Accueil > Société | Par | 26 février 2008

« Être sans-papiers, c’est vivre dans une prison »

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nom : mamadou traoré

âge : 32 ans

emploi : cuisinier

heures : 48 heures par semaine

salaire : 1300 euros net

La chasse aux sans-papiers ne faiblit pas. Dans ce contexte, des sans-papiers africains, employés d’un chic restaurant parisien, entamaient mi-février une grève pour protester contre leurs conditions de travail et réclamer leur régularisation. Cinq jours après, sept des neuf cuisiniers en grève étaient régularisés.

« Dans la restauration, la question des papiers est un sujet tabou. Je travaille depuis dix-huit mois au restaurant La Grande Armée, à Paris. Ça fait trois ou quatre ans que je suis arrivé en France. Au Mali, j’ai eu un CAP de comptabilité, alors j’ai cherché un poste d’aide-comptable. Ça n’a pas marché parce que je n’étais pas en règle. Et les Français ont besoin de main-d’œuvre pour certains métiers. Donc j’ai essayé la restauration.

Même avec des faux papiers, si l’employeur a besoin de toi, il t’embauche et on s’arrange. Quand tu es travailleur sans-papiers, tu n’es pas traité comme celui qui est en situation régulière. Alors que nous cotisons à la Sécurité sociale, et payons des impôts.

Au restaurant, on fait deux services par jour. De 10 heures à 15 heures et de 19 heures à 1 heure. Ça fait dix ou onze heures, cinq jours par semaine. On travaille 48 heures, pour 1300 euros net par mois. Ceux qui sont en situation régulière ont un contrat de 39 heures, et font 39 heures. Nous, quand on doit rester, ça ne compte pas comme des heures supplémentaires. Et puis on n’a jamais de pause. Ici on mange debout en travaillant.

Officiellement, je suis cuisinier. Mais je fais un peu de tout, même du ménage. Travailler autant dans des conditions si pénibles, j’en ai eu assez. Au début, je me taisais, les autres aussi. Puis on a été neuf sans-papiers africains et là on s’est dit qu’on avait plus de poids. C’était le moment de faire quelque chose, surtout après la circulaire du 7 janvier 2008 (circulaire du gouvernement annonçant que 150 métiers « en tension », type restauration, bâtiment et nettoyage, seront réservés aux nouveaux migrants de l’Union européenne, excluant tous les autres travailleurs, NDLR).

Au début, bien sûr, ça a été difficile à mettre en route : certains hésitaient, avaient peur. Mais il y a des associations pour se défendre. Elles nous ont aidés. Maintenant, ça y est, c’est parti. Le jour J, mon cœur battait très vite. Je n’avais pas dormi depuis plusieurs jours. On ne pensait qu’à ça. On s’est préparé, moralement, physiquement et techniquement, pour tenir le coup.

Mais je pense encore que la France est un pays de droit. Si on mène cette lutte, c’est parce qu’on fait confiance à la Constitution française. Nous sommes en tout cas très solidaires : on a commencé ensemble, on va finir ensemble.

Quand tu as une situation régulière comme les autres, tu es libre de faire ce que tu veux, de sortir de chez toi sans t’inquiéter, tu as l’esprit tranquille, tu dors tranquille, tu manges comme tu veux, tu fais tout ce que tu veux. C’est ça la dignité d’un homme, c’est être libre. Etre sans-papiers, c’est vivre dans une prison.

Je suis venu en France sans projet. Aujourd’hui, je me dis que j’étais mieux au Mali. Mais si j’avais des papiers, ça serait mieux, bien mieux encore. Je suis malien et j’en suis fier mais je veux rester ici. » Recueilli par claire wehrung

Entretien audio :

Pour écouter l’interview de Jean-Claude Amara, porte-parole de Droit devant , cliquer sur

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