Accueil > Monde | Reportage par Jean-Baptiste Mouttet | 9 octobre 2012

Hugo Chávez, indéboulonnable, fait la preuve de sa popularité

Le président socialiste est une nouvelle fois sorti vainqueur d’une élection. Notamment grâce aux voix des classes populaires qui lui ont signifié leur indéfectible fidélité. Correspondance de Caracas.

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Les klaxons se font de plus en plus pressants et brusquement des feux d’artifice éclatent dans le centre de Caracas. Il est 22 heures passées. Hugo Chávez vient d’être réélu : 55% des voix selon le dernier dépouillement sur 96% des votes. Son opposant Henrique Capriles, à la tête d’une vaste coalition, la MUD, (la Table de l’Unité Démocratique, la coalition d’opposition) allant des déçus du chavisme à la droite, recueille 44,39 % des voix. S’il parvient au terme de ce quatrième mandat, Hugo Chávez aura dirigé le Venezuela pendant 20 ans.

Dès quatre heures du matin des files se formaient devant les portes des bureaux de vote qui n’ouvraient que deux heures plus tard. Les Vénézuéliens, en participant massivement (80,79% de participation) ont fait preuve d’un grand civisme. La victoire du chef d’État en est d’autant plus indiscutable. Alors que beaucoup avaient rempli leurs frigos par peur d’émeutes, et que les commentateurs prédisaient, en le craignant, que tel ou tel camp n’accepterait pas les résultats, les deux candidats adverses ont joué le jeu de la démocratie. Apparemment attristé, Henrique Capriles a rapidement reconnu sa défaite : « Pour gagner, il faut savoir perdre » a-t-il affirmé en conférence de presse peu après que les résultats soient rendus publics. Au palais présidentiel de Miraflores, depuis le balcon du peuple, Hugo Chávez a profité des acclamations de milliers de personnes venues le féliciter : « Notre reconnaissance [se dirige aussi] vers le candidat de droite et ses équipes de campagne. Ils viennent d’annoncer qu’ils reconnaissent la victoire bolivarienne, c’est un pas très important pour la construction de la paix au Venezuela, pour la cohabitation de tous » a-t-il annoncé, l’épée de Simon Bolivar, le père de l’indépendance du pays, à la main.

Les piliers de la Révolution

Cette victoire, il la doit aux classes populaires. Dans le centre de la ville, dans un quartier de classe moyenne-basse, Aura Salazar vient de voter, son doigt marqué à l’encre bleue en témoigne : « Bien entendu que j’ai voté pour Chávez ! Il est avec le peuple, pour le peuple. Il a sorti les gens de la misère avec les missions. » Ces programmes sociaux lancés en 2003 et entièrement financés par la rente pétrolière touchent à des domaines aussi divers que l’éducation, la santé, ou encore l’agriculture. Ils sont les piliers de la Révolution bolivarienne. Même le candidat de l’opposition, prenant à contre-pied la stratégie conflictuelle de ses prédécesseurs, a reconnu leur réussite et assuré qu’il souhaitait les améliorer. Bien que «  faites dans l’urgence », comme le note l’historienne Margarita Lopez, elles ont participé à faire diminuer la pauvreté, qui selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc), qui dépend de l’ONU, a baissé de 20,8% entre 2002 et 2010 au Venezuela.

Âgé de 58 ans, Hugo Chávez est parvenu à dépasser l’image du président malade. Atteint d’un cancer dont la nature n’a jamais été révélée, ses discours étaient certes moins longs que d’habitude, parfois durant même moins d’une heure, mais il a tout de même mené campagne grâce à l’organisation de grands meetings dans de nombreuses villes du pays. Il était de nouveau sur le devant de la scène après près d’un an d’aller-retour vers Cuba pour subir des traitements. Ce retour n’aurait pu être possible sans les fameuses cadenas, ces allocutions en direct et obligatoirement diffusées par les chaînes hertziennes et les radios. Selon Reporters sans Frontières, toutes les cadenas mises bout à bout de janvier à août 2012 ont atteint « 136 heures et 20 minutes d’antennes ».

La « boli-bourgeoisie »

Le score de son adversaire, qui a privilégié le porte-à-porte dans les quartiers populaires afin de convaincre les déçus du chavisme, et mis en valeur les aspects sociaux de son programme en gommant les projets de libéralisation, n’est pas honteux. En 2006 l’opposant Manuel Rosales avait recueilli 36,85% des votes alors que le président socialiste avait, lui, atteint les 62,84%. L’insécurité galopante - le gouvernement estime qu’il y a eu 14.000 homicides en 2011 contre 18.850 selon l’Observatoire vénézuélien de la violence (OVV) -, a pu coûter quelques voix au Président socialiste. Mais dans les quartiers pauvres, les barrios, l’échec n’est pas mis sur le dos de Hugo Chávez, toujours aussi populaire, mais sur celui de son entourage. «  Il est mal conseillé », assure ainsi Nestor Segovia, membre du Conseil Comunal de Petare, banlieue à l’Est de la ville.

Toujours selon le Cepalc, pour la période entre 2002 et 2010, 45,2% des ressources du pays reviennent encore aux 20% des Vénézuéliens les plus aisés, quand les 20% les plus humbles s’en partagent 5,4%. 
C’est cette « boli-bourgeoisie » (les bourgeois bolivarien), ces personnes qui se sont enrichies sous Hugo Chávez, que Nestor pointe du doigt.

Les prochaines élections locales (gouverneurs, le 16 décembre 2012 et législatives en 2015) devraient délivrer d’autres enseignements. D’ici là, Hugo Chávez devra s’attaquer en priorité à la violence, tandis que Henrique Capriles devra, lui, confirmer son leadership sur une opposition aux multiples courants.

Tous les résultats de l’élection présidentielle au Vénezuela sur le site de la commission nationale électorale

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