Accueil > Politique | Entretien par Alicia Bourabaâ | 12 avril 2012

Kit de survie politique

En 2007, le collectif l’Autre Campagne initié
par le documentariste Thomas Lacoste
proposait à travers les entretiens d’intellectuels
et universitaires une alternative
« au prêt-à-penser » du débat politique.
Jusqu’au 23 avril, l’oeuvre du documentariste
marquée par le concept de ciné-frontières
– qui décloisonne le genre mêlant
fiction, théâtre et entretiens – fait l’objet
d’une rétrospective au Reflet Médicis.
Pour cette nouvelle campagne, le coffret
Penser critique réunissant les 47 entretiens
d’intellectuels engagés ressort
également en DVD. Trois questions à Thomas Lacoste.

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Regards.fr : Comment analysez-vous le dispositif du
débat politique de la campagne ?

Thomas Lacoste : Il est affligeant par sa vitesse. C’est un show ;
il faut mettre en avant les drapeaux, les symboles.
On est dans le temps de la fusion, pas
de la réflexion. Or c’est pourtant précisément
en période de crise qu’il faudrait prendre le
temps d’expliquer, d’aborder les alternatives et
d’informer les citoyens afin qu’ils soient à même
de choisir leur destin. La télévision encourage
ces mécanismes de mise en images et en mots
qui vident la démocratie de son essence. Tous
les artefacts sont présents pour éviter de poser
les questions centrales.

Regards.fr : Pourtant les documentaires politiques, supposés
laisser plus de place à la réflexion,
n’ont jamais été aussi populaires sur les
chaînes hertziennes.

Thomas Lacoste : Le directeur adjoint d’Arte disait récemment
en avoir « marre des films qui font réfléchir ».
Sa réflexion reflète l’esprit des documentaires
politiques actuels. On voit très bien dans le
milieu du documentaire comment les boîtes de
production ont intégré les formats de divertissement.
Pas plus de 30 secondes de plan, un
rythme soutenu, peu d’entretiens. La nouvelle
norme est même intégrée par les réalisateurs
eux-mêmes, elle produit du consentement,
ce dont nous n’avons vraiment pas besoin
pour le moment.

Regards.fr : En quoi vos documentaires se distinguent-ils
de ce modèle ?

Thomas Lacoste : Réfutations proposait des entretiens de spécialistes
face caméra. Mais écouter un propos
spécialiste demande une forme de compétence,
c’est ce qui explique que j’ai travaillé parallèlement
sur d’autres supports comme la littérature
ou le théâtre pour introduire des réflexions générales
sur l’identité nationale par exemple. Ce mélange
porté à l’écran fait de Ciné-frontières une
matrice qui ouvre l’esprit et permet de rendre des
réflexions accessibles au plus grand nombre. Le
cinéma a là une place forte, politique par essence.

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