Accueil > Politique | Par Roger Martelli | 8 septembre 2011

Elections ouvertes, la fausse bonne idée

Le processus des primaires ouvertes
s’est installé au PS. En apparence,
un moment de débat public, où
tout le peuple de gauche pourra choisir
son candidat, parmi un large éventail
d’idées. En fait, les choses sont moins…
roses qu’il n’y paraît. Sous ses airs démocratiques,
ce choix trahit un glissement
du militantisme à long terme vers
l’efficacité politique à court terme.

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La logique des primaires découle des caractéristiques
majoritaires du scrutin présidentiel.
Il faut mobiliser suffisamment l’électorat
de gauche pour franchir la barre du second
tour et gagner assez de réserves au-delà pour
l’emporter au second. Deux modèles de mobilisation
sont ainsi pensables. Ou bien on s’attache avant tout à mobiliser le noyau originel,
autour de ses valeurs fondamentales ; ou bien,
droite et gauche étant à peu près équilibrées,
on cherche à grignoter la marge, du côté des
franges les plus incertaines du camp adverse.
On gagne à gauche ou à droite, ou au centre…

Les pivots centraux de mobilisation à gauche
sont à la fois sociologiques (les catégories
populaires) et idéologico-culturels (les valeurs
fusionnées de l’égalité et de la liberté). Les activer
suppose de les adosser à des projets et des
programmes nettement marqués à gauche (le
triptyque de la transformation sociale, de l’antilibéralisme
et de l’anticapitalisme). C’est ce qu’a
fait le Parti socialiste mitterrandien des années
1970. Or, les socialistes se sont convaincus
depuis que ce programme est inapplicable et
qu’il conduit ipso facto à la déception ultérieure.
Ils se sont donc peu ou prou rapprochés de la
seconde option : gagner le plus possible de
contingents du centre. Mais, ce choix oblige le
PS à trouver un très délicat équilibre : mobiliser
à la fois l’électorat de gauche et une partie du
camp adverse. L’organisation de primaires est
la réponse technique à un problème récurrent
depuis 1995. L’espace militant étant réputé
trop sensible à la « propension identitaire » (un
candidat qui « incarne » au mieux le coeur de la
gauche), on constitue un corps électoral interne
suffisamment large pour préfigurer le corps
électoral réel.

Le choix est d’autant plus fonctionnel que les
candidats en lice ne se distinguent que marginalement
sur la question du projet fondamental.
Dans l’ensemble, le panel qui concourt aux suffrages
internes s’inscrit à des degrés variables
dans le corpus idéologique de la social-démocratie
de l’après-choc néolibéral. Nous sommes
dans un contexte de social-démocratie ajustée
et idéologiquement recentrée. La configuration
idéale est ainsi celle qui met face-à-face,
dans une primaire à l’américaine, des candidats
« centraux » (Aubry, Hollande, Royal), qui
fournissent des modèles de candidats aptes au
second tour, et des candidats « de la frange »,
à droite (Valls) ou à gauche (Montebourg), qui
permettent de concrétiser l’idée que le PS est
en lui-même le parti de toute la gauche.

Le problème est que ce choix fonctionnel a trois
effets pervers particulièrement redoutables.
En dessaisissant partiellement les militants, il
dévalorise la structuration militante en continu,
et donc l’engagement pérenne, au profit de la
mobilisation électorale conjoncturelle, et donc
du calcul de circonstance. On écarte théoriquement
un danger, celui de l’ossification partisane.
En réalité, on risque de délégitimer l’engagement
militant de long souffle.

En mettant la totalité de la mécanique partisane
au diapason de l’élection présidentielle,
on légitime un peu plus la logique politique
qu’elle porte. Or, cette logique est une des
racines de la crise civique contemporaine. Là
encore, on fait le choix de l’efficacité à court
terme (la « bonne technique » de sélection des
candidats) contre la logique de politisation à
long terme. Au fond, comme dans les sociétés
actuelles, on préfère la « bonne gouvernance »
à la démocratie…

Enfin, la logique de « l’attrape-tout » accentue
le tropisme vers le centre. Si les frontières
de la gauche et de la droite s’estompent sur
le fond des choix économico-sociaux, le choix
des candidats devient une simple question de
communication. Il ne faut pas trop perdre sur
la gauche, mais l’essentiel se joue au centre,
notamment dans les franges déçues par l’exercice
du pouvoir du camp adverse.

Erreur fondamentale de perspective… En
situation de crise civique, ce sont les noyaux
de mobilisation de la droite et de la gauche qui
sont en question. Et quand la crise économique
se fait systémique, ce n’est pas vers les régulations
marginales que se noue son issue.

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