Accueil > Environnement | Par Gérard-Pierre Charles | 1er juin 1995

L’attente des Haïtiens.

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Depuis le retour du président Aristide, il règne en Haïti une autre ambiance politique. Une vie démocratique a repris. Nous préparons les élections législatives, sénatoriales et communales du 25 juin. La présidentielle devrait suivre en décembre. L’effondrement de l’énorme machine répressive des Duvalier caractérise ce changement. Elle avait semé la terreur de 1957 à 1986, elle a continué à sévir après eux. Ce fascisme créole, incrusté dans la vie haïtienne, fut restauré dans toute sa terreur par le coup d’Etat de 1991. Trois à quatre mille assassinats eurent lieu les premiers jours, suivis d’attentats quotidiens. Ces violences inouïes ont miné le pouvoir des militaires du général Cedras, dans le pays et à l’étranger. Mêmes hommes, même idéologie que par le passé, mêmes liens internationaux, dont ceux, très étroits, avec les Républicains américains. Ce totalitarisme a été balayé par la lutte du peuple et par le vote populaire du 16 décembre 1990 (67% des voix pour le président Aristide sur 98% des Haïtiens !). Finalement, les grandes puissances ont dû accepter Aristide, même si certaines de ses positions politiques ne répondent pas à leurs schémas. Sa légitimité a pratiquement forcé la main de certaines forces internationales pour restaurer la démocratie en Haïti. Tandis que les militaires et l’oligarchie haïtienne, jusque-là à genoux devant leurs alliés étrangers, tenaient un discours nationaliste, le peuple qui pâtissait des effets de la dictature a accueilli l’intervention étrangère - aujourd’hui relayée par les forces de l’ONU - un peu comme la population française l’a fait pour les Alliés en 1945. Ce n’est ni le cas de la Grenade, ni de Panama, etc. Le président Aristide est revenu sous conditions. Le premier acte positif de sa politique fut cependant la dissolution de l’armée et l’éclatement de l’état-major en trois secteurs. Il a entamé une démarche de réconciliation nationale des différentes forces, même certaines de celles qui avaient soutenu le coup d’Etat. Depuis 1986, la fin des régimes sanguinaires et illégaux, la mise en place de l’Etat de droit sont à l’ordre du jour en Haïti. Cet objectif marque profondément le peuple, beaucoup plus politisé aujourd’hui. Que peut-il attendre des élections ? Les secteurs politiques traditionnels, les néo-duvaliéristes et le centre-droit qui avaient appuyé le coup d’Etat ont perdu tout crédit. En face, les trois formations qui avaient soutenu le gouvernement constitutionnel devraient se répartir les suffrages : le Conacom, lié à l’Internationale socialiste ainsi que les deux partis issus du soutien au président Aristide, le FNCD et l’OPL (1). Reste à savoir si la sécurité sera suffisante pour que les élections puissent se dérouler normalement. Le peuple y est très intéressé, notamment parce que l’intervention n’a pas apporté d’amélioration sensible des conditions de vie, les prix du panier de la ménagère n’ont pas baissé. L’Organisation politique Lavalas, en accord avec ces aspirations, oriente sa campagne sur la rénovation du système politique et la participation populaire. Espérons que le nouveau parlement confirmera cette tendance à la démocratie. Les trois ans qui viennent de passer ont produit l’effet d’un incendie de forêt qui a tout ravagé. Mais les jeunes pousses commencent à apparaître.

* Gérard Pierre-Charles dirige le Centre de recherche,d’études et de formation économique et sociale pourle développement en Haïti (CRESFED).

1. Front national pour le changement et la démocratie.Organisation politique Lavalas.

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