Accueil > Environnement | Par Jessica Ibelaïdene | 5 octobre 2011

Il y a du gaz dans l’eau

Longtemps épargnés par l’exploitation des gaz de schiste, les
Français y sont aujourd’hui confrontés. Malgré des dangers avérés,
les intérêts en jeu rendent l’issue de la mobilisation incertaine.

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L’histoire des gaz
de schiste ressemble
à un polar
doublé d’un
film catastrophe.
Permis d’exploration – entre
l’Hérault et la Drôme – accordés
en secret (ou presque),
en mars 2010 par Jean-Louis
Borloo. Menaces de poursuites
judiciaires lancées par Julien
Balkany, contre Marine Jobert
et François Veillerette, les auteurs
du livre choc Le Vrai scandale
des gaz de schiste
 [1]. Tout
y est. Si en France, l’intrigue
avance au ralenti, les États-
Unis, qui comptent environ
500 000 puits, ont quelques
chapitres d’avance. Pour s’en
convaincre, il suffit de visionner
Gasland [2], le documentaire
« explosif » réalisé par Josh Fox.
Ce film, devenu la référence
de la lutte contre l’exploitation
des gaz de schiste, a eu l’effet
d’une bombe. Ses images ont
fait prendre conscience aux
Français des dangers de ces
hydrocarbures et de la « fracturation
hydraulique » – technique
utilisée pour leur extraction.

En 2009, Josh Fox reçoit un
mail d’une compagnie gazière
qui veut louer le terrain de son
enfance, en Pennsylvanie, pour
en exploiter le sous-sol. Avant
d’accepter, il décide de mener
son enquête – caméra au poing
– dans les districts voisins. Ce
qu’il découvre l’horrifie : l’eau
des robinets s’enflamme, les
personnes souffrent de divers
maux – nausées, migraines…
–, la faune et la flore sont détruites.
En cause : les produits
chimiques injectés dans l’immense
quantité d’eau nécessaire
à la fracturation – de 4 à
28 millions de litres par forage.

En France, la mobilisation
– encore modeste – prend
forme. « Il y avait environ 300
personnes lors de la réunion
publique du 20 décembre
2010, la première du genre.
On leur avait caché ce qu’on
voulait faire de leur territoire
et les conséquences que cela
pouvait avoir
 », explique Marine
Jobert. Les habitants ont
longtemps été victimes d’une
culture du secret liée au code
minier qui ne contraint pas les
sociétés exploitantes à informer
la population de leurs activités.
La mobilisation prend de
l’ampleur : création de dizaines
de collectifs, manifestations
rassemblant jusqu’à 15 000
personnes dans des villages de
l’Ardèche, une pétition « Gaz de
schiste, non merci !
 » comptant
100 000 signatures. Mais, elle
s’attaque à « un secteur-clé qui
fait beaucoup d’argent, paie
beaucoup de taxes et emploie
de nombreuses personnes
 »,
explique Sylvain Lapoix, journaliste
à Owni.

Les gaz de schiste ont l’avantage
d’exister presque partout,
contrairement aux hydrocarbures
dits « conventionnels ».
Et, si nous ne savons pas précisément
quelle quantité de gaz
de schiste recèle le territoire
français, certains spécialistes
assurent que leur extraction
assurerait l’indépendance énergétique du pays. L’enjeu est
de taille.

« Avec François Veillerette,
nous avons voulu synthétiser
toutes les données dont nous
disposions pour que les gens
puissent se positionner dans le
débat
 », explique Marine Jobert.
Un débat qui a abouti cet été
à la promulgation, en France,
d’une loi interdisant la fracturation
hydraulique. Une première
mondiale. Mais pour Marine
Jobert, il s’agit là d’une réponse
technique qui ne répond pas à
l’exigence citoyenne d’un vrai
débat de société sur les questions
énergétiques. Quant à la
proposition de loi – étudiée le
6 octobre 2011 – visant à interdire
l’exploration et l’exploitation
des gaz et pétrole de schiste,
l’espoir d’un soutien massif
des élus est peu probable.

Et de leur côté, les industriels
ne semblent pas prêts d’abandonner
ce commerce juteux.
Pour preuve, Total vient de
réaffirmer sa volonté de mener
des recherches de gaz de
schiste sur les terres du permis
d’exploration de Montélimar.
Et, si la société a assuré qu’elle
ne recourrait pas à la technique
de la fracturation hydraulique,
elle n’a cependant pas proposé
d’alternative.

Malgré tout, « la mobilisation
citoyenne française permet de
lever le tabou autour des questions
énergétiques
 », conclut
Sylvain Lapoix. Et de faire pression
sur les pouvoirs publics très
frileux sur le sujet.

Notes

[1Le Vrai scandale des gaz de
schiste
, de Marine Jobert et François
Veillerette, éd. Les Liens qui libèrent,
180 p., 18 €.

[2Gasland, de Josh Fox, Arte Vidéo.

Portfolio

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