Accueil > Monde | Par Antoine Châtelain | 1er novembre 2009

L’agonie du soviétisme

Entre 1989 et 1991 s’effondre la totalité du système socialiste est-européen. Ces deux années marquent aussi la fin de la guerre froide, longue période ouverte en 1947. Trois épisodes d’un épilogue provisoire.

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LE DÉMANTÈLEMENT DU BLOC

L’annus mirabilis » de 1989 se traduit par le démantèlement rapide du bloc. Les démocraties populaires laissent la place, dans des conditions souvent confuses, à un mixte de démocratie parlementaire et d’économie ultralibérale. Débordés par le cours des événements, les partis communistes qui avaient refusé leur modernisation s’effacent, la plupart du temps tentés par la voie sociale-démocrate. En 1991, disparaissent les institutions qui concrétisaient la tutelle soviétique (Pacte de Varsovie et Comecon). Le communisme quitte le devant de la scène en Europe.

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1990

1er janvier Entrée en vigueur en Pologne du plan Balcerowicz (ministre libéral des Finances) qui prévoit une « thérapie de choc »

27 janvier Le PC polonais (Parti ouvrier unifié polonais ou POUP) se saborde. Il laisse la place à la social-démocratie de la République de Pologne (SDRP)

18 février Manifestations à Bucarest contre la politique du gouvernement d’Ion Iliescu. La police et des milliers de mineurs venus des bassins miniers interviennent violemment contre les manifestants

18 mars Premières élections libres en RDA. Triomphe des chrétiens-démocrates

21 mai Premières élections libres en Pologne. Solidarnosc emporte 85 % des sièges

8-9 juin Premières élections libres en Tchécoslovaquie

13 au 16 juin Nouvelles manifestations anti-Iliescu à Bucarest. Nouvelle « minériade » qui provoque plusieurs morts. Le 28 juin, Petre Roman forme un nouveau gouvernement

1er juillet Union économique et monétaire entre les deux Allemagne. Début d’exode de milliers d’Albanais, notamment vers l’Italie

1er août Un ex-dissident du PC bulgare, Jelio Jelev, devient président de la République

9 août Les dirigeants polonais, hongrois et tchécoslovaques se réunissent au château de Visegrad, en Hongrie, et décident d’une démarche commune de leurs trois pays en direction de l’Union européenne

12 septembre Signature à Moscou du traité « Quatre plus deux » (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Union soviétique, RFA et RDA) qui décide la réunification d’une Allemagne restaurée dans toute sa souveraineté

3 octobre Réunification de l’Allemagne

13 octobre Aux élections législatives bulgares, l’Union des forces démocratiques l’emporte de justesse devant les anciens communistes qui ont formé un parti socialiste quelques mois plus tôt

9 décembre Lech Walesa élu à la présidence de la République de Pologne

1991

20 février A Tirana, 100 000 personnes participent au déboulonnage de la statue du fondateur de la République populaire d’Albanie, Enver Hoxha. Le 22 janvier, un gouvernement provisoire a été placé sous la responsabilité d’un ex-communiste, Fatos Nano

25 février Dissolution du Pacte de Varsovie, l’organisation militaire intégrée de l’Europe de l’Est

26 février Ouverture du procès de Todor Jivkov, qui dirigea la Bulgarie de 1954 à 1989

25 mars-8 avril Elections législatives en Hongrie. Majorité absolue pour le Forum démocratique

31 mars-8 avril Les communistes emportent près de la moitié des sièges lors des premières élections libres en Albanie

28 juin Dissolution du Comecon, organisme d’intégration économique des pays du bloc soviétique.

24-28 septembre Nouvelle crise politique et nouvelle « minériade » en Roumanie. L’épisode marque l’affrontement entre Ion Iliescu et son Premier ministre, Petre Roman

LA FIN DE L’UNION SOVIÉTIQUE

Mikhaïl Gorbatchev ne réussit pas son pari. L’Union soviétique s’enlise dans sa stagnation économique. Le recul des dépenses militaires ne suffit pas à insuffler du sang neuf dans une industrie vieillie et une administration sclérosée. Peu à peu, les soutiens à la perestroïka s’effritent. Les réformateurs communistes marquent le pas. Ne restent plus, face à face, que les libéraux et les conservateurs. Au même moment, la poussée nationaliste dans les pays baltes et le Caucase sape les bases de la Fédération mise en place en 1922. En 1990 et 1991, les fondements de la puissance et de l’unité soviétique s’érodent jusqu’à l’échec. Affaibli par l’effondrement du socialisme est-européen, déstabilisé par les indépendantismes des républiques, délégitimé par le putsch conser-vateur d’août 1991, Gorbatchev ne peut qu’assister, impuissant, au démembrement de l’Union qu’il a voulu sauver par la réforme. A la fin de 1991, l’Union soviétique a cessé de vivre.

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1985

10 mars Mikhaïl Gorbatchev secrétaire général du PCUS

avril Le nouveau secrétaire général déclare que le pays est « au bord de la crise »

1986

25 février : 6 mars XXVIIe Congrès du PC soviétique. Lancement de la perestroïka

26 avril Explosion à la centrale nucléaire de Tchernobyl. La catastrophe révèle les limites technologiques de la puissance soviétique

16 décembre Andreï Sakharov, physicien et dissident, est autorisé à rentrer à Moscou

1987

17 juillet Arrêtés sur le passage progressif au « socialisme de marché ». Confirmation de la perestroïka et de la glasnost

1988

13 mars Un article de Nina Andreeva critique publiquement la perestroïka dans une revue officielle du PC

11 février Début des affrontements entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan à propos du Haut-Karabakh

14 avril Retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan

28 juin : 1er juillet XIXe Conférence du PCUS : « Tout le pouvoir aux soviets »

1er décembre Réforme de la Constitution. Création d’un Congrès des députés du peuple

1989

26 mars : 9 avril Premières élections pluralistes. Victoire des réformateurs

1990

5-7 février Le Comité central du PCUS débat de la fin du rôle dirigeant du parti

4 mars Succès aux élections locales des réformateurs et des nationalistes dans les pays baltes. 110 membres du Comité central ne sont pas réélus

11 mars La Lituanie proclame son indépendance. La Lettonie et l’Estonie l’imitent entre mars et août

14 mars Gorbatchev élu président de l’Union

12 juin Sous l’impulsion de Boris Eltsine, le Soviet suprême de la Russie soviétique (RSFSR) proclame la souveraineté de la République de Russie

2-13 juillet Au XXVIIIe Congrès du PC, Gorbatchev se débarrasse de ses « réformateurs » (Boris Eltsine) et de ses « conservateurs » (Egor Ligatchev)

17 septembre Les républiques baltes entrent à l’ONU

9 octobre Loi instaurant le principe du pluripartisme en URSS

1991

janvier Affrontements sanglants à Vilnius (Lituanie) et à Riga (Lettonie)

mars-avril Grève des mineurs qui demandent la démission de Gorbatchev

1er juillet Suppression de la planification centrale et du Conseil d’Etat aux prix

18-21 août Putsch contre Gorbatchev à Moscou. Eltsine prend la tête de la résistance au coup d’Etat

24 août Eltsine interdit le parti communiste en Russie

8 décembre Les chefs d’Etat de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie déclarent

la fin de l’URSS et la création de la Communauté des Etats indépendants (CEI)

24 décembre La Russie hérite du siège de l’URSS à l’ONU

25 décembre Gorbatchev démissionne de la présidence de l’URSS

31 décembre Le drapeau rouge ne flotte plus au sommet du Kremlin

L’ÉCLATEMENT DE LA YOUGOSLAVIE

L’Etat yougoslave est né à la fin de la Première Guerre mondiale. Véritable mosaïque de peuples placée sous la tutelle des Serbes, cette nouvelle Yougoslavie (le nom est fixé en 1929) est très tôt soumise à de vives tensions sociales, politiques et nationales. En 1945, elle devient une démocratie populaire, sous l’autorité du Croate Josip Broz, dit Tito, l’un des principaux chefs de la résistance contre les nazis. Pendant quelques décennies, la Yougoslavie essaie de suivre une voie socialiste originale, dégagée du contrôle tatillon de l’URSS stalinienne. La Fédération yougoslave ne résistera pas à l’effondrement du bloc de l’Est. Les partis nationalistes prennent partout le dessus, sauf au Monténégro et en Serbie, où les communistes ont peu à peu viré au nationalisme le plus intransigeant. Ce tournant nationaliste est sanctionné, le 8 mai 1989, par l’élection de Slobodan Milosevic à la présidence de la Serbie. Le dépeçage de la Fédération s’annonce dès 1990 et s’accomplit en 1991, à partir de l’indépendance de la Croatie et de la Slovénie. La Serbie renoncera très vite à intervenir militairement en Slovénie et en Macédoine, mais elle n’en fait pas autant en Croatie et en Bosnie-Herzégovine où vivent d’importantes minorités serbes. Le siège de Sarajevo devient le symbole d’un affrontement sans merci, parsemé des épisodes honteux des « épurations ethniques » qui laissent la communauté internationale impuissante. Cette première phase prend fin en 1995 avec les accords de Dayton, mais le conflit rebondit en 1998 avec le soulèvement des Albanais de la province autonome du Kosovo. La violente intervention serbe dure jusqu’au printemps 1999 quand s’abattent les bombardements de la Serbie organisés par les Américains, sous drapeau de l’OTAN. Le 4 février 2003, est créé l’Etat de Serbie-et-Monténégro, jusqu’à ce que le Monténégro proclame son indépendance le 3 juin 2006, suivi le 17 février 2008 par le Kosovo (qui était doté d’un statut de protectorat international).

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1989

8 mai Slobodan Milosevic élu président de la Serbie

1990

22 janvier La délégation slovène quitte le XIVe Congrès de la Ligue communiste yougoslave

1er mars État d’urgence décrété

au Kosovo

1er octobre La minorité serbe de Croatie déclare son autonomie

26 décembre Le Parlement slovène proclame l’indépendance de la République

1991

26 mars La minorité serbe de Krajina déclare son indépendance

5 avril L’armée fédérale yougoslave déploie ses troupes en Krajina

25 juin La Croatie et la Slovénie déclarent leur indépendance

27 juin L’offensive de l’armée fédérale yougoslave contre la défense territoriale slovène marque le début des guerres yougoslaves août-novembre Siège de Vukovar (Croatie)

décembre L’Allemagne reconnaît l’indépendance croate et slovène

Paru dans Regards n°66, novembre 2009

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