Accueil > Ecologie | Par Benoît Borrits | 25 mars 2011

Energie renouvelée ?

Enercoop, une coopérative fournissant de l’électricité 100 %
renouvelable tente de rivaliser avec les plus grands
dans le nouveau marché de l’énergie. Mirage de la mode boboécolo
ou acteur citoyen de la transition énergétique ?

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Dans le contexte de la libéralisation
du marché de l’électricité,
un petit opérateur, Enercoop,
a fait son apparition en 2005
au milieu d’autres, bien plus
grands, tels qu’EDF, l’opérateur historique, ou
ses challengers, GDF-Suez, Poweo ou Direct
Energie... Initiée, entre autres, par Greenpeace,
les Amis de la Terre et le réseau Biocoop, cette
société propose à ses clients de leur fournir une
électricité provenant exclusivement de sources
renouvelables ou, plus précisément, puisque
l’électricité transite par un seul et unique réseau,
d’acheter autant d’énergie renouvelable que ses
clients en consomment : « En vous alimentant en
électricité renouvelable, vous faites croître la demande
et favorisez ainsi le développement des
énergies renouvelables et les investissements
dans de nouveaux moyens de production
 »,
explique le site d’Enercoop. «  En choisissant
Enercoop, on a un petit pouvoir face à l’opacité
de l’opérateur historique
 », estime Elodie Vieille
Blanchard, cliente et sociétaire d’Enercoop (lire
encadré ci-contre).

Ouverture du marché

C’est justement ce que critiquent les nombreux
défenseurs du service public de l’énergie. Quitter
l’opérateur historique pour se tourner vers
un concurrent, cela revient à « voter avec ses
pieds
 ». Le pouvoir du citoyen s’efface au profit
du choix du consommateur : si t’es pas content,
va donc voir la concurrence ! Sauf que dans les
économies de réseaux, le marché se résume
souvent à des oligopoles tout-puissants face
aux consommateurs isolés. «  La majeure partie
des fondateurs d’Enercoop était défavorable à
l’ouverture du marché de l’énergie
, précise Stéphanie
Lacomblez, responsable commerciale
d’Enercoop. C’est à partir d’une situation subie
qu’ils ont estimé qu’il y avait une carte à jouer
pour l’énergie renouvelable.
 »

Christiane Marty, syndicaliste et ingénieure dans
le secteur de l’énergie, estime que l’essor actuel
du renouvelable n’est pas dû à la volonté des
consommateurs mais aux politiques adoptées
par les Etats de l’Union européenne qui obligent
EDF à racheter toute la production d’électricité
verte à un tarif très attractif. « La décision
d’un producteur d’investir dans un moyen de
production d’électricité verte est donc indépendante
de l’existence ou non d’une demande en provenance des usagers
, explique-t-elle. Peser pour influencer la politique énergétique
au niveau d’un gouvernement
est, à coup sûr, dans
une démocratie, le meilleur
moyen pour des citoyens de
faire entendre leur voix et leur
choix. C’est beaucoup plus
démocratique – et efficace –
qu’un engagement individuel
à acheter du kilowattheure
vert qui n’est réservé qu’à des citoyens suffisamment
aisés et motivés.
 »

Distorsion de concurrence

Elodie Vieille Blanchard défend une autre approche
 : « Enercoop cherche à démontrer qu’un
modèle alternatif fondé à 100 % sur le renouvelable
est viable. Ce n’est pas du tout la démarche
d’EDF et l’enjeu démonstratif est très important.
 »
Dans la réalité, Enercoop est incapable
de rivaliser avec EDF dans le rachat de photovoltaïque
 : elle ne peut pas en
effet acheter un kWh solaire
à 0,60 euros alors qu’elle le
revend à 0,1057 euros HT.
La seule chose qui permet à
EDF d’acheter à un tel prix
l’énergie verte est le reversement
de la Contribution
au service public d’électricité
(CSPE) qui représente 3 à 3,5 % des factures
de tous les consommateurs. Enercoop vient à ce
sujet de déposer une plainte auprès de la Commission
européenne pour distorsion de concurrence
 : pourquoi en effet, ne disposerait-elle pas
des mêmes subventions qu’EDF puisqu’elle
achète aussi du renouvelable ?

Dans l’immédiat, Enercoop se détourne du photovoltaïque
et concentre tous ses efforts dans l’hydraulique respectueux de l’environnement
et le petit éolien. En s’alignant sur les tarifs de rachat
proposés par EDF pour ces sources d’énergie,
Enercoop est capable de revendre à un prix
supérieur de seulement 17 % au tarif réglementé
en heures pleines. Situation difficile pour
la société qui ne peut combattre sur le terrain
des prix, notamment le tarif public réglementé
(5,57 centimes d’euro le kWh en heures creuses
et 9,01 centimes d’euro en heures pleines).

Dans le cadre du monopole public, le tarif public
réglementé représentait la garantie pour tous
d’obtenir de l’énergie à bon marché, à un prix
éventuellement inférieur au prix de production,
la différence étant comblée par les impôts, ce
qui constituait de facto une redistribution sociale.
Pour l’instant, ce tarif réglementé est maintenu
et les consommateurs peuvent aller et revenir
à celui-ci, à l’unique condition d’avoir passé au
moins six mois dans le marché « libre ». Toujours
est-il que 95 % des consommateurs sont restés
au tarif réglementé. « Les prix faibles d’EDF sont
aussi imputables à un contexte technologique
et politique particulier dans lequel le nucléaire
joue un rôle central,
estime Elodie Vieille Blanchard.
Dans l’absolu, le modèle d’Enercoop est plus sûr et plus viable économiquement, car le
système nucléaire est financé par nos impôts.
 »
C’est sans doute ce qui explique qu’il n’existe
pas de tarif réglementé aussi bas dans les pays
voisins.

Effectivement, en Belgique, la situation est
inversée. C’est Ecopower, une société proche
d’Enercoop qui défraie la chronique : elle propose
de l’énergie 100 % renouvelable, offre des
tarifs inférieurs de l’ordre de 20 % par rapport à
Electrabel, l’opérateur historique. Du coup, les
consommateurs désireux de rejoindre Ecopower
sont obligés de s’enregistrer sur liste d’attente :
la production de renouvelable nécessite des
investissements.

Investir localement

Un autre élément mérite d’être pris en compte :
Ecopower et Enercoop sont des coopératives. Il
n’y a donc pas d’actionnaires à rémunérer, ce qui
change la donne en matière de coût de l’énergie.
Plutôt que d’être définis pour rapporter du profit
à des actionnaires, les prix sont le résultat d’une
négociation entre les différentes parties prenantes
membres de la coopérative. «  En 2008,
au moment de la hausse des prix de l’énergie,
nos sociétaires ont décidé d’augmenter les tarifs
 », rappelle Stéphanie Lacomblez. «  Enercoop
nous permet d’avoir une totale transparence
sur la formation des prix, ce que ne permet pas
EDF
 », complète Elodie Vieille Blanchard.
Enercoop Ardennes a vu le jour en 2009 suivi
tout récemment d’Enercoop Rhône-Alpes.
L’objectif de ces structures décentralisées est
de faire connaître Enercoop et surtout d’investir
localement dans des moyens de production
d’énergie renouvelable de façon à ce que l’électricité
produite soit proche des lieux de consommation
car les déperditions sur le réseau sont
énormes. Comme l’indique Stéphanie Lacomblez,
« Enercoop ne sera jamais un producteur
d’électricité mais veut inciter les citoyens à penser
et produire leur propre énergie
 ».

Le cas Enercoop est controversé. Est-ce qu’une
telle entreprise précipite la chute du service
public de l’énergie ? Ou ce type de coopérative
est-il une forme nouvelle, décentralisée, dans
laquelle usagers, salariés et collectivités locales
seraient maîtres des décisions (à la façon dont
les services publics avaient été pensés par la loi
de 1946) ? Le débat reste ouvert.

Une structure coopérative

Enercoop est une SCIC (Société coopérative
d’intérêt collectif) dans laquelle les différentes
parties prenantes (consommateurs, producteurs,
salariés, fondateurs...) sont organisées en collèges.
Comme dans toute coopérative, les décisions sont
prises sur la base d’une voix par personne. A ce
jour, Enercoop regroupe 7 000 consommateurs,
dont 1 000 entreprises. 70 % d’entre eux sont
sociétaires.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?