oubliées, je pense plutôt qu’il s’agit de comportements d’individus. Ces mêmes que l’on a acculturé, petit à petit, à l’isolement intellectuel et qui aujourd’hui ont du mal à comprendre l’intérêt des partenariats, par méconnaissance, par méfiance...
    Mais tout n’est pas si sombre, une fois les barrières levées on peu encore travailler à plusieurs sur des projets éducatifs, citoyens, de société... dans une certaine forme de complémentarité. L’enjeu du partenariat reste, selon moi, la co écriture... un peu oubliée hélas, à cause d’un certain élitisme un peu trop ancré, à mon goût, dans les pratiques éducatives.

    Quant aux industriels présents aux côtés des projets de société que portent les mouvements d’éducation populaire, donnons leur une juste place pour ne pas perdre en qualité. Rien de choquant dans le mécénat quand il est bien fait et qu’il apporte un réel coup de pouce aux projets.
    Je suis attristé quand je lis et entends des propos de nos prédécesseurs dans la bouche de la nouvelle génération de décideurs ou d’analystes.
    Faut-il continuer la plainte au risque de l’inertie ?

    Enfin, les coupes budgétaires sont une réalité, les difficultés rencontrées partout en France sont de réels freins au développement de projets partenariaux. Néanmoins, j’ai le sentiment que les aspects budgétaires glissent vers une sorte d’excuse habituelle à la mise en place de projets éducatifs forts.
    J’ai le souvenir (je vais faire, moi aussi, dans le générationnel) de montages financiers risqués à une époque pas si lointaine, dans l’éducation populaire... une époque moins trouillarde peut-être ? Mais de quoi avons-nous peur ? c’est peut-être là une question liminaire à cet article.

    Merci en tout cas de proposer ce sujet... débattons.

    Olivier Le 16 janvier 2012 à 20:45
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  • J’aimerais ne pas partager ton point de vue, et te dire que je le trouve pessimiste. J’ai bien trop peur pourtant que notre pessimisme soit justifié. Retraité, je ne fréquente plus trop le milieu enseignant, sinon par la bande, et en lisant la presse syndicale puisque je continue de me syndiquer (avec de plus en plus de doute !), mais ce que j’en perçois est encore bien pire que ce que tu écris. Si je voulais chercher des excuses je dirais que c’est le contre-coup des échecs des énormes manifestations, ou que c’est l’accablement des destructions que subit l’Education nationale, mais il faut vraiment que je me m’efforce à beaucoup d’indulgence, d’abord parce que les énormes mobilisations n’ont quand même concerné qu’une minorité des enseignants, ensuite parce que j’ai le sentiment qu’une majorité d’entre eux a perdu l’habitude de réfléchir et se satisfait de se plier aux fantaisies destructrices du régime sarkoziste, enfin parce que je n’arrive pas à comprendre la soumission dans laquelle succombent les travailleurs qui n’ont même plus à attendre quelque chose d’une prétendue alternance démocratique, et qui ne peuvent ignorer ce qui se passe en Grèce ou en Italie où même les apparences la démocratie sont bafouées ouvertement.
    "L’anesthésie est galopante, le travail de sape mené depuis une dizaine d’années fonctionne." mais ne pourrait-on espérer un sursaut autre que celui d’une minorité de désobéissants ? Le corps enseignant et certaines institutions d’Education Populaire comme la Ligue s’accommodent assez bien me semble-t-il d’un "marché de la prestation scolaire" et ont abandonné toute velléité d’être force de propositions, les enseignants (pas tous mais dans leur majorité) parce qu’embourgeoisés (dans leur tête), les institutions péri-scolaires parce qu’elles se plient aux "lois du marché", et peut-être ne peuvent plus faire autrement trop efficacement aliénées en croyant tenir un discours émancipateur (Hollande sans doute aussi doit avoir cette certitude d’être "de gauche").
    J’ose espérer que c’est l’âge qui me fait tenir un discours aussi pessimiste, ce sentiment qui vous frappe un beau jour au constat qu’on a manqué beaucoup de choses puisque on a laissé le monde aller là où il est maintenant (difficile de ne pas sentir responsable et coupable), et qu’on se rend compte que nos possibilités d’interventions (et de crédibilité) sont fortement diminuées parce qu’on est coupé de ceux qui sont sur le terrain et qu’on refuse de se ranger dans les donneurs de leçons, ni même de conseils. Fort heureusement ton texte n’est pas aussi pessimiste puisqu’il est une interpellation et un appel à changer l’ordre des choses. Aussi je m’en voudrais de te convaincre de ma vision, seuls ceux qui rêvent peuvent espérer changer le monde, et sans les utopies c’est la soumission assurée aux pouvoirs dominants.
    Toni

    Toni Le 19 janvier 2012 à 13:12
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