Accueil > Politique | Par Marjolaine Lenot | 1er décembre 2006

Gérard Collomb, la gauche en trompe-l’œil .

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« Le dialogue, c’est moi », c’est par cette formule que le maire de Lyon clôt la discussion avec son adjointe communiste chargée de l’intégration et des droits des citoyens à l’issue d’une crise qu’a traversée cet automne le conseil municipal. La tension est née d’une série de désaccords entre Gérard Collomb et Sabiha Ahmine au sujet précisément d’initiatives de dialogue et de participation citoyenne.

Trois événements sont à l’origine de ce conflit : une consultation citoyenne sur le droit de vote des étrangers, une rencontre arméno-turque pour la restauration du dialogue entre les communautés et une manifestation pour la paix au Proche-Orient. Si Gérard Collomb affirme ne rejeter aucune de ces initiatives, il semble toutefois reprocher à Sabiha Ahmine d’avoir endossé la responsabilité de ces rencontres et, de ce fait, d’avoir empiété sur son territoire. Une lettre signée par des députés UMP, s’indignant de la participation de l’élue à une manifestation pour la paix où ont été aperçus deux drapeaux du Hezbollah, a contribué à amplifier la crise. Six jours plus tard, le maire retire la délégation de son adjointe « à titre d’avertissement ». Depuis quelques jours, sa réintégration est de nouveau en discussion, mais cet épisode n’en reste pas moins significatif car, depuis sa prise de fonction en 2001, le maire de Lyon a souvent fait preuve d’autoritarisme.

En 2004, le jour de l’inauguration de la Fête des Lumières, il limoge ainsi l’équipe organisatrice pour ses choix jugés « trop élitistes », après avoir entendu dans la foule trois critiques négatives sur l’événement. Un an plus tard, il censure les articles de deux journaux locaux qui lui portent atteinte dans une affaire de marchés publics. Perquisitionné par la police judiciaire dans le cadre d’une enquête sur le financement du Parti socialiste dans le Rhône, Gérard Collomb fait pression sur ses amis Bruno Rousset et Fernand Galula, par ailleurs directeurs de publication et actionnaires majoritaires de Lyon Capitale et de la Tribune de Lyon, pour que les articles soient retirés du sommaire. Les deux rédactions se mettent aussitôt en grève, Reporters sans frontières épingle le maire dans son rapport annuel, des journalistes sont licenciés, le PDG et fondateur de Lyon Capitale est remplacé par une proche de Rousset issue du marketing et Collomb finit par supprimer le budget publicitaire de la ville alloué aux journaux, plongeant un peu plus les deux magazines dans les difficultés financières.

A droite sans interruption depuis près d’un siècle, la ville de Lyon serait-elle aujourd’hui orientée à gauche ? Le programme électoral le promettait en mettant l’accent sur « la vie associative et le remaillage du tissu social de la ville ». Mais deux mois après l’élection municipale, les priorités sont clairement tournées du côté de la sécurité, la ville devenant selon le maire « le laboratoire d’une politique alliant répression et prévention, lutte contre la délinquance, aide aux victimes et soutien des policiers ». Un plan pour la sécurité est adopté quasi unanimement par l’équipe de la gauche plurielle, qui vote ainsi l’extension du réseau de vidéosurveillance aux transports en commun. Dans le même mouvement, des arrêtés municipaux entrent en vigueur à l’encontre des prostituées qui se trouvent désormais éloignées du centre-ville et reléguées dans des zones périphériques isolées.

Le maire de Lyon ne cache pas qu’il travaille aujourd’hui avec d’anciens collaborateurs de Raymond Barre et sait qu’il doit sa victoire à une partie des électeurs de droite, sur lesquels pèse l’ombre de Charles Millon et de ses accointances avec l’extrême droite. « Maire de tous les Lyonnais, traitant tous les élus issus de la majorité ou de l’opposition sur le même plan », Gérard Collomb mène dans les grandes lignes la politique de ses prédécesseurs, guidé par l’ambition d’inscrire Lyon dans une dimension internationale à grands coups d’événements culturels et médiatiques. Si les élus verts et communistes reconnaissent dans leur ensemble « une avancée et une ouverture significatives en matière de politique publique », nombre de citoyens se sentent trahis par cette gauche en trompe-l’œil. « Depuis que Collomb est au pouvoir, le discours social est au plus bas, juge un éducateur travaillant auprès de jeunes des quartiers. En menant une politique qui favorise d’un côté le commerce et le tourisme et qui de l’autre exclut une certaine partie de la population, le maire contribue à transformer le centre-ville en un espace franchisé. A Lyon, depuis longtemps la politique qui est de mise est une politique de façade. » m.L.

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