Accueil > Culture | Par Julia Moldoveanu | 1er avril 2004

L’autre partie de la ville/ Kurt Drawert

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Kurt Drawert est un poète allemand majeur, né en 1956 en Allemagne de l’Est. Avec un père dans la police judiciaire est-allemande, il aurait pu avoir un de ces trajets clairs dans des eaux troubles. Mais il choisit. Il se marginalise, il s’attire des représailles qui pèsent sur sa vie. Il vient ainsi à la poésie, ce lieu pour des gens loin du bon sens. Une écriture qu’il situe lui-même « à l’interface de systèmes idéologiques et de références diamétralement opposés » . Avant le Mur. Après le Mur. Il écrit donc « Une ville frontière entre la Russie et le présent » , une vieille femme, un « cadavre prêt à être évacué » envahi par les « mouches de l’histoire »  : cette « nature intelligente, faite pour survivre » . Il avoue « l’époque/les thèses de l’époque, les livres de l’époque, fondamentalement écartée, levurée » . Il avoue ce « corps bichonné » , qu’il aime, qu’il n’aime pas. Ce « monde accusé qui se dévore » . Un monde où les pères ont manœuvré la langue et ont soumis le verbe aux historiques distorsions. L’isolement, le refus de participer avec sa nouvelle expérience à la vie, lui qui sait que « les gens ont tant de mal dans une partie de la ville/et les autres tant de mal/dans l’autre partie de la ville. » La distance face à ce constat tragique qui laisse des traces dans le poème, où nommer les belles choses devient difficile : « Mais toujours entre les lignes,/ il reste un petit rien. » Où trouver un endroit pour retrouver « l’orgueil »  ? Peut-être dans cet équilibre fugace où « survient la seconde indifférente » . Dans l’attente, humaine donc provisoire : « Je savais que le temps/sera du papier brûlé/et que j’allais attendre. »

Des mots posés sur ce qu’un poète choisit d’être, sur ce qu’un traducteur choisit d’être : vont-ils trouver la source de cette langue surchauffée dans son apparence délétère ? Mais veut-on, à notre tour, tout expliquer ? Tant que le silence aussi fait du poème, enregistrons des moments de silence pour couvrir le trop-plein de parole.

Kurt Drawert , Aveux , édition bilingue,

traduit de l’allemand et présenté par François Mathieu,

Editions Virgile, collection Ulysse Fin de Siècle

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