Accueil > Politique | Par Jackie Viruega | 1er mai 2000

Inventer des relations positives

Entretien avec Annick Coupé

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Comment, à votre avis, trouver un nouveau mode d’articulation des rapports entre mouvement social et politique ?

Annick Coupé : Il y a une avancée de ce point de vue : les mouvements sociaux, et le syndicalisme pour une part, ont réinvesti les grandes questions sociales et politiques depuis 1995, alors que le syndicalisme avait déserté ces terrains dans la décennie 1980.La condition indispensable pour que le syndicalisme réinvente des relations positives avec le politique : institutions et partis : est qu’il soit toujours un contre-pouvoir. Il doit jouer son rôle (ce qu’il ne fait pas bien, d’ailleurs, aujourd’hui, face à un Medef à l’offensive) pour trouver ensuite des espaces de débat et d’action avec le politique : il se met à sa remorque, ou en position de refus, s’il n’est pas offensif sur son propre terrain. Ensuite, il ne doit pas se contenter d’une plate-forme revendicative immédiate, mais apporter des éléments de réflexion politique, élaborer des propositions, etc.

L’appel à l’autonomie du mouvement social (1) ne tendait-il pas finalement à renforcer le schéma de la délégation de pouvoir : le pouvoir politique a la légitimité de proposer et le mouvement social rejette ou accepte, et, au mieux, accompagne ? Existe-t-il une alternative ?

A.C. : Je n’ai pas signé cet appel, craignant qu’il ne soit lu comme affirmant l’inutilité des partis politiques, même si ce n’est pas ce que pensent forcément tous les signataires. L’autonomie des mouvements sociaux est décisive. Je la définis comme la nécessité de remplir totalement leur rôle d’élaboration et de réflexion sur des questions politiques, au-delà des revendications. Plus les organisations syndicales et associatives seront capables d’élaborer, plus elles pourront débattre avec les partis sur un pied d’égalité, en gardant leur fonction de contre-pouvoir tandis que les partis ont vocation à gérer.Comment se fait ce lien ? Je n’ai pas la réponse, mais je pense qu’on ne peut pas brûler les étapes. La méfiance est grande vis à vis des partis politiques. Par exemple, l’ouverture du capital de France-Télécom a rendu les salariés très méfiants... La liste de Robert Hue pour les Européennes donnait l’impression que ces problèmes étaient réglés en donnant une place aux gens du mouvement social. Autre exemple, la manifestation du 16 octobre : le PCF a essayé de mobiliser pour les 35 heures, mais a voté la loi trois jours après...

Si chaque fois qu’une initiative est prise, vous la trouvez prématurée, que faut-il faire en attendant ? En attendant quoi, d’ailleurs ?

A.C. : Les syndicats n’ont pas occupé le terrain des 35 heures à la hauteur des enjeux posés. Mais les partis, pour leur part, échappent-ils à la logique de la gestion gouvernementale ? Ce que j’attends des partis, c’est qu’ils nourissent le débat, qu’ils indiquent les choix possibles à chaque question posée, avec les termes, y compris contradictoires, du débat. Mais je reviens sur votre question de la délégation de pouvoir. Les conseils de quartier représentaient une tentative de la casser. C’est sans doute par ce type de moyens qu’on parviendra à retrouver de la vie citoyenne, du lien social : des espaces de débat politique qui concerne le local et le national, des endroits où soient discutés les choix de la cité. Je n’en vois pas pour l’instant la réalisation. Mais c’est dans cette direction, à mon avis, que se trouvent les réponses pour empêcher la délégation de pouvoir, qui a figé les formations politiques dans des rôles de gestionnaires, et les citoyens dans des rôles de commentateurs critiques, au mieux. Parmi les luttes sociales récentes, celle des parents d’élèves interroge sur le devenir de l’éducation, au-delà des problèmes locaux. On y a retrouvé une part de ce qu’on avait senti en 95. Les mobilisations de chômeurs à l’hiver 96 ont montré comment les gens s’organisent, interpellent les syndicats, les politiques, les institutions. Il y a des choses intéressantes mais toutes ces questions sont devant nous. n

*Ancienne secrétaire générale de Sud- PTT, porte-parole du groupe des Dix (G10 Solidaire)

1. Août 1998, Libération.

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