Accueil > Culture | Par Thomas Bauder | 9 juillet 2012

« Holy Motors », transe onirique

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« Les films avancent (…)
comme des trains dans la nuit.
 »
Cette célèbre réplique de
François Truffaut dans La Nuit
Américaine
, Léos Carax, fils
spirituel de la nouvelle vague,
semble l’avoir fait sienne, lui
qui fait progresser son dernier
opus par le biais de limousines
se déplaçant dans Paris. Film
hommage au cinéma, Holy
Motors
déroule le fil étrange et
pénétrant de la journée type
de Monsieur Oscar (Denis
Lavant) héros endossant
successivement les costumes
d’une dizaine de personnages
parmi lesquels un banquier,
une mendiante moldave, un
vieillard, un saltimbanque
de l’animation numérique.

Acteur à gages, comme on le
dit d’un tueur, Oscar enchaîne
à une cadence infernale les
rôles et les contrats. Pour le
spectateur c’est l’égarement
qui domine d’abord, tant il
paraît d’abord impossible de
se fixer sur l’un ou l’autre des
avatars d’Oscar/ Lavant. Mais à
la façon dont le comédien se
trouve en même temps qu’il
se perd, la rencontre avec le
film s’effectue, par surprise,
au moment où le spectateur
accepte de lâcher prise. C’est
alors que l’amoureux des
films de Carax, sevré depuis la
fin du xxe siècle de son objet
de désir cinématographique,
de sa contemplation d’un
Paris sublimé en terrain
de jeu, d’aventures et de
« situations » peut renouer
avec la transe onirique si
particulière proposée par
l’auteur de Boy Meets Girl,
Mauvais Sang et Les Amants
du Pont neuf
.

Dans ce rêve de
cinéma on s’étonne et l’on
se plait à se sentir réveillé de
notre torpeur cinéphile, saisi
de découvrir une nouvelle fois
encore que le cinéma puisse
s’affirmer comme le lieu de
l’expression esthétique d’une
idée galvaudée par la pensée
dominante : la liberté. Le point
de bascule, la séquence à partir
de laquelle le film entre en
transe, c’est peut être celle de
Monsieur Merde personnage
joyeusement inconvenant,
kidnappant dans les allées du
Père Lachaise, Eva Mendes,
vestale contemporaine, icône
cosmétique en plein shooting
pub
, pour l’emmener au
coeur des catacombes dans
un mélange de violence
symbolique et de tendresse
priapique.

Il serait faux de
réduire le film à ce scandale
en image, tant le film se
construit dans l’esprit de celui
ou celle qui le regarde, par
accumulation de fragments.
Tantôt romantique, tantôt
tragique, d’une énergie
sensible, à fleur de peau, Holy
Motors
mélange allégrement la
citation cinématographique,
l’autoréférence et l’invention
de situations les plus
troublantes pour provoquer
in fine une étonnante ivresse
visuelle. En marge de son
film, Léos Carax constatait
l’obsolescence du premier
terme de la formule rituelle
« Moteur ! Action ! » dans
un monde où les caméras
numériques ont remplacé
leurs ancêtres mécaniques.
Pour autant Holy Motors fait la
démonstration que, loin de la
gesticulation évènementielle
du cinéma majoritaire, l’action
résiste, et qu’au cinéma
l’action c’est la vie.

Holy Motors de Léos Carax. Sortie en salles le 4 juillet 2012.

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