Accueil > Culture | Par Juliette Cerf, Marion Rousset | 1er janvier 2006

L’Amérique sans Dieu

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Des villes agressives, gangrenées par le pouvoir, la drogue et l’argent, porteuses de mal, de criminalité et de corruption. Des anti-héros borderline et solitaires, qui transgressent sans retenue les codes et lois régissant la vie sociale, des self-made-men cyniques et individualistes. Des scènes d’une violence extrême, des fusillades et des massacres, des crimes sordides et des bagarres qui se terminent en boucherie, des hommes et des femmes laissés sanguinolents sur le bord d’une route, des suicides. Des rapports humains rongés par le racisme, la xénophobie, la peur de l’autre. La tendance No Future se creuse chez les écrivains et cinéastes américains, qui n’en finissent pas de montrer la face la plus sombre de leur pays : la violence qu’il porte en héritage, les désillusions inévitables et l’impasse qui le guette. Qu’on pense à Elephant et Last Days de Gus Van Sant, American death trip de James Ellroy, Factotum de Bent Hamer adapté de Bukowski, A history of violence de David Cronenberg, Folie douce, de James Crumley, ou à un film de Sofia Coppola un peu plus ancien, Virgin Suicides, nos contemporains sont nombreux à explorer les dérives et dysfonctionnements de cette terre originellement conflictuelle, superpuissance redresseuse de torts et avide de conquêtes. Même Woody Allen : pourtant connu pour ses héros certes tourmentés, mais timides et inoffensifs avant tout : s’y est mis avec Match Point : son dernier film donne à voir un parvenu prêt à tuer pour conserver sa place dans la société. Pas d’hémoglobine, cette fois, mais un crime froidement prémédité qui mûrit dans la tête d’un ambitieux sans foi ni loi. Ou l’histoire d’un Irlandais et d’une Américaine confrontés à la haute bourgeoisie londonienne. Transposé en Angleterre, le film inspiré du roman de Theodore Dreiser Une tragédie américaine garde un parfum très américain. Cette vision cauchemardesque des Etats-Unis d’aujourd’hui, et de ce qu’ils produisent, n’est autre que l’envers du mythe américain fondé sur le fantasme d’un melting-pot réussi, d’une communauté intégrative, de l’égalité des chances. L’Amérique post-11 Septembre, celle de Bush, de la guerre en Irak et de Guantanamo, a déraillé. Il est des moments de l’histoire qui poussent au dégrisement...

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