Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er novembre 2006

Faites du sport pas la guerre

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Voici cinquante ans, Melbourne accueillait les Jeux Olympiques. Et l’année 1956 fut une année terrible (Suez, Budapest, etc.). La France est sonnée par le fiasco de Suez qui a démontré sa dépendance sur la scène internationale vis-à-vis des Américains. La Guerre d’Algérie, qui n’ose encore dire son nom, sévit depuis deux ans et prend de l’ampleur, la répression se durcit (généralisation de la torture, déplacement de population...).

Les Jeux Olympiques qui se tiennent en 1956 à Melbourne s’avèrent donc exceptionnels à de nombreux points de vue. D’une part, ils sont les premiers à se tenir dans l’hémisphère sud et en raison de cette singularité géographique, les épreuves furent déplacées en hiver (l’été sur place).

Toutefois si ces Olympiades devinrent « historiques », elles le doivent d’abord au contexte dramatique de novembre 1956. Depuis Helsinski en 1952 : première participation des athlètes soviétiques aux JO : l’arène olympique constitue un espace évident de la rivalité Etats-Unis-URSS au sein de la guerre froide, d’autant plus que le face-à-face nucléaire oblige les deux géants impérialistes à boxer par pays ou partisans interposés. L’URSS arrive cette fois-ci en tête du classement, avec 98 médailles, devant les Etats-Unis et l’Australie. La France n’atteint que la 11e place avec à peine 14 podiums dont seulemnt 4 d’or (et le fameux exploit d’Ali Mimoun au marathon, à 35 ans).

Toutefois, ce succès du « socialisme » est éclipsé par l’ambiance dramatique qui règne dans le village olympique. La déstalinisation enclenchée depuis le rapport Krouchtchev provoque une vague d’espoirs derrière le rideau de fer, qui se traduit en Hongrie par un soulèvement populaire, brutalement écrasé par l’Armée rouge (5 000 morts, 200 000 exilés). Au même moment, dans une piscine olympiques, les joueurs de water-polo hongrois en viennent aux mains avec leurs adversaires soviétiques, que la police australienne doit ensuite protéger du public. La légende veut que l’eau ait viré au rouge sang.

Bref une fois de plus l’olympisme se cogne le nez sur la dure réalité du monde qui l’entourre. Depuis sa naissance, le projet de Pierre de Coubertin, qui était très loin d’être un humaniste, doit composer avec le réel, pour le pire (les JO de Berlin en 1936) comme le meilleur. Et le CIO n’a cessé de revoir ses ambitions à la baisse : ne lui parlez plus de droits de l’Homme (la Chine pourrait s’en offusquer, surtout si l’on met le Tibet sur la table), de pacifisme (peu de chance que Liban, la Palestine ou l’Irak profitent d’une trêve olympique), ou encore du travail des enfants (comment s’habilleraient nos beaux athlètes ?). Seulement, désormais le CIO s’est trouvé un langage commun avec le reste du monde. Plus de drame idéologique ou politique en vue, tout le monde s’entend quand on parle billet vert et coca-cola, même à Pékin.

Pékin 2008

La municipalité de Pékin, on le sait, a décidé de faire place nette avant d’accueillir les JO en 2008. Concrètement, cela signifie nettoyer les rues de toutes traces de pauvreté, expulser les mendiants, juguler une prostitution endémique et, naturellement, museler, plus que d’oridinaire, les opposants et dissidents. Dernière tendance, interdire aux enfants des « migrants » des campagnes de s’inscrire dans les écoles pour dissuader leur parents de rester. Cela ne vous rappelle rien ?

Femmes et sport

L’excellente revue Clio, spécialisée dans l’histoire des femmes, consacre son nouveau numéro aux relations schizophréniques du sport avec la féminité. L’occasion de faire le point sur les dernières études sur la question, embrassant un champ chronologique très vaste (du Moyen Age à l’Italie fasciste) et un spectre étendu de problématiques (représentation du corps et esthétique, filtre social et accès à la pratique...). A compulser d’urgence au moment où la question de la mixité agite tant le milieux de l’enseignement.

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