Accueil > Culture | Par Délia Blanco | 1er octobre 1998

Gisèle Pineau

L’Ame prêtée aux oiseaux, le nouveau roman de Gisèle Pineau, est un livre dense et intense. Comme l’est l’essai-témoignage qu’elle a consacré, avec Marie Abraham, aux femmes des Antilles, cent cinquante ans après l’abolition de l’esclavage.

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Sa formation et l’exercice de la psychiatrie en tant qu’infirmière au Centre hospitalier Saint-Claude de la Guadeloupe, permettent à Gisèle Pineau d’avoir une connaissance empirique des réalités, des drames humains qui traversent les populations antillaises, souvent déchirées par l’absence de travail local, l’émigration forcée vers l’ancienne métropole, la division familiale, les séparations. Enfin, toutes les problématiques de l’exil économique et social, sans occulter pour autant les conséquences politiques. Elle a été elle-même concernée par cet environnement. Née à Paris, elle est élevée par sa grand-mère dont elle hérita toute la saveur " créole " de son éducation et de son engagement. Après des études de lettres à Nanterre, et d’infirmière en psychiatrie à Villejuif, elle quitta la France pour s’installer en Guadeloupe en1981. Elle décide de mener son métier d’écrivain avec acharnement, renouvelant à sa manière l’écriture romanesque.

Des romans faits d’absences et de morts

Gisèle Pineau ne s’inscrit pas forcément dans une démarche " politique " de la créolité, ni de la " créolisation ". Cependant, elle donne à son écriture, à son style, tout l’environnement de l’esprit créole. Son oeuvre est imprégnée de sa culture insulaire guadeloupéenne, les personnages respirent "le pays". Elle dit avec passion : " Je vis en pays créole, je vis la créolité au quotidien, mon propos est de rester fidèle aux situations, aux psychologies et aux expressions linguistiques et culturelles des gens qui m’entourent et qui m’inspirent pour écrire." Dans l’Ame prêtée aux oiseaux, tout est construit comme un puzzle qui se compose et se décompose, et qui, élément par élément, dénoue le destin et rit du temps. Ce livre étonnant raconte des histoires d’oiseaux et de fleurs voyageant de vies en vies, et parcourant les îles, jusqu’à Paris et New York. Tout est édifié autour de deux femmes, Lila et Sybille. Cette dernière et son fils, accompagnés de Lila viennent vivre à Paris. Le fils Marcello grandit au milieu des fantômes des hommes qui ont traversé la vie de ces deux femmes. Il est pour Sybille l’incarnation de son petit frère mort et pour Lila son fils perdu, puisque parti avec son père en Amérique... C’est dans ce noeud d’identité originelle que se fait le destin de Marcello.

" Mais la femme a vécu différemment l’esclavage..."

Les romans de Gisèle Pineau sont faits très souvent d’absences et de morts. Les pères partent, les destins chavirent par une disparition ou un retour. La présence et la constance sont représentées par les femmes, mères, grand-mères ou tantes, qui sont la référence des familles éclatées. Cette réalité, Gisèle Pineau l’a traduite dans un essai-témoignage Femmes des Antilles, traces et voix. Cent cinquante ans après l’abolition de l’esclavage. Dans cet essai, composé avec la collaboration de Marie Abraham, le récit historique se mêle à la fiction et aux témoignages contemporains. On suit l’itinéraire géographique et la vie des esclaves, mais l’hommage est rendu aux femmes, dont les voix ont été systématiquement étouffées. D’une extrême urgence, le livre recueille des témoignages historiques essentiels sur ce que fut le système esclavagiste et montre les séquelles de ce système : Gisèle Pineau, accueillie à l’Université du Maine en mai dernier, déclarait avec fermeté : " Il y a eu des esclaves hommes et des esclaves femmes, les deux esclaves, les deux noirs et déportés. Mais la femme a vécu différemment l’esclavage, car elle est restée " femme " dans le regard des bourreaux et des négriers. Elle a vu le désir dans les yeux du maître, souvent elle a été violée déjà dans le bateau... C’est une histoire d’esclave avec cette horreur en plus, nous ne pouvons l’oublier..."

Gisèle Pineau L’Ame prêtée aux oiseaux Editions Stock, 1998, 224 p., 110 F.

Gisèle Pineau, Marie Abraham Femmes des Antilles, traces et voix. Cent cinquante ans après l’abolition de l’esclavage, photographies de Thomas Dorn. Editions Stock, 1998, 262 p., 140 F.

Une rencontre exceptionnelle est programmée avec Gisèle Pineau, le 8 octobre à l’espaceregards. Renseignements : 01 40 13 79 11.

1. Julien Green, oeuvres complètes, tome 8.Editions Jacques Petit ; introduction, notices et notes de Michel Raclot.Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1998, 1600 p., 430 F.L’Album Green accompagne ce tome 8.Iconographie choisie et commentée par Jean-Eric Green et légendée par Julien Green.

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