Accueil > Idées | Par Cécile Babin | 1er avril 2006

Frenchman 2006 : la méthode Cauet

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Le Français d’en bas, l’expression avait beau être énervante, c’était à peu près clair : c’était lui qu’on croisait le matin balayant les feuilles mortes dans les rues, elle qu’on voyait aux infos scander la sauvegarde de son usine. Le Français d’en haut, que par ailleurs l’on désignait rarement en ces termes, c’était fastoche, par opposition il appartenait à l’élite, aux cercles du pouvoir, soit qu’il savait des tas de choses et parlait bien, soit qu’il avait des tas de sous, ou les deux. Mais le Français moyen, dont on entendait parler depuis si longtemps, ça restait un peu abstrait. Il demeurait le plus souvent à l’état de notion, de concept vaguement socio-marketing. En arrière-fond de pensée, il était bien sûr cet Autre qu’on avait en général pour voisin de palier pour peu qu’on habite en province. Difficile cependant de lui donner plus particulière figure tant le champ des possibles qui pouvaient l’incarner était large et hétéroclite. Alors, on se l’imaginait par une sorte de superposition mentale de centaines de visages anonymes jusqu’à ce qu’apparaisse l’esquisse d’un homme d’âge moyen d’allure banale déjà croisé quelque part sur TF1 : Sébastien Cauet.

Le Français moyen, ne cherchons plus, c’est lui. C’est si vrai que les meilleurs scores de son émission La méthode Cauet, une coproduction Bataille et Fontaine pour TF1, bien sûr, avoisinent les 50 % de téléspectateurs. Une audience plus que symbolique. Nombre de présentateurs avaient failli duper le public de leur profil si lisse, mais justement, non : si Jean-Luc Delarue ou Claire Chazal ne seront jamais que des Français d’en haut, c’est notamment que le costume noir parfaitement articulé à l’oreillette ou le tronc hyper-standardisé orné de son brushing impeccable marquent leur distinction. A l’inverse de ces messieurs-dames du PAF feignant avec nonchalance, et insolence, une forme intrinsèque, Sébastien Cauet porte, lui, les mêmes kilos que son téléspectateur a pris à force de bières-cacahuètes et n’est pas tout à fait à l’aise dans ses mouvements quand la veste ne se taille plus qu’étriquée. Rondouillard aux cheveux ternes, à la calvitie avancée, au timbre de voix paillard, au regard toujours enjoué, à la bonhomie gauloise, à la philosophie d’humble rigolard, il ne peut que s’attirer les plus larges sympathies.

Il était donc l’homme de la situation. L’émission en effet, un bête talk show de promo people, avait tout à attendre de la personnalité de son présentateur. Et ce, en dépit de l’originalité annoncée d’un semblant de concept : un détecteur de stress à enfiler sur l’index, censé mettre à nu les émotions des invités durant les interviews et traquer ainsi mensonges et pertes de sang-froid révélatrices. De Patrick Bruel ou Garou aux élèves de la Star Ac’ en passant par Elodie Gossuin, Franck Dubosc, Danièle Gilbert, Rocco Siffredi, c’est en général à l’univers de la variétoche française qu’appartiennent ses hôtes. Mais l’audimat est si attractif que le plateau de Cauet est devenu un lieu de promotion incontournable. C’est ainsi qu’on y trouve des stars internationales incroyablement fashion comme Penélope Cruz, Salma Hayek ou Robin Williams, qui détonneraient franchement si l’on oubliait qu’il y a tant de places de ciné et de disques à vendre chez Cauet. Car entre les pitreries, grivoiseries, sketches et parodies, l’ambiance est bien peu glamour pour valoriser les attitudes hollywoodiennes. Les questions de l’animateur, qui sont toujours absolument dépourvues de subtilité comme s’il était incapable de connivence avec qui a trop de manières, de finesse, d’esprit ou de culture, son absence de sophistication, ne donnent aux grandes stars aucune prise pour mettre en scène leur mystère.

La vraie vedette de l’émission, ça reste lui, Cauet le Français moyen, qui ne se prend pas au sérieux, reconnaît qu’il pète au lit, et qui ne se rend pas toujours bien compte de ce qu’il dit. Quand Rocco Siffredi confie qu’il a déjà eu des relations homosexuelles, Cauet blague : « Et avec des cochons d’Inde ? » Ça vanne, ça casse, c’est l’éclate. En guise de prise de tête, on se demandera, avec Patrick Fiori : « Faire l’amour sur une plage, c’est romantique ? », « Et une fille qui a oublié de s’épiler ? », « Une femme en string, c’est romantique ou pas ? » En ce jeudi soir, veille de week-end, il met déjà l’ambiance que l’on retrouvera demain chez les copains en ouvrant une bonne bouteille. Cécile de Ménibus, sa coprésentatrice blonde, sexy et pas farouche, est déjà en nuisette et barrettes.

/La méthode Cauet, jeudi, 22H35, TF1/

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