Accueil > Monde | Reportage par Jean-Baptiste Mouttet | 5 octobre 2012

Hugo Chávez vers un quatrième mandat ?

A trois jours du scrutin de dimanche, la campagne présidentielle au Venezuela s’achève. Hugo Chávez, favori, peut s’appuyer sur les classes populaires tandis que son opposant Henrique Capriles tente de les faire changer de camp.

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Il ne reste plus que quelques jours. Ce 4 octobre, la campagne prend officiellement fin et dimanche 7 les Vénézuéliens feront leur choix. D’un côté Hugo Chávez, le président socialiste prêt à briguer un quatrième mandat après avoir accédé au pouvoir il y a 13 ans. Son cancer dont il se dit « complètement remis » et dont la nature n’a pas été révélée, ne l’a pas freiné. De l’autre côté Henrique Capriles, du parti de centre-droit Primero Justicia. Légitimé par une large victoire lors de primaires auxquelles se sont déplacés près de 3 millions de Vénézuéliens, il a tenté durant toute sa campagne de rallier les déçus du chavisme. A 40 ans il met en avant sa jeunesse contre le « lanceur fatigué ».

Caracas, la capitale, est à l’image du pays : divisée en deux. Dans le centre de la ville, sous des bâches rouges, on vend des fruits, légumes, fournitures scolaires à des prix subventionnés. Les gens se pressent. Sur les stands, des slogans appellent à voter Hugo Chávez : « A la victoire du 7 octobre » est-il écrit (« Hasta la victoria el 7 de octubre »). De l’autre côté de la ville, dans le quartier riche d’Altamira, les mêmes stands cette fois aux couleurs de l’État de Miranda, le plus peuplé du pays, que dirige Henrique Capriles : noir, rouge et jaune. Nelly Santa, 65 ans, se renseigne sur le prix de la casquette de baseball aux couleurs du Venezuela, une réplique de celle du candidat d’opposition. Pour elle aussi, aucun doute, le jeune gouverneur sortira vainqueur du scrutin, «  un président pour tous et non pour quelques-uns », sous entendu seulement pour les socialistes. Dans le centre, Mayury, 21 ans, vient d’acheter deux kilos de fraises pour 5 euros 50 au lieu du double dans le commerce privé. Elle est certaine de la victoire d’Hugo Chávez « parce que lui s’est démené pour les plus pauvres ».

L’élection se gagnera à gauche

L’opposant d’Hugo Chávez le sait : il ne peut se contenter du seul électorat traditionnel de l’opposition. Pour gagner, il doit convaincre les classes populaires et ceux qu’il nomme lui-même les « Chaca-chaca » (« Chavistes avec Capriles »). Il l’a répété il «  institutionnalisera » et « amplifiera » les missions, ces très populaires programmes sociaux qui touchent à des domaines aussi divers que la santé, l’éducation, l’agriculture, le logement... Les missions lancées à partir de 2003 et entièrement financées par le pétrole sont le symbole fort de la politique socialiste. C’est en grande partie grâce à elles que la pauvreté a diminué. La mission Mercal, par exemple, vend des produits subventionnés, beaucoup moins chers que sur le marché. Elle permet aux plus pauvres de faire face à une inflation qui demeure forte : 24,5% en 2011 selon les chiffres officiels de la Banque centrale du Venezuela (BCV). Selon la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), qui dépend de l’ONU, la pauvreté a diminué de 20,8% entre 2002 et 2010 au Venezuela. Alors que le pays est le cinquième exportateur mondial de pétrole et possède, selon l’OPEP, les plus grandes réserves au monde de pétrole, le taux de pauvreté demeure à 27,8%.

Les efforts de l’opposition, rassemblée autour d’une vaste coalition, la Table de l’Unité Démocratique (MUD), comprenant une vingtaine de partis, pour gagner des votes dans les classes populaires, font sourire Hugo Chávez. Ils disent « qu’ils vont aider les missions sociales, qu’ils sont anti-impérialistes, et bientôt ils diront qu’ils sont de gauche », s’est-il moqué, le 2 octobre lors d’un meeting dans l’État de Yaracuy, à l’Est du pays. D’ailleurs, Henrique Capriles se dit de « centre-gauche ». Pourtant, dans le « programme de gouvernement de l’unité nationale », signé par cinq des six candidats de la primaire, la volonté de libéraliser le pays est explicite. Le système de retraite, par exemple, reposera à terme sur la capitalisation privée.

L’échec de Chávez : l’insécurité

La stratégie de Henrique Capriles porterait cependant ses fruits si on en croit l’institut de sondage proche de l’opposition Datanálisis publié le 25 septembre. Hugo Chávez est toujours largement donné gagnant à 49,4 % contre 39% des intentions de vote, mais l’écart s’est réduit : il était de 20,4% en mai. Dimanche, la clôture de campagne de Caracas du gouverneur de Miranda a redonné du courage à l’opposition. Il n’est pas coutume que les rassemblements soient chiffrés au Venezuela. Mais un rassemblement réussi remplit la grande avenue Bolivar de presque 2 kilomètres et ce fut le cas. «  Nous n’y croyions pas nous mêmes », s’étonne un militant, portant un t-shirt jaune de Primero Justicia. Ce jeudi, Hugo Chávez devait clôturer sa campagne dans la capitale et essayer de rivaliser en nombre de militants avec Henrique Capriles.

C’est sur la question de l’insécurité que le président sortant et candidat à sa succession perd principalement des voix et ce spécialement dans les quartiers populaires qui sont les premiers confrontés aux actes de violences. Il y aurait eu 14.000 homicides en 2011 (soit environ 38 tués par jour) selon le gouvernement, 18.850 selon l’Observatoire vénézuélien de la violence (OVV). Les mesures prises dans ce domaine par le gouvernement comme par exemple la création en 2009 d’un corps de police formé, la Police nationale bolivarienne, ne semblent pas concluants. Alors qu’en pleine campagne Hugo Chávez a lancé la mission A toute Vie Venezuela (« A Toda Vida Venezuela ») pour tenter d’y remédier, son adversaire propose d’augmenter les salaires des policiers pour freiner la corruption et de lancer un programme de désarmement. Ce « désarmement » a maintes fois été tenté sans jamais réussir.

La campagne présidentielle elle-même a été violente. Des altercations entre socialistes et opposants ont fait plusieurs blessés et samedi 29, trois personnes ont été tuées par balles, victimes d’une attaque alors qu’ils assistaient à un rassemblement de soutien à Henrique Capriles. Alors que l’opposition craint qu’Hugo Chávez et ses militants ne respectent pas l’issue du vote de dimanche et que les socialistes suspectent leurs adversaires d’appeler à la fraude si les résultats ne leur conviennent pas, les Vénézuéliens redoutent que la proclamation du vainqueur provoque dans tous les cas des actes violents.

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