Accueil > Monde | Rencontre par Cécile Muszynski | 16 décembre 2011

Égypte, une femme dans la course

Activiste et ex-star de télévision, Bouthaïna
Kamel est la première femme
en lice pour la présidence égyptienne
qui pourrait se tenir au printemps 2012.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

La nuit est tombée sur Kafr Hamid. Dans
la maison de l’omda (le chef du village),
les hommes arrivent en petits groupes.
Ce soir, ce village pauvre des environs du Caire
accueille Bouthaïna Kamel, première femme
à briguer la présidence égyptienne. Assise
au milieu de l’assemblée, la candidate de 49
ans écoute les hommes qui s’adressent à elle
en égale : « Nos salaires sont trop bas pour
nourrir nos familles. Depuis la Révolution, il y
a de l’insécurité dans le village et aucun policier
n’est là pour nous protéger.
 » L’ex-star de
télévision note les doléances dans un carnet.

Devenue populaire en animant des émissions
où les Égyptiens parlaient librement de sexualité
ou de pots de vin, elle fait à présent passer
ses idées sur Twitter et sur la place Tahrir : « La
Révolution m’a décidée à être candidate. C’est
le meilleur moment : les femmes ont participé à égalité avec les hommes, certaines ont même
donné leur vie.
 »

Activiste de longue date, elle participait en 2005
à la surveillance des élections, la candidate veut
lutter contre la corruption et la pauvreté. Proche
des jeunes révolutionnaires, elle réclame une
économie mixte, la gratuité de l’éducation et du
système de santé pour les plus pauvres. Tout
en rejetant l’étiquette « féministe », elle précise :
« Je ne veux pas que l’on vote pour moi parce
que je suis une femme, mais parce que mes
idées sont bonnes et que je suis capable.
 »
À Kafr Hamid, l’objectif semble atteint. À la fin
de la rencontre et avant de se lancer dans une
visite du village, les hommes prêtent serment de
la soutenir. Ibrahim, le frère de l’omda, ajoute :
« Le fait qu’une femme puisse devenir présidente
prouve que l’Égypte peut être un pays
moderne
. » Bouthaïna Kamel jubile, même si
elle sait que ses chances de remporter l’élection
sont dérisoires. Pour elle, l’obstacle majeur
n’est pas le parti islamiste mais l’attitude
de l’armée et des politiciens : « Les militaires
sont opposés aux femmes. Je suis sûre qu’ils
ne souhaitent pas céder le pouvoir aux civils.
Quant aux réunions organisées pour les candidats
à la présidentielle, je n’ai pas eu le droit
d’y assister
. »

Son franc-parler lui a valu deux inculpations
au tribunal militaire et d’être licenciée. Mais
elle refuse de se laisser intimider : « Quand le
28 janvier dernier je suis descendue manifester,
je savais que désormais c’était la victoire
ou la mort.
 »

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?