Accueil > Culture | Par Marion Rousset | 1er septembre 2006

Gunnar Staalesen : "J’écris sur la Norvège d’aujourd’hui"

Dans le décor pluvieux de la ville norvégienne de Bergen, Gunnar Staalesen situe l’action de ses romans réalistes et noirs. Entretien.

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Gunnar Staalesen est auteur d’une série de romans policiers dont les enquêtes sont menées par un détective privé du nom de Varg Veum.

Bergen est votre ville natale. Pourquoi avoir choisi ce décor ?

Gunnar Staalesen. La réponse est très simple. Bergen est la ville que je connais le mieux, et la plupart des écrivains utilisent le paysage de leur enfance, de leur jeunesse, de leur propre vie comme arrière-plan de leurs écrits. De plus, Bergen est une ville magnifique, très visuelle, au temps pluvieux et sombre : elle convient parfaitement à un roman noir.

Le roman policier a-t-il, selon vous, un rôle particulier à jouer ?

G.S. J’aime beaucoup ce genre littéraire : c’est un bon divertissement qui possède plusieurs niveaux de lecture. Le polar est à la fois proche du roman réaliste, mais sa construction rappelle aussi clairement que c’est une fiction, et non la vraie vie. Cependant, à travers cette fiction, le lecteur apprend un peu de la vraie vie, de la société dans laquelle nous vivons et des problèmes auxquels nous sommes confrontés. De fait, le roman policier moderne permet d’écrire sur son époque et la société dans laquelle on vit, voire même de développer un point de vue critique. Comme j’écris sur la Norvège d’aujourd’hui, il m’est impossible d’ignorer les immenses changements que la découverte du pétrole dans les années 1970 a causés dans notre vie. Je décris ces transformations dans La Femme dans le frigo. Plus généralement, je pense qu’au Nord, le gros problème vient du fait que l’Etat-providence, la morale, la solidarité entre les gens s’effritent. Il s’est produit un glissement vers la droite la plus égoïste, influencé par le mode de vie américain. Remettre en cause ce mouvement, et peut-être même le stopper, serait un défi très important pour un écrivain moderne de roman noir.

Comment définiriez-vous la spécificité du polar norvégien ?

G.S. Je crois que ce qui est typique et singulier dans toute la littérature norvégienne, c’est le côté « nature » des paysages. La Norvège est un petit pays composé d’assez petites villes. Oslo, la plus importante et la capitale, ne possède qu’environ un million et demi d’habitants, Bergen, qui est numéro deux, en compte seulement 240 000. Le crime organisé est rare, même si le phénomène est en augmentation ici aussi. La Norvège est un endroit paisible à vivre. Jamais mon détective privé ne porterait de pistolet comme la plupart de ses homologues américains... Un grand contraste persiste entre la tranquillité de ce pays et les histoires que mes collègues et moi écrivons ! Mais ce qui caractérise la plupart des auteurs scandinaves, c’est qu’ils s’inscrivent dans la tradition critique du couple d’écrivains suédois Sjöwall et Wahlöö.

Ont-ils des équivalents en Norvège ?

G.S. Non. Sjöwall et Wahlöö furent les grands maîtres. Jon Michelet et moi avons tous deux publié notre premier roman policier en 1975 : l’année où Sjöwall et Wahlööo publièrent le dernier tome de leur série. Nous sommes sans doute les plus proches de cette tradition mais nous ne pourrons jamais être comparés à eux, ne serait-ce qu’en termes d’influence internationale. A mon avis, ils ont bouleversé le roman noir moderne, du moins en Scandinavie.

Leur regard politique a-t-il influencé la génération actuelle ?

G.S. Je ne pense pas qu’ils aient eu une telle influence sur la nouvelle génération. Il serait plus juste d’attribuer ce rôle à Henning Mankell.

Votre prochain roman, 1900 L’aube, à paraître aux éditions Gaïa en octobre, n’est pas un roman policier, même s’il débute comme tel. Vous aimez brouiller les frontières entre les genres ?

G.S. La trilogie 1900 qui sera publiée en six tomes en France est un roman historique sur le XXe siècle, son développement, ses guerres, sa musique, ses politiques. C’est aussi l’histoire de Bergen durant cette période. Mais le cadre narratif est clairement celui d’un roman policier. La première page du premier tome débute sur un meurtre qui est résolu dans les dernières pages du dernier livre par Varg Veum, mon enquêteur, qui joue un petit rôle dans cet ouvrage.

Dans les pays nordiques, la définition du roman policier est large : le suspense n’est pas nécessaire, le coupable pas toujours puni...

G.S. Très souvent, le coupable est lui aussi une victime. La plupart des romans policiers scandinaves se terminent sur un mode mélancolique : si ce qui est arrivé est très triste, la vérité qui surgit derrière les apparences l’est aussi...

En France, on regrette parfois une production littéraire nombriliste.Qu’en est-il en Scandinavie ? Le roman noir est-il le seul genre littéraire à offrir au lecteur une critique sociale ?

G.S. Nous avons aussi beaucoup de littérature nombriliste en Scandinavie ! Certains auteurs écrivent plus pour eux-mêmes et pour les professeurs de littérature de l’université que pour un large public. Cependant, le roman noir n’est pas le seul genre critique vis-à-vis de la société, les romans réalistes le sont aussi parfois. Mais c’est souvent dans le polar qu’on trouve la lecture la plus critique du mode de vie moderne, autant en Norvège qu’en Suède, en Finlande, et même au Danemark où le nombre d’écrivains qui s’inscrivent dans cette tradition n’est pourtant pas très important pour le moment.

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