Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er avril 2006

Hooligan

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Les hooligans, voici la nouvelle marotte de notre ministre de l’Intérieur. Enfin, quand il ne doit pas s’occuper des banlieues ou des manifestations anti-CPE. Déjà en novembre dernier, il avait été obligé de reporter son intervention dans le conflit violent opposant certains supporters du PSG, en gros le Kop Of Boulogne (nationaliste) d’une part, et les Tigris Mystic (association basée côté Auteuil, donc plutôt « métissée ») de l’autre.

Il a toutefois adressé une lettre le 1er mars dernier à Pierre Blayau (président du PSG) et à Frédéric Thiriez (président de la Ligue professionnelle de football) pour leur annoncer son intention de « proposer au Parlement une nouvelle disposition législative permettant la dissolution des associations de supporters dont les membres se livreraient à des comportements violents ». Toujours prompt aux amalgames et à retourner la situation à son avantage, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à ce sujet à se positionner en grand manitou de la lutte contre la xénophobie, quitte à accrocher Canal +, propriétaire du PSG, en déclarant : « Ce n’est pas la peine de faire la grande défense des droits de l’homme à longueur de minutes sur cette antenne (la chaîne cryptée) pour avoir une équipe dont une partie des supporters incarne le contraire. » Derrière le besoin que tout le monde partage de combattre le racisme dans les stades, cette mesure ouvre la possibilité de cogner lourdement sur l’ensemble du monde des supporters, contre-pouvoir gênant (en posant la question de la dimension populaire de ce sport, le prix des places, l’enracinement du club dans la vie locale, etc.) dans le contexte d’un football policé et libéral.

Le hooligan joue en effet le rôle de repoussoir consensuel. L’incapacité, voire la passivité indulgente de certains clubs, voire des services de police, pour sévir, fut souvent pointée du doigt, surtout quand les fins de match se transformaient en « ratonnades » ou en batailles rangées. Cependant, comme toujours, le souci de sanctionner devient règle sécuritaire, faisant fi de quelques évidences juridiques comme la présomption d’innocence.

Si en France le phénomène hooligan reste marginal et limité à quelques villes (Paris, Marseille ou Nice), il hante l’univers du football européen depuis de nombreuses décennies, avec comme point d’orgue le drame du Heysel le 29 mai 1985 et ses 39 morts. Chez nos voisins anglais, le hooliganisme est profondément ancré dans la culture ouvrière. Il a secrété ses codes, sa littérature, ses films, (Football factory, par exemple), une fascination mélangée de dégoût, pour cette figure virile, « so british », qui, du skinhead au « cajual », se bat pour son quartier, son équipe, son pays.

Le hooliganisme est le reflet déformé et déformant de nos sociétés. Violence, racisme, tensions sociales s’y projettent avec force et simplisme. En Italie, il cristallise le passé fasciste qui ne passe pas, malaise largement entretenu par les ambiguïtés de Berlusconi et de ses alliés de l’Alliance nationale. Le hooliganisme ritualise des oppositions réelles ou fantasmées, entre villes, communautés, nations. Il sert d’exutoire caricatural et extrémiste aux failles de son environnement.

Ceci explique pourquoi, malgré toutes les mesures prises, aussi radicales soient-elles comme en Angleterre (interdits de stades, ils s’affrontent dans les aires d’autoroutes ou les rues adjacentes), le mal semble endémique. Preuve qu’il ne s’arrête pas aux travées des stades. N.K.

LA RENTREE SPORTIVE

Selon la très sérieuse Confédération syndicale des familles, les équipements de sport, notamment les vêtements, représentent jusqu’à 20 % du budget total de la rentrée scolaire, soit 65,41 euros en 6e, par exemple. A ceci s’ajoute l’envahissement des marques de sport de plus en plus présentes sur le marché des fournitures classiques (stylo, agendas, etc.). En fait, il n’y a plus que l’Education nationale qui cherche à réduire la place et le coût de l’éducation physique dans le monde de l’enseignement.

MICROSOFT A L’ASSAUT DES ASSOCIATIONS

Le 22 février dernier, Jean-François Lamour, ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, a signé avec Eric Boustouller, PDG de Microsoft France, un accord visant à favoriser l’équipement informatique des associations et le développement du bénévolat en ligne, avec notamment pour projet que la société privée participe « à la création d’un répertoire national des bénévoles en cas de crise majeure ou de catastrophes naturelles »... Bref, alors que la gendarmerie passe aux logiciels libres, les associations se voient encourager à acheter chez le leader mondial, avec des tarifs préférentiels évidemment, qui récupérerait en retour le plus gros fichier client (les bénévoles) du pays. On croit rêver !

Paru dans Regards n°28, Avril 2006

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