Accueil > Société | Chronique par Rémi Douat | 7 mai 2011

Jamel, sociologue et mythe national

Jamel est comédien, amuseur, showman, producteur…
et mythe national. Pourquoi vouloir lui faire jouer
son plus mauvais rôle : porte-drapeau ?

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Jamel Debbouze est LE bonhomme à
draguer, le Graal pour les politiques
de tout bord. Drôle, médiatique, malin.
Et rebeu en plus. N’en jetez plus, il est
parfait ! Pas un parti qui n’ai tenté sa chance.
Curieux de tout, Jamel a rencontré Sarkozy et
une brochette de responsables de tous bord, et
il a discrètement flirté avec Ségolène Royal en
2007. Sans conviction, dit-il avec le recul. Pour la
prochaine, il vient de déclarer que Strauss-Kahn
avait «  tous les outils » tout en disant que Martine
Aubry avait des qualités. Malin.

A la télé, « Jamel », c’est le mot magique. Il rend
liquide n’importe quel programmateur, lui qui est
capable de garantir l’audience, de faire le show
et même d’être intelligent tout en étant télégénique.
Idem pour la presse. On l’adore, de Gala,
qui a publié ses photos de mariage, à la presse
intello qui voit en lui rien de moins qu’un réconciliateur
national (Les Inrocks) et même un sociologue
(Télérama).

C’est que le gars plaît drôlement. Il est perché,
là-haut, au firmament des zozos les plus zaimés
des Français, quelque part entre Zidane,
l’Abbé Pierre et Yannick Noah. Plus futé que le
footballeur, plus glam’ que le bon abbé disparu,
plus branché que l’auteur de Saga Africa…
Un mythe, quoi ! Mais comme tous les mythes,
il est surtout construit par les autres.

L’indigène engagé

Qu’importe la réalité de son palmarès. Sur les
planches, son premier job, Jamel est impérial.
Mais rare. Il vient de reprendre le stand-up avec
Tout sur Jamel, après… sept ans d’absence.
En d’autres termes, les plus jeunes de ses fans
peuvent ignorer qu’il a fait de la scène un jour.
Au cinéma, on piaffe d’impatience à l’idée de
s’envoyer le film « événement » Houba ! Le marsupilami
et l’orchidée Chicxulub
, d’Alain Chabat,
dont on espère qu’il égalera au moins Astérix
et Obélix, Mission Cléopâtre
. Sans rire. Jamel
a bien le droit de jouer dans le divertissement
le plus raté et mainstream. Mais la presse de
gauche préfère le Jamel engagé, quitte à lui prêter
une surface politique qu’il n’a pas. Bien sûr,
il a soutenu Indigènes, dans lequel il interprétait
magistralement le rôle de Saïd, qui redonnait une dignité aux combattants étrangers qui se
sont battus pour la France.

Difficile dès lors de sortir de la figure imposée car
Jamel n’est pas qu’un comédien. C’est un comédien
qui a grandi à Trappes, qui a des parents prolos
et marocains. « Tu es l’un des bonshommes
les plus bankable du showbiz, mais il faut jouer
le jeu !
 » Au « Grand journal », Stéphane Hessel et
Jamel partageaient il y a peu le plateau. Ça cause
indignation, pas vraiment la veille du grand soir.
Le message essentiel de Jamel, qui provoque de
longs applaudissements dans le studio : il est formidable
ce Stéphane. Ça décoiffe.

Le thermomètre des banlieues

Pas sûr que Jamel ait toujours envie du costard
qu’on lui offre. Il faut voir Aurélien Ferenczi, de
Télérama, ramer pour faire accoucher le Pierre
Bourdieu de Trappes. « Comment voyez-vous la
banlieue
 », interroge-t-il ? « Elle est dégueulasse,
répond Jamel, les gens vivent dans des conditions
quasi insalubres, parce que rien n’a été
réhabilité.
 » Un peu court pour le journaliste de
Télérama qui veut voir en Jamel le thermomètre
des banlieues : «  Mais comment sentez-vous les
gens dans les quartiers ?
 » On serait plutôt tenté
de lui demander comment il «  sent » l’Ile Saint-
Louis, où Jamel s’est installé. Ce qui serait tout
aussi passionnant, car ce quartier, le plus cher
de Paris, est tout aussi étranger à la majorité des
français que la Cité des 4 000 à La Courneuve.
Jamel pétille un peu plus quand on lui demande
ses références : ses héros s’appellent Richard
Pryor, le roi du stand-up US qui ne parlait certainement
pas politique, Zizou, panneau publicitaire
et ex-gloire du foot et Marvin Gaye, soul
hero. On est loin du Che ou de Martin Luther
King, et c’est bien son droit.

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19 septembre 2012
Par Nicolas Kssis

Session de rattrapage

Vos réactions

  • Jamel qui me fait bien rire quand il reste dans son rôle est au PS ce que le rockeur Johnny est à Sarkosy.

    Yo55 Le 8 mai 2011 à 11:40
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