Accueil > Culture | Par Julia Moldoveanu | 1er mai 2009

Jehan Rictus/ « J’suis l’Homme Modern’ »

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

//« L’en faut, des Pauvre’s, c’est nécessaire,/ Afin qu’tout un chacun s’exerce,/ Car si y gn’aurait pus d’misère/ Ça pourrait ben ruiner l’Commerce. C’est ainsi que, vers 1900, dans un cabaret de Montmartre, Jehan-Rictus scandait ses poèmes devenus plus tard Les Soliloques du pauvre//, que des générations ont lus et relus depuis dans de multiples éditions. Et des générations d’aujourd’hui continuent de scander-slamer leurs soliloques hachés dans une langue riche de ses aventures. Les éditions Au Diable Vauvert publient ce trésor dans un petit format à tenir dans la poche d’un bleu de travail.

L’éternel retour de cet « Arte povera » en poésie a la beauté essentielle du parler de la rue transcrit presque phonétiquement, sans souci de grammaire, mais où le mot d’argot, métaphore géniale, est lui-même poésie. Rien de déclamatoire dans cette langue qui anime douleurs et peines du Pauvre : « Je veux pus êt’ des Ecrasés,/ D’la Mufflerie contemporaine ; J’vas dir’ les maux, les pleurs, les haines/ D’ceuss’qui s’appell’nt « civilisés » ! » L’homme révolté en octosyllabes pour dire la rue et sa misère, mais aussi son intelligence, son humour, sa rage de vivre. « J’suis l’Homme Modern’, qui pousse sa plainte » . Si Jehan-Rictus est cet homme moderne, de l’après-Commune, sa plainte rappelle son compère Villon, dans les brumes d’un Paris moyenâgeux. Avec cette attention pour le corps torturé devenu symbole de la condition marginale, qui voit la résurrection dans la propreté et la santé plutôt que dans un retour de Jésus-Christ ou dans la politique. « Or ton corps est la Mécanique/ merveilleuse,/ le chef-d’œuvre unique/ qu’il faut sans cesse surveiller » . Dormir et rester propre, n’est-ce pas ce qu’on entend dans le métro tous les jours ? C’est, d’ailleurs, ce qui nous fait garder ce Rictus comme une ride profonde de douleur au coin des lèvres.

Jehan-Rictus , Les Soliloques du pauvre et autres poèmes ,

éd. Au Diable Vauvert, 5 e

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?